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Après la canicule : quelle révolution ?


La troisième vague caniculaire est en train de faire de nouvelles victimes. On meurt chez soi, on meurt dans les transports, on meurt au travail et on meurt dans des hôpitaux en surchauffe. Dans les prisons, c’est un enfer, avec 50 degrés dans les cellules et l’indifférence complète. Du côté de la faune et de la flore, c’est l’hécatombe. Dans les élevages industriels, des millions d’animaux crèvent dans d’atroces souffrances, dans l’indifférence générale. Nous sommes en train de vivre l’une des plus grandes catastrophes naturelles de notre histoire récente mais, sur les plateaux TV et à l’Assemblée nationale, c’est business as usual : il ne faudrait pas freiner la marche du capitalisme estival. En dehors de ces cercles climatisés, on s’interroge : qui est responsable de ce qui nous arrive ? Est-ce nous-mêmes, avec notre appétit “consumériste” et technologique ? Ou bien les usagers des yachts, des résidences secondaires, les mêmes qui influencent nos lois et notre économie ? Et que faire ? Signer une énième pétition pour espérer d’autres effets que ceux enregistrés par le mouvement climat au cours de la dernière décennie ? Ou monter en radicalité ? Mais pour aller vers quoi ? Le retour à la bougie ? Le repli local ? Et pourquoi pas le communisme, mais lequel ?

À Saintes, en Charente-Maritime, il a fait 42 degrés ce dimanche 12 juillet. À minuit, la température était toujours supérieure à 30 degrés dans ma voiture brûlante. Nous vivons la troisième vague caniculaire, et encore une fois ce sont les départements de l’ouest du pays qui sont touchés en premier. La ville de Saintes et ses 25 000 habitants se trouvent à nouveau dans l’œil du cyclone, tandis qu’autour d’eux les cultures brûlent sur pied. Nous savons déjà que lors de la première canicule, le département a été l’un de ceux où la surmortalité a été la plus forte. Nous savons aussi qu’à l’hôpital, il fait 35 degrés dans les salles de consultation et que les soignants sont à bout. Comme partout dans le pays, la sécheresse qui règne désormais et le vent brûlant occasionne des départs de feu un peu partout. Et pourtant, sur le pont Palissy, qui enjambe la Charente, la mairie a fait installer des dizaines de drapeaux rosâtres où il est écrit “bel été” au-dessus d’un visage féminin souriant et détendu. Petite nouveauté à saluer tout de même : une salle climatisée est mise à la disposition des habitants du quartier HLM de la ville, qui suffoquent, mais seulement de 14h à 18h. Car à Saintes comme ailleurs, c’est “business as usual”. Aucune cellule de crise préfectorale n’est installée à l’hôtel de ville, comme lors des inondations spectaculaires de février dernier, dont je parlais ici, et qui n’avaient pourtant fait aucun mort. À croire que les dégâts matériels préoccupent davantage nos élus et préfets que les victimes humaines et animales que la canicule produit par centaines. Il y a deux semaines, lors de la deuxième vague, des centaines d’oiseaux mourraient, en particulier les oisillons qui, pour fuir des nids devenus fournaises, se jetaient dans le vide. Dans le journal Sud Ouest, dimanche, les températures étaient brièvement commentées avant de passer aux informations ordinaires de l’été : il ne faudrait pas effrayer les touristes sur lesquels repose toute une partie de l’économie locale. Si la deuxième vague caniculaire a été abondamment commentée, bien que sous l’angle paresseux d’un débat “clim ou pas clim”, la catastrophe qui s’étale à nouveau sous nos yeux fait à peine l’objet des gros titres et le gouvernement ne s’agite pas en tout sens pour essayer de démontrer son utilité. 

Au contraire : c’est le déni qui règne au sommet de l’Etat et sur les plateaux TV. L’attitude du gouvernement s’explique facilement : quand Sébastien Lecornu s’époumone contre une députée écologiste qui ose affirmer que le bilan de ces canicule sera terrible en termes de mortalité – constat tout à fait logique quand on sait que la canicule de 2003 a fait 20 000 morts alors qu’elle était de moindre ampleur – il tente de masquer la responsabilité de son camp dans l’horreur de ce qu’il nous arrive. Car oui, les hôpitaux en lambeau, les services publics qui ne fonctionnent pas, les pompiers en galère face aux incendies, c’est le résultat de 10 ans de macronisme. La forêt de Fontainebleau brûle ainsi que les collines autour de Die et c’est bien Gabriel Attal, alors premier ministre, qui a fait annuler les crédits destinés à l’achat de nouveaux Canadairs. La flotte actuelle ne sera augmentée qu’en… 2028. C’est bien ce gouvernement qui n’a fait passer que des lois favorables aux multipropriétaires et qui vient de remettre sur le marché des centaines de milliers de passoires thermiques, alors que depuis juin des gens meurent littéralement de chaud chez eux. Ce lourd bilan, pointé par toutes les ONG écologistes, même les plus modérée, n’empêche pas Serge Zaka, climatologue médiatique très suivi sur les réseaux sociaux et qui ne sous-estime pourtant pas l’ampleur de la catastrophe en cours, d’affirmer sans rire, dimanche 12 juillet au soir, qu’ “Emmanuel Macron d’ailleurs (…) essayé de réparer les manques de ces prédécesseurs”. Pardon ? “le plan d’Emmanuel Macron pour le renouvellement forestier, lancé en 2022 (« Planter 1 milliard d’arbres en dix ans »), rappelle fort heureusement Le Monde, subventionne les coupes rases sur de vieilles forêts diversifiées, et leur remplacement par des quasi-monocultures de résineux, hautement inflammables. Les experts – y compris ceux qui sont consultés par le gouvernement –, les ONG et la Cour des comptes ont tous alerté sur ces risques. En vain”. Le catastrophisme du très médiatique Zaka est bien légitime mais il est complètement inconséquent sans politisation de ce qui nous arrive. Comme beaucoup de scientifiques, il ne se mouille pas voire se compromet en ne voulant pas désigner les responsables.

Le déni ambiant est rendu possible par la décontraction médiatique des journalistes et éditocrates qui parlent de leurs grands appartements climatisés à des taxis climatisés à un plateau si refroidis artificiellement qu’il y fait frisquet et qu’on y prend froid, comme me le disait une toutologue réactionnaire croisée lors de mon éphémère passage à l’émission de l’extrême-centre 28 minutes où elle avait son rond de serviette. Ce n’est pas un détail : si les bourgeois et sous-bourgeois aussi étaient effrayés par l’épidémie de Covid, car leur vie très relationnelle les y exposait, ils ne souffrent en aucun cas de la canicule. Pas plus qu’ils n’en meurent. La climatisation des plateaux TV permet, à toute saison, aux bourgeois de s’énerver en direct sans tâcher de sueur leurs costumes-cravate. La demande populaire de la leur couper est bien légitime, et cela donnerait des conversations qui ressemblent un peu plus à celles que nous autres, qui souffrons physiquement de la chaleur depuis des semaines, avons. Cela n’annulerait cependant pas le principe selon lequel ceux qui commentent nos vies, disent ce qui est grave, préoccupant ou révoltant sont ceux qui vivent loin de nous et mieux que nous. Les appels réguliers à ce que les journalistes et les politiciens sortent de leur “déconnexion” sont vains. Car s’il s’agissait seulement de cela, ce serait facile. Mais notre classe politique et médiatique est profondément connectée : à celles et ceux qui sont responsables de ce qui nous arrive, à savoir la classe bourgeoise. 

Qui est responsable ?

Pendant longtemps, le mouvement écologiste s’est majoritairement orienté vers la critique de “l’humanité”, responsable de ce qui lui arrive et qui infligerait à “la nature” de terribles méfaits au nom de son appétit de nouveaux objets, de voyages lointains et d’emballages jetables. Depuis, cette vision culpabilisatrice et globalisante de l’écologie a été largement critiquée et remise en cause. Les “petits gestes” ne sont plus perçus comme le nec plus ultra de la lutte écologiste. Ce n’est pas “l’humanité” qui est responsable de ce qui nous arrive mais d’abord les pays du Nord et, en leur sein, certaines classes sociales plutôt que d’autres. 

Si l’on veut arrêter de sortir de la vaine culpabilité et des faux débats, il faut poser les choses clairement. D’abord, il faut bien définir d’un côté les processus humains qui engendrent le réchauffement climatique ou empêchent de le freiner et de l’autre les processus qui empêchent la société de s’adapter / de se protéger du réchauffement déjà-là, et dont les canicules catastrophiques de 2026 ne sont qu’une manifestation parmi d’autres. Ensuite, il faut distinguer ce qui relève de la collaboration passive à ces processus et ce qui constitue des prises de décision qui y contribuent pleinement et souvent consciemment. 

Quelques exemples : 

  • La consommation de viande est l’une des causes majeures du réchauffement climatique à l’échelle mondiale car l’élevage est responsable de 14% des émissions de gaz à effet de serre. Certains habitants de la planète consomment davantage de viande que d’autres (les états-uniens, les australiens et les européens consomment deux fois plus de protéines animales que le reste du monde), certains choisissent de ne plus en manger du tout, mais il y a une tendance générale à l’augmentation de cette consommation. On pourrait donc dire que nous sommes toutes et tous responsables de ce qui nous arrive, sauf les végétariens et les végans. Voilà pour la collaboration passive. Mais qui a décidé de développer à ce point la consommation de viande ? Qui repousse sans cesse les limites de taille d’élevages en France, élevages où les animaux meurent en masse pendant des canicules pourtant prévisibles et annoncées, au point qu’ils doivent être enterrés dans le sol, faute de capacité de traitement des installations habituelles ? Qui tire profit de la surconsommation de viande et qui la promeut, faisant la guerre aux alternatives végétales (des eurodéputés et des lobbyistes se battent ainsi depuis des années pour interdire l’appellation “steak végétal”) ? Des ministres, des préfets, des députés, des patrons de l’industrie agroalimentaire, leurs actionnaires, des consultants et des lobbyistes de la viande.
  • Le voyage aérien est responsable de près de 5% du réchauffement climatique, non seulement en raison de ses émissions de CO2 mais aussi des conséquences du passage des avions dans le ciel (traînées de condensation, formations de nuages et rejet de vapeur d’eau dans l’atmosphère, qui participent au réchauffement). C’est une source du réchauffement qui est en augmentation constante, sans limitation à ce jour. Or, 80% de l’humanité n’utilise pas l’avion, et 1% de la population mondiale concentre 50% des vols. En France, 76% des vols sont le fait de 20% de la population, selon une récente étude du think Forum Vies Mobiles (financé par la SNCF). Ces dernières années, seulement la moitié de la population a pris l’avion. Ceux qui collaborent passivement au voyage aérien – ses utilisateurs – ce n’est pas pas “tout le monde”, mais surtout une minorité aisée, masculine et âgée, nous dit l’étude. Et ceux qui décident de développer le transport aérien ? Ce sont évidemment les constructeurs, les compagnies aériennes et leurs actionnaires, mais aussi les gouvernements macronistes qui n’ont même pas appliqué la promesse minime de la fin des lignes intérieures (elle a été vidée de sa substance par de multiples dérogations).
  • Le reste des émissions carbones repose largement sur l’industrie, le transport et le bâtiment : des secteurs soumis largement à l’impératif capitaliste de profit et sur lesquels les citoyens n’ont pas la main à l’heure actuelle. Le développement sans frein et sans débat d’une technologie énergivore comme l’IA contribue à l’aggravation du problème : si beaucoup de gens, en Europe et aux Etats-Unis, utilisent cette technologie, parfois de façon récréative, ce sont bien quelques grands patrons de la Tech qui donnent le rythme de son expansion, avec la complicité de gouvernement fascinés et corrompus.
  • Côté adaptation maintenant : les bouilloires thermiques, ces logements mal isolés, qui ne sont souvent même pas dotés de protections solaires (volets ou stores), sont les lieux où les décès se produisent massivement ces dernières semaines. Est-ce que “nous sommes tous responsables” de cette situation ? En aucun cas. La propriété lucrative du logement (c’est-à-dire le fait de posséder des logements qu’on loue) est le fait d’une minorité de multipropriétaires, comme nous n’avons de cesse de le rappeler : La moitié des logements loués le sont par des propriétaires de 5 logements ou plus. 3,5% des ménages possèdent à eux seuls 50% du parc locatif. Voici les acteurs de la maladaptation et de la surmortalité, voici nos criminels sociaux. Et au dessus d’eux, il y a les lobbies de l’immobilier et du BTP et les gouvernements qui réduisent le peu de contraintes qui pèsent sur eux, qui ne font rien pour limiter la hausse des loyers et qui remettent sur le marché des centaines de milliers de passoires thermiques, que beaucoup de gens vont être contraints de louer prochainement et où beaucoup de gens, l’été prochain, mourront. C’est criminel, et il y a des responsables qui ne seront pas jugés pour cela.

“Nous sommes tous responsables” : cet énoncé est paresseux, faux et toxique. À l’échelle du globe, le sud et le nord ne partagent certainement pas le même niveau de responsabilité. Et à l’échelle de la France, certains collaborent à la catastrophe bien plus que d’autres : concrètement, la partie aisée de la population, les 10 à 20% les plus riches, ont des pratiques de consommation bien plus polluantes et contributrices du réchauffement climatique que les autres. Mon confrère Mickaël Correia nous informait dimanche que pour freiner le réchauffement climatique, les 50% les plus pauvres en France doivent réduire leur empreinte carbone de 4% tandis que les 10% les plus riches doivent diminuer la leur de 81%, selon l’organisme gouvernemental France Stratégie. Il faut donc arrêter de dire que “tout le monde” est responsable et que “tout le monde” doit faire des efforts : c’est aux 10% les plus riches, qui comprend la petite bourgeoisie (une définition dans cet article) et la sous-bourgeoisie (une définition à lire ici), de les faire prioritairement. 

Mais au-dessus d’eux, il y a cette grande bourgeoisie qui tient l’Etat et les entreprises privées (et dont les membres passent souvent de l’un à l’autre). Celle-ci ne collabore pas simplement, elle décide. Et que décide-t-elle ? Que l’augmentation des profits de sa classe est prioritaire sur la survie de toute une partie de la population et de l’écosystème animal et végétal. C’est cette classe qui choisit consciemment de pratiquer le darwinisme social dont parlait Clément Sénéchal dans sa dernière chronique. C’est elle qui choisit de ne pas freiner le réchauffement climatique et c’est elle qui choisit de ne pas adapter assez vite notre pays aux événements climatiques extrêmes. C’est à elle que l’on doit s’en prendre rapidement comme c’est elle dont le fonctionnement est intrinsèquement incompatible avec toute politique écologique conséquente. Tant qu’elle sera aux manettes, on continuera de crever en masse, et la nature avec nous. Tant que l’on n’intègrera pas cela, tant que l’on continuera de se blâmer, de se culpabiliser, de se complaire dans des abstractions (“l’Homme”, “les technologies”, “la mondialisation” etc.), on perdra du terrain et nos forêts brûleront chaque été davantage.

Comment lutter ?

Se contenter de dire qu’il faut “abattre le capitalisme”, ce mode de production qui permet à la bourgeoisie de nous dominer économiquement et politiquement, via l’exploitation de notre travail et de nos besoins, ne suffit pas. C’est le seul véritable objectif qui compte, mais le formuler ainsi ne dit pas comment on y parvient. 

Dans l’histoire du mouvement ouvrier, plusieurs méthodes ont été débattues et ont été expérimentées à diverses échelles. La première consiste à s’emparer de l’appareil d’Etat, par la lutte armée ou par les élections et de s’en servir pour transformer l’économie et la mettre au service de la population et, dans le contexte qui est le nôtre, la survie de l’Humanité et de l’écosystème. Les limites de cette méthode sont d’abord sa faisabilité : comment s’emparer d’un Etat conçu de bout en bout pour être la propriété exclusive de la classe dominante ? Une fois que le système électoral bourgeois a été affronté avec succès, que faire de l’infrastructure de hauts fonctionnaires proches ou membres de la classe capitaliste,  qui sont prêts à tout pour faire échouer les tentatives de réformes, même timides, de ses privilèges ? Dans le roman graphique Le Choix du chômage, Benoît Collombat et Damien Cuvillier documentent très bien comment, après l’arrivée au pouvoir des socialistes en 1981, plusieurs hauts fonctionnaires ont travaillé activement à vider toute réforme de sa substance. Et que faire de la zone euro qui empêche toute réforme sociale, notamment en retirant la souveraineté nationale sur la gestion de la dette publique ? Ce sont des questions que nous traitons régulièrement dans Frustration, et qui restent le plus souvent irrésolues. 

Ensuite, les rapports sociaux, les rapports de classe et le fonctionnement réel de l’économie peuvent-ils vraiment être modifiés par l’Etat, aussi puissant soit-il ? En Amérique du sud, la gauche a enregistré un grand nombre d’échecs car elle s’est avérée incapable, une fois arrivée au pouvoir, de réduire la violence des rapports de classe et de diminuer le poids du patronat. Les défaites récentes de la gauche en Colombie et au Chili marquent tristement cette impasse : c’est le constat de Christophe Ventura dans le dernier numéro du Monde Diplomatique. Cela vient donner du grain à moudre à une autre stratégie, qui tente, depuis le XIXe siècle, de transformer les rapports sociaux à la racine de leur existence : dans les entreprises, là où l’exploitation se joue. Par des conflits sociaux, par des grèves, par du sabotage, on peut ralentir ou stopper l’exploitation capitaliste et donc mettre de sérieux bâtons dans les roues de la bourgeoisie. L’avantage de cette seconde stratégie est d’associer un plus grand nombre de personnes au processus et de ne pas se contenter de laisser à une poignée de politiciens professionnels le soin de nous sauver de la domination bourgeoise. De plus, les grands conflits sociaux ont permis des coups d’arrêts durables à la domination capitaliste : en juin 1936, en 1944 sous l’impulsion du gouvernement provisoire issu de la résistance, notamment communiste, en 1968, de nombreux droits ont été créé pour la population et l’emprise de la bourgeoisie sur nos vies a reculé pour très longtemps, plus sûrement que lorsque la gauche a remporté des élections (ce qui est arrivé à de multiples reprises depuis les années 1920). 

Qu’est-ce que la question du réchauffement climatique change à ce débat ? 

Pas mal de choses. D’abord, elle nous décentre (un peu) de la question du travail. S’il reste le lieu de l’exploitation et la création de valeur qui alimente les profits et donc le pouvoir de la classe bourgeoise, s’il reste le lieu d’inégalité qui permet aux petites et sous-bourgeoisie de vivre aisément et d’adopter un mode de vie polluant, la sphère de la consommation doit également être prise en compte si l’on veut lutter efficacement contre le réchauffement climatique et la mauvaise adaptation (ou plutôt l’adaptation darwiniste et inégalitaire) à lui. Autrement dit, il nous faut reprendre le pouvoir sur la production en tant que travailleuses et travailleurs mais aussi en tant qu’usagers des biens et des services qui sont mis en circulation. L’emprise du secteur immobilier sur nos vies et sur la planète est par exemple un sujet central, qui concerne aussi bien la lutte contre le réchauffement que l’adaptation à celui-ci. Dans son livre Désarmer le béton, l’architecte Léa Hobson expose la façon dont la commercialisation du béton, matériau ultra lucratif, stimule une construction permanente de bâtiments dont l’obsolescence et l’inadaptation aux territoires où on les installe de façon forcée, à grand renfort de complicité gouvernementale et de corruption, nous expose toujours davantage aux effets du réchauffement climatique. Elle raconte la perte de souveraineté complète des populations sur leur bâti, ce qui est un phénomène récent dans l’histoire de l’humanité. Nous subissons nos logements, particulièrement en ce moment, parce que d’autres les construisent pour nous afin de s’enrichir, et pour que des multipropriétaires exploitent notre besoin vital d’avoir un toit, tout en excluant une partie de la population dans la rue alors que des logements vides ou en attente de rénovation pourraient largement les abriter. Il faut donc aussi se battre en tant qu’habitants, en tant que locataires, et pas simplement en tant que travailleur ou citoyen votant.

Se battre au travail, dans son immeuble, dans sa ville ou au supermarché

Sur l’ampleur criminelle du phénomène des bouilloires thermiques, qui est en train de conduire, on le rappelle, à des milliers de morts évitables, on voit bien que plusieurs approches existent. On peut s’appuyer sur une vision électorale de la politique et tout faire, en tant que citoyen, pour que la France Insoumise remporte les élections en 2027. C’est effectivement la seule force politique d’ampleur qui a un discours offensif sur le sujet du logement. Le “centre”, la droite et l’extrême droite veulent au contraire donner davantage de prérogatives aux multipropriétaires et mettre fin au peu de contraintes écologiques qui pèsent sur eux. Pour autant, se concentrer sur cette action électorale est risqué et insuffisant : d’abord parce que rien ne prouve que la FI remportera les élections mais aussi qu’elle puisse, au milieu de la tempête qu’elle affrontera si elle obtient le pouvoir, mener à bien une politique ambitieuse en termes de logement. On doit donc commencer dès maintenant à mettre en œuvre des actions collectives pour contrer l’emprise des multipropriétaires et des constructeurs sur nos vies. Cela veut dire arrêter de subir les loyers chers, les logements suffoquant et les “éco-quartiers” construit en vase clos par des promoteurs et des élus véreux et qui s’avèrent en fait incapables de faire face au climat des années 2030 : par exemple, à Bordeaux, les habitants d’un quartier tout neuf subissent 35 degrés dans leurs logements et alertent bailleurs et constructeurs en vain. Il faut en finir avec cette dépossession. 

À Lyon, des locataires sont entrés en lutte contre leur bailleur, et ils participent déjà à une vaste campagne née sur les réseaux sociaux, que je soutiens comme je peux : “pas de volet, pas de loyers”. Appuyée par une pétition signée par 50 000 personnes, cette campagne revendique “un droit à la suspension du loyer pour les locataires dont le logement est invivable car dépourvu d’équipements de base contre la chaleur (stores, volets en bois, ventilation brasseurs d’air)” et, sans attendre que le gouvernement accède à cette demande, annonce la mise en œuvre de cette suspension, “dans l’attente d’une issue législative à cette urgence”. Il s’agit d’une menace explicite et donc la mise en œuvre d’un rapport de force qui a porté ses fruits puisque la couverture médiatique de cette annonce a été conséquente. Mais la grève des loyers a-t-elle réellement lieu ?

En me posant cette question, j’ai du me demander pourquoi moi-même, qui suis forcé de quitter mon appartement à intervalle régulier depuis fin mai, pour me réfugier chez mes parents et revivre comme quand j’avais 17 ans, j’avais bel et bien payé mon loyer de juillet à mon multipropriétaire. Je pense que cette question, d’autres se la posent au sujet de leur acceptation, au travail, de conditions indignes liées à la chaleur, lorsqu’ils respectent des ordres injustes, lorsqu’ils acceptent un salaire de misère pour des tâches pénibles et accidentogènes, lorsqu’ils reviennent travailler après un burn out et que rien n’a changé. 

La vérité, c’est que la révolte individuelle face à la bourgeoisie et la petite bourgeoisie (dans le cas de mon multipropriétaire et des multiples petits patrons qui exploitent et exposent à des accidents et des malades) est quasi-impossible. Le rapport de force isolé avec son propriétaire est trop déséquilibré : le risque de l’expulsion, considérablement renforcé par les lois macronistes successives, est trop présent. Tout comme le risque du licenciement, dans une période de remontée du chômage de masse, décourage la désobéissance et expose des travailleuses et travailleurs inquiets à des conditions de travail potentiellement mortelle dans cette période caniculaire. Si j’avais pris le temps, ces derniers mois, de me réunir avec mes voisins et de créer des liens avec eux, j’aurais pu les motiver à me rejoindre dans une action de suspension du loyer. Mais puisque je n’ai pas anticipé la catastrophe, il est désormais trop tard pour me pointer chez eux, par 38 degrés, pour leur demander, avec mon air endormi et mes yeux bouffis par les insomnies, de me rejoindre dans cet acte. Tout comme un syndicaliste qui n’aura noué aucun lien sincère avec ses collègues, car passant trop de temps en réunion avec la direction, ne sera pas un organisateur de grève efficace et légitime : je l’ai hélas vu trop souvent, et je ne parle même pas de ceux dont les décharges syndicales importantes, voire le statut de permanent, fait perdre toute crédibilité quand il s’agit de prôner le droit de retrait ou le débrayage pour protester contre les dangers du travail à la chaleur.

Pour faire essaimer des mouvements de résistance qui auront des chances de stopper, localement et nationalement, l’emprise de notre classe dominante sur nos vies, il faut continuer et amplifier le travail d’organisation des lieux où se joue sa domination : l’entreprise, le quartier, la ville, pour ne citer que ceux-là. Partout où une organisation forte et crédible préexiste, des victoires ont lieu. Alors peut-être que la première action à mettre en œuvre cet été est de lancer une réunion informelle de ses collègues, un apéro entre voisins, afin d’être plus fort pour dire non, pour refuser de payer, l’été prochain. Quant à cet été, tout ce qui peut être fait collectivement, de l’invasion de magasins disposant d’une climatisation, de porte-à-porte pour soutenir les habitants en difficulté, d’installation de points d’eaux dans les abords des villages pour la faune, est bon à prendre. Et il faut arrêter de se pincer le nez devant les mobilisations courageuses et radicales contre l’autoroute A69 ou contre le canal Seine-Nord-Europe : toutes celles et ceux qui se battent contre la bétonisation du monde et l’intensification des flux capitalistes doivent être soutenus. 

Et pour accélérer ces mouvements, on pourrait instiguer la création d’un collectif national, qu’on appellerait syndicat ou non, de travailleuses et travailleurs qui veulent s’organiser sans reproduire les travers et les faiblesses des organisations existantes. Et aussi un collectif local, régional ou national, d’habitants en colère contre ce que nos logements et nos villes sont – invivables – dans ce nouveau climat qui est le nôtre et avec lequel nos dirigeants ne veulent pas qu’on survive décemment. Bref, il nous faut passer à la vitesse supérieure, mais sans griller les étapes nécessaires.

Pour aller vers quoi ?

Quand, à Frustration, nous appelons à la révolution, nous appelons en fait à deux choses : d’abord, au renversement de la classe dominante, partout où elle a du pouvoir. Ce n’est franchement pas facile car si, ces dernières années, de nombreux mouvements sociaux sont parvenus à renverser des gouvernements (au Népal ou à Madagascar par exemple) ils ne sont pas parvenus à renverser leur classe dominante qui a envoyé des remplaçants. Ce qui veut dire qu’il ne faut pas se contenter de retirer à la bourgeoisie le pouvoir politique ponctuel mais son accès permanent à ce pouvoir (dont le monopole de la haute fonction publique, de la direction des partis, des grandes écoles (à supprimer) etc.). Et pour cela, puisque nos institutions actuelles ne peuvent être transformées que par la classe politique existante (pour changer la constitution il faut l’accord du Sénat qui est composé de gens élus par les grands électeurs que sont les élus existants du pays), il nous faut forcément une transformation rapide et insurrectionnelle. Et pour que la fin de la mainmise de la classe bourgeoise sur nos vies soit réelle, il faut que dans le même temps elle soit chassée de la direction et de la possession des entreprises privées. Sinon, ça ne fonctionne pas, comme l’expliquait l’économiste Bernard Friot il y a quelques semaines : “dès lors que le despotisme de fabrique est assuré, c’est-à-dire que la politique s’arrête à la porte des lieux de travail, alors la démocratie adore le débat démocratique ! C’est ça le lieu de la politique” disait-il il y a quelques jours.

Une révolution comporte nécessairement un second processus qui est l’affirmation d’autres types de pouvoir et d’institutions parallèlement à la lutte contre les pouvoirs et les institutions existantes. Pour être révolutionnaire, il faut donc avoir l’envie et croire dans la possibilité d’un pouvoir populaire, démocratique, aussi bien au niveau de la gestion des affaires publiques que de celle de l’économie. A quoi cela ressemblerait concrètement ? Les modèles existants se multiplient et s’affinent. Sur la gestion collective de l’économie, on a par exemple l’autogestion générale dont parle l’économiste et corédac chef de Frustration Guillaume Étiévant dans son dernier livre : une part croissante des entreprises devient la propriété collective des salariés qui les administrent en prenant soin de ne pas reproduire les mécanismes hiérarchiques existants, et afin d’obtenir une autonomie sur ses conditions de travail. Concrètement, dans une entreprise autogérée et égalitaire sur le plan hiérarchique, on pourrait décider de stopper le travail quand les conditions climatiques exposent à la chaleur extrême. On pourrait décider en fonction de paramètres financiers réels, exposés à tous les salariés. Sortis de l’impératif d’engraisser des actionnaires et des patrons, nous pourrions collectivement se poser des questions sur ce qu’on veut produire, pourquoi et comment. Mais cela ne suffit évidemment pas, notamment sur le plan écologique : rien ne prouve que des entreprises autogérées ne cèdent pas aux sirènes de l’expansion productiviste et de la croissance illimitée, même si l’absence d’actionnaires gloutons est un garde-fou notable. Nous devons, en tant que citoyens, avoir notre mot à dire sur ce que l’on produit, où, comment et dans quel but. Quelles technologies méritent d’être développées ou limitées, et pourquoi ? 

Pour cela, des organisations collectives ont été pensées, et sont déjà expérimentées localement. C’est le cas de la Sécurité Sociale de l’Alimentation : inspirée des travaux de Bernard Friot, ce projet étend le fonctionnement originel de la sécurité sociale (c’est-à-dire gérée uniquement par les salariés, comme dans les années 40-50) à la production alimentaire. Cotisants à une caisse qui leur donne droit, chaque mois, à une somme à dépenser en produits alimentaires, les citoyens prennent part à une délibération sur ce qu’il convient de rembourser : ainsi, ils encouragent la production de certains produits plutôt que d’autres, en fonction de critères écologiques et sociaux. Manger sainement et écologiquement n’est plus réservée aux plus aisés, le bio n’est plus une manne financière pour la grande distribution (qui applique une marge indécente sur ces produits – +81% ! – ce qui contribue à leur impopularité et à l’idée erronée selon laquelle une agriculture sans pesticide est forcément trop coûteuse). Car actuellement, en France, c’est l’industrie agroalimentaire et la grande distribution qui décident main dans la main ce qu’on nous fait bouffer. Bien manger et s’y retrouver dans ce chaos devient un véritable travail, que tout le monde n’a pas la possibilité de faire. Retirer le pouvoir de décider combien coûte quoi, ce que l’on doit produire, cultiver et où est un impératif sanitaire mais aussi écologique. Concrètement, dans une région comme la mienne, la culture de maïs prend une place énorme sur la surface cultivable disponible. Or, cette céréale est très consommatrice d’eau. C’est notamment pour elle qu’une véritable guerre de l’eau, amplifiée par une sécheresse qui est en train de s’installer de façon chronique, est en train d’avoir lieu. Et à quoi sert ce maïs, dont une grande partie est exportée ? À fournir en nourriture les élevages, notamment bovins.

La consommation de viande est le plus souvent décrite comme un choix individuel. Pourtant, elle pose d’immenses problèmes collectifs, à travers la contribution énorme des élevages au réchauffement climatique, aux conséquences de ces derniers sur l’écosystème (les fameuses algues vertes produites par les élevages bretons) et au problème éthique patent que l’entassement et le meurtre de masse d’animaux sensibles constituent. Sans compter le fait que les éleveurs font partie des agriculteurs les moins bien rémunérés et les plus en difficulté, notamment psychologique. Quand est-ce qu’on arrête ça ? Si l’on mettait, département par département, des citoyens autour de la table pour peser le pour ou le contre de l’augmentation de la taille des élevages, on serait certainement une majorité à vouloir en finir avec ce système détestable à tout point de vue. Mais comme ce sont les industriels et leurs actionnaires qui décident, ce débat nous est retiré. Ce n’est qu’individuellement qu’on peut choisir de ne pas contribuer à ce carnage, et comme tout choix individuel il est contraint par des paramètres collectifs (le revenu, le temps disponible, l’accès à l’information, la pression sociale etc.).

Autogestion du travail et planification démocratique de la production

On peut imaginer un monde où l’ensemble des citoyens participent (à tour de rôle, via des mandats tournants, un tirage au sort etc.) à définir collectivement un cadre de ce que l’on veut produire, comment et pourquoi, avec comme boussole le respect des humains, la baisse des émissions carbone et la préservation voire le repeuplement de la faune et de la flore. Nos vies seraient autrement plus intéressantes que ce qu’elles deviennent sous le capitalisme actuel : survivre, être en compétition, galérer et avoir de rares moments de plaisir qui sont de plus en plus coûteux. 

Il s’agit d’envisager une planification écologique et sociale de notre économie. Cette planification peut-être étatique, c’est-à-dire confiée à des techniciens parfaitement corruptibles qui décideront à notre place ce qui est bon pour nous. Ou bien populaire, via de multiples instances de délibérations collectives. C’est ce que l’on appelle l’écosocialisme. Pour d’autres, c’est en fait du communisme. Au delà du débat des concepts, disons que l’essentiel est que l’on s’entende sur la volonté de subordonner la production à des impératifs humains et écologique, et qu’il n’y ait plus de division entre ceux qui travaillent et ceux qui possèdent, puisque ces derniers ne peuvent pas agir autrement qu’en recherchant le profit. Si on leur laisse la mainmise sur la production, ils nous entraîneront dans un gouffre climatique dont on ne se relèvera pas. 

Cette planification écologique pourra comprendre des contraintes et des interdictions : limiter le nombre de vols aériens par individus. Restreindre l’usage de certaines technologies, comme l’Intelligence Artificielle, à certains besoins (la médecine) plutôt que d’autres (l’armement). Ce qu’implique l’IA omniprésente que ses entreprises nous vendent est tout simplement insoutenable sur le plan énergétique. L’installation de Data centers est déjà combattue partout dans le monde et à raison. Il en va de même de certaines technologies dites zombies (qui désignent les technologies qui nécessitent des ressources épuisables et des processus ultra polluants) comme les smartphones dont l’obsolescence n’est plus à prouver, et qu’il est impossible de produire, à l’heure actuelle, de façon un tant soit peu vertueuse : on peut décider collectivement de stopper cette expansion sans fin et sans but (autre que le profit) de cette technologie. Mais ces limitations et interdictions doivent absolument se faire dans un cadre démocratique, avec une voix pour chaque pan de la société. Car ce qui semble superflu aux uns est essentiel à d’autres : je pense en particulier aux personnes handicapées, aux malades chroniques, mais aussi aux personnes trans qui ont des besoins médicaux spécifiques que certains jugent superficiels voire “contre-nature”.

Cette planification implique des reconversions d’ampleur de secteurs entiers, entraînant une forte dépense publique : pour mettre fin à un système agricole trop gourmand en eau et destructeur sur le plan sanitaire, il faut tout simplement payer pour la fin de l’usage des pesticides, et subventionner l’installation de multiples exploitations agricoles de petite taille. Là encore, on peut imaginer une délibération démocratique locale, nationale et même internationale. Les besoins en main d’œuvre d’une agriculture non-productiviste seront colossaux : les nombreux consultants et publicitaires que la mise en place d’une économie basée sur les besoins humains et les limites naturelles va mettre au chômage seront-ils partants ?

Une société autogestionnaire à l’économie planifiée est la proposition politique qu’il nous semble importante de porter dans la période actuelle pour répondre à l’anxiété écologique qui monte et qui n’est pas irrationnelle : si nous ne changeons pas de modèle, une grande partie d’entre nous mourront, comme beaucoup sont déjà morts, et une grande partie de notre planète sera inhabitable. La France est un territoire dont la position géographique l’expose gravement, le climat se réchauffant particulièrement vite en Europe du Nord, et tandis que nous accueillerons à bras ouverts un flux de réfugiés climatiques en provenance de régions déjà touchées, nous allons devoir contribuer à changer de paradigme écologique et à annihiler le pouvoir d’une classe bourgeoisie qui nuit chez nous comme partout ailleurs. C’est notre seul espoir et notre grande responsabilité. 

Lire cet article, quand on est accablé par la chaleur et attristé par la perte de proches, la vue des arbres qui perdent leur feuillage et des oiseaux qui errent, le bec ouvert par la soif, pourra sans doute être douloureux, tant l’objectif semble risqué et lointain. Mais avons-nous encore le temps de céder au désespoir, aux réformettes inconséquentes, aux postures écolo-petits gestes ou au catastrophisme qui ne mène à rien ? Nous n’avons que trop attendu, à nous laisser sans trop y croire par les sous-bourgeois sociaux-démocrates ou écolo de façade, nous demandant de leur faire confiance pour arracher trois rues végétalisées, deux pistes cyclables et une convention citoyenne ne menant à rien. Pour une fois dans notre histoire, il devient clair que c’est la radicalité qui est la véritable voie raisonnable, tandis que les appels au calme, aux petits pas et aux compromis inefficaces et mesquins avec la classe dominante sont une vraie violence.

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Nicolas Framont
Nicolas Framont
Co-rédacteur en chef
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