Le RN nous a volé 4,5 millions d’euros, il a bien ce qu’il mérite

Aujourd’hui, Marine Le Pen et d’autres cadres du RN ont été condamnés par la justice à des peines de prison et de l’inéligibilité. Puisque Marine Le Pen était la candidate présumée de l’extrême-droite à la prochaine présidentielle, c’est son empêchement de se présenter qui fait les gros titres. Mais derrière ce fait politique, il ne faut pas oublier les causes de cette condamnation : le RN a mis en place pendant des années, de façon consciente et assumée, un système de détournement d’argent public pour financer sa propagande et surtout enrichir la petite caste qui le dirige.
En 2004, Marine Le Pen s’énervait sur un plateau TV : « Tout le monde a piqué dans la caisse, sauf le FN. Et on trouve ça normal ? Les Français en ont marre qu’il y ait des affaires et de voir des élus qui détournent l’argent. » À l’époque, le FN se présentait comme le parti des petites gens contre la politique politicienne. Franc parler, rigueur morale, il se présentait comme antisystème et, depuis sa marge de la vie politique institutionnelle, non concerné par la défiance croissante envers la classe politique. Puisqu’elle défendait la probité totale en politique, Marine Le Pen prônait l’inéligibilité à vie pour tout élu condamné au cours de sa carrière.
« Derrière ce fait politique, il ne faut pas oublier les causes de cette condamnation : le RN a mis en place pendant des années, de façon consciente et assumée, un système de détournement d’argent public pour financer sa propagande et surtout enrichir la petite caste qui le dirige. »
Vingt et un ans plus tard, cette déclaration a énormément vieilli : Marine Le Pen ainsi que plusieurs autres cadres du parti, et le parti lui-même, ont été reconnus coupables de détournement de fonds publics. Et pas un petit détournement : on parle de 4,5 millions d’euros. Ils se sont servis des emplois fournis par le Parlement européen – et donc financés par les contribuables – pour rémunérer des postes fictifs, ultra bien payés. L’activiste Ilan Gabet l’a rappelé sur Twitter, il y a bien eu distribution d’argent public au sein de la caste à la tête du RN : “La sœur de Marine Le Pen, sa fidèle amie ainsi que de jeunes ambitieux repérés par les cadres du parti ont été grassement rémunérés, percevant entre 4 000 et 5 000 euros par mois. Le compagnon de Marine Le Pen de l’époque, Louis Aliot, a été payé 5 000 euros brut pour un mi-temps. Quant à Jean-Marie Le Pen, son majordome, sa secrétaire et son directeur de cabinet ont été rémunérés comme assistant·es d’autres eurodéputé·es. L’emploi par le Parlement européen de Thierry Légier, garde du corps de Jean-Marie Le Pen, a par exemple conduit au versement d’une indemnité de licenciement de 29 000 euros. Ces détournements ont ainsi servi à sécuriser une garde rapprochée fidèle et rémunérée, au service des ambitions du parti mais aussi de leurs intérêts personnels et familiaux. Ils ont contribué à renforcer leur influence au sein du RN et à financer, aux frais du contribuable, leur carrière politique.”
« J’ai entendu le président de la République dire « ce qu’il faudrait c’est rendre inéligible à vie ceux qui ont été condamnés – jusque là j’étais d’accord, c’est dans mon projet présidentiel – pour corruption et fraude fiscale ». Ah bon ? Mais pourquoi pas le reste ? Pourquoi pas favoritisme ? Pourquoi pas pour détournement de fonds publics ? Pourquoi pas pour emploi fictif ? Quand allons-nous tirer les leçons et effectivement mettre en place l’interdiction, l’inéligibilité à vie pour tous ceux qui ont été condamnés à l’occasion ou grâce à leur mandat ? »
Marine Le Pen, 5 avril 2013, Public Sénat
L’affaire François Fillon avait montré le dédain avec lequel les politiques professionnels gèrent l’argent public : comme le leur. A l’époque, lui aussi avait crié au procès politique, comme le RN le fait, comme Sarkozy le fait également.
La corruption de la classe politique, RN compris, tient à sa position privilégiée dans la société : les politiciens n’ont pas de métiers, mais des mandats. Les règles ne sont pas les mêmes pour eux : elles sont plus souples, car pour permettre leur indépendance politique, ils peuvent distribuer les enveloppes d’argent public qu’on leur donne à leur convenance : en embauchant des assistants parlementaires, des stagiaires, en les rémunérant pour des missions qu’ils définissent eux-mêmes, sans rendre de compte à personne… Quand, que cela soit dans une association, un service public ou une entreprise privée, on est soumis à certaines obligations.
La corruption de la classe politique, RN compris, tient à sa position privilégiée dans la société : les politiciens n’ont pas de métiers, mais des mandats. Les règles ne sont pas les mêmes pour eux : elles sont plus souples, car pour permettre leur indépendance politique, ils peuvent distribuer les enveloppes d’argent public qu’on leur donne à leur convenance.
Cette souplesse qui leur est accordée pour la gestion de l’argent public crée des opportunités. Celle de maltraiter les gens qui travaillent pour eux, pour commencer – un point commun à toutes les formations politiques – mais aussi celle de se servir dans les caisses pour faire tout autre chose que ce qui est prévu. Ce qui était prévu, dans le cas du RN, c’était de payer des personnes qualifiées pour aider les députés européens à exercer leur mandat. Mais puisque ces derniers ne faisaient rien là-bas – à l’image de Jordan Bardella, véritable eurodéputé “fantôme” – l’argent servait à autre chose, dont l’enrichissement personnel du clan Le Pen.
Les pièces utilisées lors du procès sont sans ambiguïté, à l’image de ce mail envoyé en 2014 par l’eurodéputé RN Nicolas Bay à son comptable : « Bonjour, il me reste des crédits disponibles dans mon enveloppe pour payer mes assistants parlementaires. Afin d’utiliser les fonds restants dispos sur 2014, merci de procéder à l’embauche en CDD de 2 mois de cette personne : Eric G. (…) Salaire net : 5 000 euros/mois. CDD du 1 novembre au 31 décembre 2014. Merci, à bientôt. Nicolas. »
Comme tous les crimes en col blanc (que le sociologue Edwin Sutherland a défini comme un crime commis par une personne respectable et de haut rang social dans le cadre de sa fonction), la corruption en politique se justifie par des valeurs supérieures, qui mériteraient que l’on soit jugé autrement, en prenant en compte sa stature et sa grande mission. Un simple mortel qui fraude le fisc n’a pas grand chose pour se défendre. Les politiques qui détournent des milliers ou des millions ont le “procès politique”. À les entendre, ils ne devraient en fait jamais être jugés : car l’intervention de la justice serait toujours une tentative d’entraver leur carrière, de les faire taire.
Un simple mortel qui fraude le fisc n’a pas grand chose pour se défendre. Les politiques qui détournent des milliers ou des millions ont le “procès politique”. À les entendre, ils ne devraient en fait jamais être jugés : car l’intervention de la justice serait toujours une tentative d’entraver leur carrière, de les faire taire.
Ce qu’ils réclament tous, y compris parfois à gauche, c’est que ce soit aux citoyens de trancher sur cette affaire via “la démocratie”. La justice serait une interférence, car elle empêcherait “le peuple” de choisir. Mais cette sympathique proposition est d’une grande mauvaise foi et elle méconnaît un principe intéressant dans un Etat de droit. D’abord, elle fait comme si c’était bien “le peuple” qui s’exprimait au sein d’une “démocratie”, et qu’on assistait pas à un semblant de consultation où les grands médias, les sondeurs et les gros donateurs ont une influence décisive sur le résultat. Ensuite cet appel aux urnes méconnaît la séparation des pouvoirs : d’un côté les institutions politiques, de l’autre la justice. Ce principe est intéressant : en faisant du politicien un justiciable comme les autres, on le dissuade – dans une certaine mesure – d’essayer. Le RN a cru qu’il s’en sortirait, en misant sur le fait que la loi sur l’inéligibilité – que Marine Le Pen défendait bec et ongles, rappelons-le une fois encore – ne serait pas appliquée. Ils ont donc détourné 4,5 millions d’euros de la poche des contribuables vers les leurs. Ils ont donc joué… et ont perdu.
Ensuite, en acceptant que les politiques puissent être poursuivis en justice, on les met à égalité avec leurs concitoyens, ce qui a certains mérites, même si, habitués qu’ils sont à vivre au-dessus des règles qui régissent la vie du commun des mortels, ils en sont tous immensément choqués quand cela arrive. Enfin, on confie à des juges qualifiés le soin de se pencher sur une enquête complexe. Peut-on vraiment compter sur la couverture médiatique des grandes élections pour nous aider à comprendre le montage qui a permis au RN de détourner 4,5 millions d’euros d’argent public ?
Ce qu’ils réclament tous, y compris parfois à gauche, c’est que ce soit aux citoyens de trancher sur cette affaire via “la démocratie”. La justice serait une interférence, car elle empêcherait “le peuple” de choisir. Mais cette sympathique proposition est d’une grande mauvaise foi (…) Peut-on vraiment compter sur la couverture médiatique des grandes élections pour nous aider à comprendre le montage qui a permis au RN de détourner 4,5 millions d’euros d’argent public ?
Tous les sympathisants du RN crient aujourd’hui au procès politique et à la mort de la démocratie. François Bayrou se dit “troublé”, alors que pendant des décennies, les violences physiques et sexuelles dans un établissement privé de son département ne lui ont pas fait hérisser le moindre poil. Rien de surprenant à tout ça, on pouvait s’attendre à cette campagne de communication.
Le rapport à la justice de tous ces gens est complètement corrélé à un paramètre de classe : car quand ce sont des pauvres ou des jeunes de banlieue qui sont enfermés pour un vol de canette pendant une révolte urbaine, la justice ne fait que son travail. Rappelons que ces gens de l’extrême droite et de la droite conservatrice veulent que les personnes fichées S (ça peut arriver à n’importe qui, ce n’est pas un juge qui décide) puissent être « internées » sans aucune condamnation. Eric Ciotti désire quant à lui un “Guantanamo à la française” dont on se doute qu’il ne pense pas que lui y aurait le droit, alors qu’il aurait détourné des centaines de milliers d’euros de la sécurité sociale pour assurer à sa mère des soins exceptionnels.
A les entendre, la justice ça ne serait que pour les autres : les racisés, les pauvres, les personnes toxicomanes, les chômeurs… Mais jamais pour eux : les médecins, les avocats, les politiques, les patrons, eux mériteraient une justice parallèle : une justice pour gens importants, qui ne tape pas trop dur, qui prenne en compte leurs “grosses responsabilités” de gens qui comptent. Donc quand ce sont les leurs, des gens de leur classe, qui sont condamnés par le système judiciaire, alors il y a forcément un dysfonctionnement quelque part.
Rappelons que ces gens de l’extrême-droite et de la droite conservatrice veulent que les personnes fichées S (ça peut arriver à n’importe qui, ce n’est pas un juge qui décide) puissent être arrêtées sans aucune condamnation. Eric Ciotti désire quant à lui un “Guantanamo à la française” dont on se doute qu’il ne pense pas que lui y aurait le droit, alors qu’il aurait détourné des centaines de milliers d’euros de la sécurité sociale pour assurer à sa mère des soins exceptionnels.
Ces réactions outrées permettent d’occulter le fond de l’affaire : le RN est un parti politique mafieux, corrompu jusqu’à la moelle, qui a mis en place un système pour faire les poches des contribuables qu’ils prétendent défendre. Le clan Marine Le Pen a repris un système déjà mis en place par son père – à l’époque même où elle s’énervait contre la corruption en politique, elle connaissait déjà forcément toutes ses combines. On en parlait déjà dans la presse dans les années 2010 : grâce à son micro-parti “Jeanne”, le RN surfacturait des prestations de campagne pour obtenir davantage d’argent public sous forme de remboursement de frais de campagne. Ce parti de menteur et d’hypocrisie n’est pas antisystème ou populiste pour un sou. C’est un parti bourgeois comme les autres, qui s’est construit sur l’antisémitisme et le racisme mais qui permet à une petite clique de vivre très confortablement.
Et il faudrait souhaiter, au nom de la “démocratie” (comme si avoir Le Pen à tous les seconds tours de notre vie c’était ça la démocratie) que des gens qui nous ont volé 4,5 millions d’euros s’en tirent sans dommage ? On se demande au passage où sont tous ces défenseurs de la “démocratie” contre la méchante justice quand on sait que le leader indépendantiste kanak Christian Tein a été incarcéré à des milliers de kilomètres de chez lui, sans condamnation. Ou lorsque des manifestations sont interdites ou violemment réprimées : car la démocratie, ce n’est pas que leur sacro-saint vote, ce sont toutes ces formes d’engagement qui sont de plus en plus empêchées par le pouvoir en place, toujours avec la bénédiction du RN. Alors que l’on ne nous parle pas de “démocratie”, par pitié.
La conclusion de tout ça, c’est qu’inéligibles ou pas, le RN est bel et bien un parti de parasites : des gens qui vivent depuis leur jeunesse sur notre dos, à notre crochet. Leur vie quotidienne nous coûte bien plus cher que celle des réfugiés qu’ils accablent, des fonctionnaires qu’ils critiquent ou des bénéficiaires du RSA qu’ils méprisent.
La conclusion de tout ça, c’est qu’inéligibles ou pas, le RN est bel et bien un parti de parasites : des gens qui vivent depuis leur jeunesse sur notre dos, à notre crochet. Leur vie quotidienne nous coûte bien plus cher que celle des réfugiés qu’ils accablent, des fonctionnaires qu’ils critiquent ou des bénéficiaires du RSA qu’ils méprisent. Ne nous laissons pas entraîner dans le débat judiciaire et institutionnel lancé par le RN pour masquer sa vraie nature et rappelons-le dès que possible : ce parti est un réservoir de bourgeois qui profitent.
