Consentement ou résignation : pourquoi ça ne pète pas ?
“Partage du temps de travail, partage des richesses, ou aloooors ça va pééééter – ça va péter !!” – Ce slogan, qui sent bon la merguez grillée, le ballon syndical et la bombe lacrymogène, a largement perdu de sa puissance puisqu’il est rabâché depuis 30 ans, à chaque mouvement social et 1er mai, sans que la menace ne soit jamais portée à exécution, alors même que la violence de la classe dominante à notre égard s’intensifie et, qu’en réponse, les cadres du mouvement syndical et social réduisent à chaque décennie la force de la réplique. On en vient à se dire que plus ce slogan est répété, moins la réalité qu’il décrit n’a de chance d’advenir. Et pourtant il y aurait de quoi : 10 ans de macronisme ont abîmé la population française comme jamais, détruit sa protection sociale transformée de plus en plus en instance de surveillance et de contrôle, rendu le pays complice d’un génocide en Palestine tandis qu’à l’international l’impérialisme états-unien et capitaliste continue de destabiliser le monde. La situation économique ne rémunère pas le travail, le logement est devenu un enfer aux mains des multi-propriétaires, des banques et des promoteurs, et le BTP, l’industrie textile, les pétroliers continuent de transformer notre climat et notre éco-système. Alors “pourquoi ça ne pète pas ?”. Les gens sont-ils “trop cons”, comme il devient de plus en plus commun d’oser l’affirmer. Sont-ils trop pauvres ou trop tristes ? Faut-il mieux leur expliquer ce qui est bon pour eux, en mettant toutes nos forces dans la “bataille culturelle” ? Plusieurs évènements mais aussi ouvrages récents permettent de remettre en question ces réflexes qui sont aussi vains que contre-productifs.
1 – Ça pète partout et régulièrement, mais on regarde ailleurs
Parce que les médias mainstream nous font vivre dans un univers informationnel où une actualité en chasse une autre, avec une accélération des polémiques, scandales et autres paniques morales bourgeoises ou fascistes, nous sommes plombés par le présent façonné par la classe dominante qui nous fait oublier constamment notre histoire sociale récente. Ainsi, rien qu’en France, la dernière décennie a été ponctuée par cinq mouvements sociaux nationaux qui ont, chacun à leur manière, mis en risque les gouvernements et surtout mis en scène la colère de différentes fractions de la population. En 2016, un mouvement syndical, largement dépassé par des manifestations plus autonomes, marque la reprise de la contestation sociale après plusieurs années d’apathie face au Hollandisme. En 2018, le mouvement des gilets jaunes vient briser la macronmania imposé par le pouvoir médiatique, et la paix sociale que la bourgeoisie croyait avoir obtenu pour longtemps après la victoire de la France lors de la Coupe du monde de football l’été précédent. Ce mouvement dure plusieurs mois et met en grande difficulté le pouvoir, tout en étant investi d’une forte popularité.
Au printemps 2023, le mouvement social contre la réforme des retraites met dans la rue plus de personnes que jamais dans notre histoire sociale, sans débouché réel faute de stratégie syndicale ou de contournement populaire des cadres de la contestation sociale. L’été de la même année, le meurtre de Nahel Merzouk à Nanterre déclenche un mouvement social immédiatement investi par la jeunesse des banlieues, qui n’est jugulé qu’au terme d’un régime de terreur policière et judiciaire. Enfin, en 2025, le mouvement du 10 septembre emmène 500 000 personnes dans les villes et villages de France pour sortir du cadre classique de la mobilisation sociale, et contribue à la chute du gouvernement de François Bayrou et de son projet de budget d’une rare violence sociale. On peut voir le verre à moitié vide et se dire que ces mouvements n’ont pas produit de déstabilisation durable du macronisme et de la bourgeoisie, ou bien à moitié plein et se dire que 1 – S’il ne s’était pas produit, le président serait allé bien plus loin dans son oeuvre de démolition de notre protection sociale et 2 – Qu’ils aient ou non fonctionné, ces mouvements ont démontré la capacité de mobilisation de quasi tous les secteurs de la classe laborieuse, loin de l’idée récurrente d’une apathie sociale alimentée par Hanouna, la Française des jeux ou CNews.

Ailleurs dans le monde, la situation sociale est encore plus régulièrement explosive, en particulier ces dernières années. A l’automne dernier, des mobilisations secouaient le Pérou, le Maroc, Madagascar ou le Népal, avec, malgré des différences un fil rouge : le combat d’une partie de la jeunesse contre la corruption et le désengagement de l’État, qui s’accompagnent d’une répression accrue au profit des grandes entreprises et d’un mode de vie toujours aussi luxueux pour les dominants, pendant que la population survit de plus en plus difficilement. Aux Etats-Unis, la confrontation entre des communautés urbaines entières et l’ICE, la police de l’immigration, a embrasé les villes de Los Angeles et Minneapolis, pour ne citer qu’elles, depuis l’été 2025. Le sociologue états-unien Walter Nichols racontait en janvier la façon dont le mouvement anti-ICE de Los Angeles avait concrètement remis en cause la souveraineté fédérale sur certains quartiers de la ville. Comme ailleurs dans le monde ces dernières années, c’est la légitimité des pouvoirs établis à gouverner qui a été contesté à Los Angeles, et de la part de la classe ouvrière immigré, selon Nichols : “Les manifestations contre les expulsions ont émergé directement des quartiers ouvriers à forte population latino-américaine. Il ne s’agissait pas d’activistes professionnels, mais de journaliers, de défenseurs communautaires et de leaders de quartier opérant à travers des réseaux interpersonnels localisés.” C’était aussi le constat de Guillaume Étiévant dans son analyse des mouvements sociaux péruviens, marocains ou népalais : les cadres habituels de la contestation sociale ont été complètement dépassés.
Et il y a aussi tous les actes de désobéissance individuels ou de résistance locales qui passent sous les radars. Le sabotage au travail, dont je donnais un certain nombre d’exemple dans cet article, les grèves qui se produisent régulièrement en France comme ailleurs – une grève illimitée dans les cinéma UGC ou encore dans un salon de coiffure et d’esthétique dont la main d’oeuvre exploitée s’est rebellée – ou encore des actes encore plus spectaculaires : aux Etats-Unis, un salarié a mis le feu à l’immense entrepôt où il travaillait en se filmant et déclarant “tout ce que vous aviez à faire était de nous payer mieux”. Depuis, plusieurs autres entrepôts sont partis en flamme à travers le pays, sans que l’on sache à ce stade s’il s’agit de coïncidence malencontreuse ou d’actes de revanche sociale. Encore une fois, ça n’a pas changé, à ce stade, la face du monde mais cela montre que dans les faits, oui, “ça pète” continuellement.
2 – Changer la vie plutôt que changer les idées : les limites de la “bataille culturelle”
“Comment faire changer mon entourage d’avis ? Comment les convaincre ?” C’est une question qui revient régulièrement lors des échanges qui suivent un événement autour de notre magazine ou de nos livres. Ma réponse est de plus en plus “ne le faites pas”. Ça ne veut pas dire qu’il ne faut rien faire, mais que chercher à “convaincre” quelqu’un qu’il se trompe est voué à l’échec. Et surtout, il faut être sûr qu’il se trompe. Comment convaincre quelqu’un que le changement social, une société plus égalitaire, la fin du capitalisme, sont nécessaires à son bonheur ? Il faut commencer par comprendre pourquoi ça ne lui semble pas évident ou pas atteignable. Et ce travail est rarement fait par un camp politique “la gauche”, qui est souvent en léger décalage sociologique avec la population qu’elle souhaite rallier et qui perçoit le changement social sous un prisme exclusivement culturel.
C’est d’ailleurs devenu un slogan : “il faut mener la bataille culturelle”. Avec des chiffres, des livres, des documentaires, on arrivera progressivement à montrer aux gens que le changement climatique est réel, que les milliardaires nous pillent, que l’extrême-droite est… raciste. Ce serait d’autant plus nécessaire et prioritaire qu’en face, les riches soutiens du fascisme la mènent ouvertement et de façon décomplexée, cette bataille, alors pourquoi pas nous ?
Le sociologue Vivek Chibber raconte bien, dans un livre tout juste traduit en français aux éditions Agone, comment cette vision culturelle de la lutte sociale s’est imposée après que le marxisme classique se soit heurté à une dérangeante réalité : le capitalisme ne s’est pas, au cours du XXe siècle, effondré de ses “propres contradictions”, et l’augmentation en nombre de la classe ouvrière n’a pas conduit, partout, à des révolutions, quand bien même ce siècle est resté agité. Par conséquent, de nombreux théoriciens, militants et politiques proches du mouvement ouvrier se sont mis à décrire une classe travailleuse qui consent, en dépit de ses propres intérêts, à un ordre injuste, à cause d’une influence culturelle dévastatrice ayant transformé les individus (en consommateur, en spectateur de la télévision, en jouisseurs de l’industrie des loisirs ou du tourisme etc.). Ainsi, ce serait à nous de “mener la bataille culturelle” pour lutter contre le consentement de la masse à une classe dominante qui l’opprime. Mais cette posture pose deux problèmes. D’abord, elle donne le monopole de la lutte à celles et ceux qui ont le monopole des idées et de la parole, et qui ne sont souvent pas, pour des raisons sociologiques bien connues, très représentatifs de la classe laborieuse dans sa diversité. Ensuite, nous dit Chibber, elle se base sur une analyse erronée de la situation.

Pour lui, le consentement actif de la population n’est pas ce qui caractérise la vie sous le capitalisme. Cette analyse est paresseuse et manque d’empathie et de finesse sociale : « Si les travailleurs font quelque chose que vous ne comprenez pas tout à fait, dit-il, il est raisonnable de supposer que vous n’avez pas compris les circonstances dans lesquelles ils évoluent. Ce qui semble irrationnel à première vue peut s’avérer beaucoup plus logique une fois que vous avez mieux compris leurs contraintes et leurs préférences.” Si “ça ne pète” pas partout et à tout bout de champs, ce n’est pas parce qu’une masse de salariés manipulés par TF1 ou Mark Zuckerberg adore le capitalisme, mais bien parce que les opportunités de se rebeller avec succès sont faibles voire inexistantes. Le consentement provient ainsi d’une perception optimiste de sa place dans le système capitaliste : si je travaille dur, je vais m’enrichir en gravissant les échelons ou en touchant des primes individuelles. Si je deviens influenceur muscu, j’aurais de bons revenus. Si j’achète cette maison à crédit, que je la retape et que je la revends au bon moment, je pourrais me faire une belle plus-value. Mais ce consentement basé sur l’optimisme personnel fonctionne surtout dans des périodes de croissance économique. Dans des périodes caractérisées par la baisse du pouvoir de vivre et la monopolisation des capitaux, notamment immobiliers, entre quelques mains, la plupart des gens ne consentent plus activement. Ils se révoltent, ou bien ils se résignent. La résignation est ce qui caractérise principalement le stade actuel du capitalisme partout dans le monde. Ce n’est pas la conscience du problème qui manque, mais la croyance dans la possibilité d’y faire face collectivement.
“La constitution des travailleurs en classe est tout sauf automatique. Elle a lieu quand des travailleurs sont prêts à choisir des stratégies collectives plutôt qu’individuelles pour satisfaire leurs intérêts (…). D’une manière générale, l’action collective a plus de chance de se produire quand les risques et les coûts afférents sont réduits, que les travailleurs ont confiance en leur pouvoir et qu’ils développent un sens de l’objectif commun et de l’engagement réciproque assez profond pour consentir les sacrifices inévitables dans toute lutte syndicale”.
Le patronat et les gouvernements se sont organisés pour rendre l’action collective risquée : d’une façon générale, en France comme ailleurs, les droits des salariés et des syndicalistes se sont réduits. Par des systèmes d’évaluation individuelle et par le maintien d’un chômage de masse élevé, la rébellion au travail est devenue plus difficile à mener. La peur règne dans les entreprises et administrations : peur d’être licencié, d’être mis au placard ou de subir les représailles perpétuelles d’un petit chef. Lors des mouvements sociaux, la peur de la police, dont les possibilités répressives ont été démultipliées ces 10 dernières années, freine les envies d’émeutes. Qu’est-ce qui permet de réduire les risques et la peur qui paralyse l’action et nourrit la résignation ? Le nombre, d’abord, mais aussi des organisations comme les syndicats, qui offrent un cadre juridique et financier qui rendent un peu moins douloureuses les grèves.
La “confiance en leur pouvoir” et “le sens de l’objectif commun et de l’engagement réciproque” ne s’acquièrent pas avec des discours mais à travers des expériences où l’autre devient autre chose qu’un rival ou qu’une menace. Or, comme je le soulevais dans cet article, la violence interne du militantisme ou du syndicalisme créent des expériences négatives : ça commence par arriver dans une réunion et n’être accueilli par personne puis s’efforcer de la suivre et ne rien comprendre au jargon employé et aux “private jokes” utilisées pour souder le groupe. Mais cette violence peut aller plus loin, comme de nombreux ouvrages publiés ces dernières années l’ont montré. Exploitation salariale, compétition ou encore capitalisation individuelle sur un militantisme performé via les réseaux sociaux peuvent être au rendez-vous. Les organisations ou personnes qui se posent en chantre de la bataille culturelle contre le capitalisme peuvent alors nourrir la résignation ambiante en générant des expériences négatives auxautres.
3 – Théorisation de sa propre impuissance ou culture de la victoire
“De toute façon les collègues ne se bougeront pas”, “pour la grève générale il ne suffit pas d’appuyer sur un bouton”, “C’est aux salariés de se bouger, nous les syndicats on ne peut pas tout”, “j’explique à mes proches que le réchauffement climatique est réel mais ils ne font rien”. L’expérience militante ou syndicale ressemble souvent à celle du seum : on s’agite en tous sens et “les autres” ne suivent pas. Après quelques années, voire quelques décennies, un constat s’impose : et si c’était eux le problème ? C’est globalement ce que l’on peut nous répondre quand, à Frustration, nous critiquons l’absence de débouchés stratégiques proposés par les organisations syndicales durant les périodes de mobilisation sociale nationale. Les gens ne seraient pas prêts, trop individualistes, trop “brainwashés”. En réalité, cela ne tient pas la route : d’une part parce que des révoltes se produisent en permanence de part le monde, si du moins on tend l’oreille. Ensuite, parce que de nombreuses raisons objectives et matérielles expliquent le manque de goût pour l’action collective. Vous-mêmes qui lisez ces lignes, et qui êtes pourtant convaincus de la nécessité de faire nombre pour changer le monde, vous êtes certainement capable de lister, ce qui, dans votre environnement personnel ou professionnel, empêche ou freine vos capacités d’engagement collectif. Il faut comprendre ces raisons et agir pour en réduire la portée. Le pessimisme syndical comme le pessimisme de gauche décrivent comme insurmontables des limites à l’action qui, lorsqu’un contexte favorable se produit, peuvent en fait s’effacer d’un seul coup. Par exemple, le mouvement des gilets jaunes a été lancé par des personnes indépendantes, travailleuses isolées (aides à domicile, livreurs etc.) dont la position sociale laissaient penser que les obstacles à l’engagement collectif étaient trop compliqués. Mais il a fallu de la bonne organisation et un effet de nombre pour que beaucoup s’y consacrent corps et âmes. C’est le cas dans une entreprise où un sujet mettrait “le feu aux poudres” et qu’un petit groupe résolu parvient à transformer la colère en action collective : alors, des collègues que l’on croyait résignés et solitaires peuvent être au première loge de la lutte à condition que le jeu vaille le coup. C’est bien le contexte qui change tout, plus que les grandes idées que l’on se fait du monde.
Il me semble parfois que le pessimisme de gauche refuse de considérer cet état de fait et préfère se complaire dans une vision noire de l’humanité. Il suffit de voir la façon dont de nombreux militants exagèrent le rôle de la télévision ou d’une chaîne comme CNews, dont la force idéologique serait responsable de tous nos échecs. Or, cette chaîne ne fait que perdre des spectateurs, ces derniers mois. En avril, elle représentait seulement 2,7% des parts d’audience. Dans cet article, on apprenait par exemple que le vendredi 17 avril, on comptait seulement 50 000 personnes en train de regarder la chaîne d’extrême-droite. C’est-à-dire nettement moins, à en croire nos statistiques internes, que de gens qui ont consulté notre site web et nos réseaux sociaux ce même jour. N’exagère-t-on pas la portée de la bataille culturelle que ces chaînes de milliardaires nous mènent ? N’est-ce pas une façon commode d’expliquer et d’excuser nos échecs, que d’attribuer une telle force de frappe à l’adversaire, quand nous sommes incapables de proposer de généraliser partout les modes d’actions qui ont fait leurs preuves, ces dernières années, à savoir la grève, l’émeute et le sabotage ?
Je crois qu’en refusant de voir qu’en fait, “ça pète” déjà, les cadres officiels de la contestation sociale, cet écosystème fait de directions de partis, de syndicats, de médias, d’intellectuels, théorisent l’impossibilité d’un changement social réel, potentiellement révolutionnaire, qui serait pourtant une nécessité écologique et économique. En exagérant le rôle de la bataille culturelle dans la lutte sociale, cet écosystème se garantit des places confortables et indiscutables. En privilégiant des mobilisations symboliques, indolores, prévisibles et absolument maîtrisable pour la classe dominante (interpellations d’élus en ligne, signature de pétitions, de tribunes, partages d’information sur les réseaux sociaux et, au mieux, vote), cet écosystème maintient un ordre social dans lequel il tient finalement à sa place.

A l’opposé, une culture de la victoire, assise sur une représentation réaliste de ce qui nous anime et de ce qui nous empêche, consiste à mettre en lumière ce qui, dans chaque secteur de la population, peut redonner de la crédibilité, de la force et de la sécurité à l’action collective victorieuse. Peut-être qu’après une décennie à “sensibiliser”, “former”, “éduquer”, la bataille culturelle la plus nécessaire à mener consiste désormais à choisir, identifier et nommer les leviers d’action pour permettre au plus grand monde d’agir. Concrètement, cela passe par le programme suivant, que beaucoup mettent déjà en oeuvre dans leur quartier, leur entreprise, leur administration, mais qui gagnerait à être porté au niveau national et international, loin de l’inertie des institutions officielles du mouvement social :
1 – Créer des collectifs accueillants, accessibles et où se tissent des liens de confiance entre leurs membres, de façon à faire reculer le sentiment de solitude, le pessimisme anthropologique (“de toute façon les gens sont des cons”) et offrir un sentiment de sécurité et de protection en cas d’actions futures. Prévenir la bureaucratisation, c’est-à-dire l’établissement systématique de hiérarchies dont les membres visent une sécurisante carrière en période de défaite plutôt qu’une victoire qui rebat les cartes et les places.
2 – Identifier l’adversaire, analyser ce qui peut lui faire peur, ce qui permet d’établir vis-à-vis de lui un rapport de force. Sortir des abstractions (“la finance”, “les marchés”, “la dette”…) et savoir qui, localement, nationalement et internationalement, détient le pouvoir sur nos vies. Savoir qui sont ses alliés, et quels sont potentiellement les nôtres, malgré nos différences.
3 – Faire le bilan des stratégies passées, ne pas reproduire indéfiniment celles qui n’ont pas fonctionné pendant 20 ans, s’émanciper des représentations dominantes de ce qu’il convient de faire ou non, de ce qu’est la violence ou pas, et concevoir des modes d’action qui prennent en compte leur éthique, leur popularité et leur efficacité.
Nicolas Framont
Co-rédacteur en chef
