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Faut-il en finir avec les sondages ? Entretien avec Hugo Touzet


Désormais, les sondages politiques occupent une grande partie de l’actualité médiatique. Parfois même, ils font l’actualité : tel sondage montrant que Jordan Bardella gagnerait au second tour face à Jean-Luc Mélenchon, tel autre montrant qu’Emmanuel Macron aurait regagné quelques miettes de popularité, ou bien une grande question de société posée aux Français, qui seraient ainsi majoritaire à vouloir (faire) travailler (les autres) le 1er mai… Sur les réseaux sociaux et dans les conversations ordinaires, la fiabilité de ces sondages est largement remise en question. Ne sont-ils pas une façon de manipuler nos comportements politiques et sociaux, en créant artificiellement un conformisme idéologique pour nous pousser à ne rien oser changer (puisque les autres ne le veulent pas) ? Pour en parler, je me suis tourné vers Hugo Touzet, qui  est sociologue (post-doctorant au Centre National de la Recherche Scientifique (CNRS)) et qui a travaillé pendant plusieurs années sur les instituts de sondage, dans lesquels il s’est immergé pour mener l’enquête ayant conduit à sa thèse. Il a récemment publié le résultat de ses travaux dans Produire l’opinion. Une enquête sur le travail des sondeurs (Éditions de l’EHESS).

Durant ta thèse qui a conduit à l’écriture de ce livre, tu t’es immergé dans le monde des instituts de sondage en y travaillant toi-même. Qui sont les sondeurs ? Au-delà des figures médiatiques qui surgissent sur nos écrans le temps d’une soirée électorale, qui fait vraiment le job ?

Les sondeurs (et les sondeuses, car la profession est majoritairement féminisée) sont des personnes très diplômé·es, formé·es aux sciences humaines et sociales, qui ont souvent fait de la recherche à l’université, au moins en master. Ils et elles sont également relativement jeunes, à la fois en âge et en ancienneté dans la profession, puisqu’une large majorité a moins de 40 ans et moins de 10 ans de carrière à son actif. Cela s’explique par les conditions de travail relativement difficiles au sein de ces « instituts » – dont il faut rappeler qu’ils sont en fait des entreprises privées. Les sondeur·ses travaillent à flux tendu, gèrent de nombreuses enquêtes en même temps, dans des délais contraints et régulièrement en situation de sous-effectif. Au total, l’ensemble des sondeur·ses d’opinion, répartis entre une dizaine d’instituts, représentent à peine 100 à 120 personnes. Il y a donc également des difficultés à progresser dans cet environnement très restreint et très concurrentiel. C’est une autre explication du nombre important de reconversions que j’ai pu observer dans les instituts.

La critique des sondages semble aussi vieille que les sondages eux-mêmes. La plus connue est celle du sociologue Pierre Bourdieu dans un article publié en 1973 dans Les Temps Modernes est devenu depuis un classique souvent cité par les militants, “l’opinion publique n’existe pas”. Dans cet article il ne critique pas tant les techniques des instituts de sondage mais la pertinence même de poser des questions à des gens et de le traduire comme ce que penserait “l’opinion publique française”. Il dit à ce sujet : “cette opinion publique est un artefact pur et simple dont la fonction est de dissimuler que l’état de l’opinion à un moment donné du temps est un système de forces, de tensions et qu’il n’est rien de plus inadéquat pour représenter l’état de l’opinion qu’un pourcentage”. Que penses-tu de cette critique ? Faut-il selon toi l’actualiser ?

Il y a plusieurs dimensions dans ta question. D’abord, ce qu’il faut bien comprendre c’est que l’opinion publique est toujours dépendante de l’instrument qui la mesure. En ce sens, elle n’existe pas comme des fleurs dans un champ qu’il suffirait de cueillir, pour reprendre une métaphore de Georges Gurvitch, un sociologue des années 1950. Avant les sondages d’autres méthodes permettaient de mesurer « l’opinion publique » mais ce n’était alors pas la même chose que l’on mesurait. Les travaux de Bourdieu sont utiles pour rappeler que l’opinion publique n’a pas de définition universelle, qu’elle est toujours un objet de luttes et donc un objet politique. Quand on dit par exemple que « le peuple est dans la rue » pour parler des mouvements sociaux, on se réfère à une autre forme d’opinion publique. De même lorsque Gérald Darmanin, au sujet de la délinquance, dit qu’il préfère se référer au « bon sens du boucher-charcutier de Tourcoing » qu’aux études de l’Insee, il convoque un sens encore différent. Pour être précis, il faudrait donc plutôt parler d’une opinion publique « sondagière ». Mais est-ce à dire qu’elle « n’existe pas » ?

Dans la conférence de Bourdieu que tu mentionnes, il défend un argument que l’on pourrait résumer ainsi : les sondages, en faisant comme s’il y avait un consensus sur les questions qui méritent d’être posées, sont en réalité un instrument des classes dominantes pour imposer leurs idées dans la société. Cela me semble devoir être réactualisé. D’abord parce qu’il s’exprime en 1972, à une époque où il n’existe que trois instituts de sondages et que commander un sondage est long et coûteux. On peut donc en effet considérer que seuls les « dominants » ont les moyens d’utiliser cet instrument. Mais aujourd’hui ce n’est plus le cas. Le passage aux sondages administrés par internet a fait considérablement chuter les coûts et les temps de production. Dès lors, quasiment n’importe quelle association ou parti politique peut en commander, quel que soit son bord politique. Le journal l’Humanité commande ainsi régulièrement des sondages qui attestent que « la lutte des classes est une réalité pour 83 % des Français ». En revanche, là où l’analyse de Bourdieu reste pertinente, c’est que tout le monde n’a pas la même capacité à donner une force sociale à son sondage. Et le sondage de l’Humanité que j’ai cité, n’a évidemment absolument pas le même effet sur le débat public que n’importe quel sondage sur l’immigration, le sentiment d’insécurité ou la peur de l’endettement. Cela nous invite donc à déplacer le regard et ne pas considérer les sondages en eux-mêmes, mais dans l’environnement médiatique plus général.

Hugo Touzet (crédit Adrien Thibault)

Dans ta conclusion, tu cites une nouvelle d’Isaac Asimov, auteur de science fiction, qui imagine en 1955 un monde où le président des Etats-Unis serait désigné par un ordinateur, qui aurait lui-même sélectionné l’homme le plus normal du pays et lui aurait posé une série de questions clefs. Est-ce que le monde des instituts de sondage ne cherche pas à nous imposer une vie politique où il faudrait se concentrer sur les candidats ayant la meilleure chance de gagner et orienter toute l’attention médiatique vers eux, créant de fait une sorte de désignation sondagière ?

Historiquement, les sondeur·ses ont toujours insisté sur leur rôle indispensable dans le bon fonctionnement de la démocratie. Avec les sondages on peut savoir ce que pensent les citoyen·nes sur tous les sujets, à tout moment, alors que l’on avait auparavant comme indicateur que les groupes d’intérêt et les élections. Cette rhétorique est particulièrement efficace, et elle est présente aussi bien chez les premiers sondeurs dans les années 1930 que chez ceux et celles qui exercent aujourd’hui. L’idée c’est que grâce aux sondages on peut mieux prendre en compte l’avis du peuple, mais aussi que les gens sont en capacité de bien évaluer les rapports de forces pour se faire leur propre opinion. On peut considérer que cet argument est en partie légitime, mais il omet que les sondages ne sont jamais un outil neutre et donc qu’en sélectionnant tel ou tel candidat·e on exclut aussi de fait tel ou tel autre. Encore une fois, il est important de ne pas considérer les sondages seuls, mais dans leurs interactions avec leurs commanditaires, notamment les médias et les partis politiques. La sociologie a bien montré qu’en réalité le pouvoir des médias est moins de vous dire « quoi penser » mais plutôt « à quoi penser ». En multipliant les sondages sur des scénarios électoraux hypothétiques, en « testant » telle ou telle personnalité, les instituts contribuent donc à cet écosystème plus large qui délimite le périmètre de ce(ux) qui est légitime, crédible, etc. Heureusement, l’histoire n’a eu de cesse de montrer que bien des scénarios « prévus par les sondages » ne se sont pas réalisés !

Puisqu’on vit apparemment dans “le jour sans fin”, la bourgeoisie, tous les cinq ans, prépare les esprits à l’arrivée de son nouveau candidat miracle – Edouard Philippe – qui affrontera Jordan Bardella et serait “le seul susceptible de l’emporter” face à lui, selon des sondages récents. Est-ce qu’une bonne fois pour toute tu peux nous dire ce que ça vaut ce genre de sondage, à un an d’une élection présidentielle ?

Si l’on s’accorde sur l’idée que les sondages peuvent « prédire » qui sera le ou la prochaine présidente, alors nous aurions dû déjà voir à l’Élysée Dominique Strauss-Khan ou encore François Fillon. Il faut rappeler (comme le font d’ailleurs formellement des sondeur·ses) que les sondages ne sont jamais des prédictions. Ils capturent, sous certaines conditions, un état des opinions à un moment précis. Mais on peut s’interroger sur le sens qu’il y a à interroger les individus sur une élection dont on ne sait pour le moment pas qui seront les candidat·es ni pour la gauche, ni pour l’extrême-droite, ni pour ce qui se trouve encore entre les deux. À un an des élections, les sondages d’intention de vote sont sûrement très utiles pour les états major des partis qui essayent d’établir des stratégies, très utiles pour les médias qui ont un traitement du politique par le seul prisme de la politique « politicienne » institutionnelle, mais totalement inadaptés pour anticiper un résultat. 

D’abord, parce que la vie politique, c’est-à-dire les crises diplomatiques, les mouvements sociaux, les catastrophes naturelles, les réformes à venir, les campagnes électorales, etc. est une dynamique permanente dont il n’est pas possible de prédire les manifestations et les effets. Ensuite parce que la manière même de produire les sondages les rend inopérants comme instrument prédictif à si long terme. En effet, les sondages d’intention de vote se basent sur les répondant·es « certain·es » d’aller voter. Or, plus on est loin d’une élection, plus les catégories « certain·es » d’aller voter ont des caractéristiques spécifiques, très éloignées du corps électoral dans son ensemble : ce sont principalement les profils les plus politisés, les plus diplômés, les plus élevés dans la hiérarchie sociale et professionnelle. En somme, des individus tendanciellement plus au centre ou à droite sur l’échiquier politique. À l’inverse, les catégories les plus populaires, nombreuses dans l’électorat de la gauche radicale, se tiennent plus à distance de la politique institutionnelle et s’intéressent aux enjeux électoraux davantage lorsque l’on se situe au cœur de la campagne, à l’approche du scrutin.

Comme on vient de le voir, ce genre de sondage contribue déjà à installer des figures dans le paysage. Mais on parle d’une élection dont on ne sait pas qui sera candidat·e : est-ce que Marine Le Pen sera inéligible ? Est-ce qu’il y aura une primaire de la gauche ? Qui succédera à Emmanuel Macron dans son bloc…

A gauche, la critique des sondages est ancienne, et récurrente. Pour Jean-Luc Mélenchon par exemple, ce serait un “horoscope” à utiliser avec distance ironique. Pourtant, les candidats et partis de gauche ne cessent d’invoquer les sondages quand ils vont dans leur sens. Est-ce que tu as l’impression que la critique des sondages existe fondamentalement à gauche (j’entends la gauche institutionnelle) ou bien il n’y a qu’un rapport opportuniste à cette critique ?

Je pense qu’il y a une évolution assez récente que l’on peut dater avec l’émergence comme une force politique importante de la France insoumise. Je reprends régulièrement cette citation de Jean-Luc Mélenchon en 2021 lors d’une conférence à SciencesPo Paris : « Nous avons changé de ligne, nous les insoumis. Il y a quelques années, avec les liens étroits que nous avions avec les disciples de Pierre Bourdieu, tout le monde était sur la ligne dure « l’opinion publique n’existe pas, le sondage crée sa propre réalité, donc on n’en parle pas, ça nous intéresse pas, c’est une escroquerie ». On a tenu un temps comme ça, mais comme ça a un pouvoir d’injonction absolument incomparable, vaut mieux changer de tactique ». Et on a effectivement pu voir se développer une expertise assez importante, avec par exemple Manuel Bompard qui s’est mis à critiquer régulièrement les sondages en décortiquant précisément les chiffres, les notices de production, interrogeant les incohérences internes, etc. Plus récemment on peut mentionner le travail d’Antoine Léaument qui a mené une commission d’enquête à l’Assemblée nationale au cours de laquelle ont été auditionnés l’ensemble des responsables d’instituts (je recommande d’ailleurs le visionnage de ces auditions, c’était particulièrement intéressant), des universitaires, et où des documents ont été collectés, notamment des résultats bruts de sondages, pour interroger les méthodes de redressement. Cela n’empêche évidemment pas la France Insoumise, comme l’ensemble du personnel politique, d’entretenir un rapport que tu nommes opportuniste à la critique : les critiquer vertement, et les publiciser quand ils sont favorables. Les sondages sont un élément du débat public, et comme pour les médias par exemple, on va souvent observer une tension entre leur critique et leur utilisation.

Récemment, c’est un sondage diffusé par le magazine LGBT macroniste Têtu qui était très commenté sur les réseaux sociaux. On y apprenait que 32% des LGBT sondés pensaient voter RN en 2027. Ça vaut quoi ce genre de sondage catégoriel ?

D’abord, on pourrait s’amuser à observer que, selon le même sondage, le score du RN pour la population générale est de 42 % et conclure que les LGBT sont moins susceptibles de voter à l’extrême-droite que l’ensemble de l’électorat. Or, le cadrage qui en est fait, adossé à de belles images de Jordan Bardella, est que les LGBT sont très nombreux à se tourner vers le RN, contribuant – on y reviendra sûrement après – à normaliser et banaliser ce parti. Dans le détail, on observe des éléments intéressants, notamment des différences importantes entre les gays et les lesbiennes, mais le sondage ne porte en réalité que sur « 292 gays et lesbiennes » comme l’indique la notice, ce qui limite la possibilité de produire des analyses fines. Par ailleurs, concernant les personnes LGBT on sait que la représentativité statistique est difficile à établir, faute de données de référence et en raison de définitions variables de l’identification sexuelle (autopositionnement, pratiques, conjugalité), il faut donc prendre ces résultats avec de grosses pincettes. Concernant les formes de politisation spécifiques des personnes LGBT, et notamment gays et lesbiennes, il y a des travaux de sociologie passionnants, comme ceux de Hugo Bouvard ou de Mickaël Durandvers lesquels j’inciterais plutôt vos lecteurices à se tourner si ces sujets les intéressent !

Qui sont les porte-paroles des Instituts de sondage qu’on voit à la télé ? Sont-ils biaisés selon toi politiquement ? 

Les sondeurs les plus médiatiques, principalement des hommes, souvent directeurs du département opinion de leur institut, sont appelés « speakers » dans le langage de la profession ou « politologues » dans celui des médias qui les invitent régulièrement. Ils jouent un rôle très important pour leur profession puisqu’ils entretiennent ce rapport historique du sondage avec la démocratie. Mais ils sont également en retour très largement dépendants des médias qui leur offrent une visibilité importante. Ils doivent donc être capable d’intégrer les codes et les attentes des dispositifs médiatiques, voire de les anticiper. Cela les conduits à aller plus loin dans les analyses produites que ne le font la majorité des sondeurs et sondeuses. Ils ne se contentent pas de restituer les résultats de leurs sondages, mais cherchent à les interpréter, à y donner du sens, en reprenant souvent à leur compte des grilles de lecture préétablies, et largement partagés par d’autres acteurs du débat public qu’ils côtoient : journalistes « vedettes », éditorialistes, etc. Il y a donc des effets assez classiques en sociologie « d’homogamie sociale », un mot un peu compliqué pour dire simplement que des gens qui partagent des mêmes milieux, des mêmes intérêts, des mêmes caractéristiques sociales, en viennent à partager également les mêmes visions du monde. Ajoute à cela des querelles personnelles (voire juridiques) et le travail de critique répété de LFI à l’encontre des sondages, et ça te donne un parfait cocktail de tensions.  

Que penses-tu des travaux et des propos du sociologue Vincent Tiberj qui montre que la droitisation de la France est largement un mythe ? Trouverais-tu pertinent de parler –comme je le fais dans cet article– de guerre psychologique visant à briser le moral des féministes, antiracistes et anticapitalistes en leur démontrant, par sondage, qu’ils sont une minorité de plus en plus petite au milieu d’un océan de réactionnaires ?

Je partage assez largement les constats et les analyses de Vincent Tiberj. Ils constituent un appui solide pour penser autrement la lutte politique : on n’agit pas de la même manière selon que l’on pense ses idées minoritaires ou au contraire très largement soutenues. D’ailleurs, sans avoir besoin de lire le livre de Vincent (ce que je recommande néanmoins vivement) on peut observer ce mythe de la droitisation en regardant les résultats des dernières élections législatives : non seulement le RN ne les a pas remportées, mais il est arrivé en troisième position, grâce à une mobilisation sans précédent du mouvement social, mais également d’un ensemble de pans de la société qui ne prennent que rarement  la parole sur ces enjeux (je pense à différents Ordres professionnels par exemple). 

Pour autant, l’offensive des milieux réactionnaires est réelle et dans cette bataille, les sondages d’opinion sont un outils largement mobilisé. J’avais essayé de montrer dans cet article comment les sondages, sans qu’il s’agisse d’un projet volontaire de la profession, contribuent à la normalisation des idées d’extrême droite. Là encore il faut en revenir au lien avec les commanditaires, et comprendre les sondages comme un outil éditorial à la disposition de médias qui les commandent. Lorsque le cadrage se fait d’abord sur des thèmes de la droite et de l’extrême droite comme la sécurité, l’immigration ou la délinquance (au sens où il s’agit de thème qui comptent beaucoup plus pour ces électorats que pour l’ensemble des Français·es), il invisibilise d’autres sujets, sur lesquels il y a pourtant une adhésion large dans la population, en matière d’écologie, de partage des richesses, de système de santé ou encore d’éducation par exemple.

Penses-tu qu’il faut interdire les sondages politiques ?

Si l’on faisait cela, Vincent Tiberj n’aurait jamais pu écrire son livre, qui repose sur des enquêtes par sondage ! On ne pourrait pas avoir chaque année le Baromètre de la CNCDH qui nous rappelle que plus d’un sympathisant RN sur deux se déclare ouvertement « raciste ». La Fondation pour le logement ne pourrait pas nous informer qu’en 2025, 41 % de la population a eu froid à l’intérieur de son logement et l’on ne saurait pas que 86 % des Français·es soutiennent la taxe Zucman. 

Je suis volontairement provocateur pour insister une nouvelle fois sur l’importance de distinguer l’usage légitime d’un outil pour éclairer des phénomènes sociaux, et son utilisation par des acteurs avec un agenda politique très clair. De ce point de vue, la discussion est assez proche de celle des médias : le débat ne porte pas sur la question de l’interdiction des médias, mais sur la trop faible absence de régulation du secteur. Pour moi l’enjeu est moins l’interdiction des sondages politiques, que de questionner la possibilité pour un secteur aussi important pour le débat démocratique d’évoluer librement avec aussi peu de régulation et une absence de contrôle de la qualité de l’immense majorité des sondages politiques publiés (la Commission des sondages, sorte d’Arcom des sondages, ne se saisit que des sondages d’intention de vote). Comment se fait-il par exemple qu’un sondage puisse demander aux gens de classer leurs « personnalités politiques préférées », en leur soumettant une liste de 24 noms avec seulement 4 se situant à gauche (dont Raphaël Glucksmann et François Hollande…) sans que la Commission n’y trouve rien à redire ? 

Nicolas Framont
Nicolas Framont
Co-rédacteur en chef
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