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L’AfD : c’est quoi ce parti de gros nazis dégénérés qui raffle tout en Allemagne ?


Coup de tonnerre en Allemagne : un parti néonazi, l’AfD, vient de remporter un succès historique dans un land de l’est (l’Allemagne est un pays fédéral qui agrège 16 petits Etats) qui pourrait en annoncer d’autres. Après des décennies de politiques néolibérales menées conjointement par la gauche et la droite, les mêmes causes ont donc produit les mêmes effets… Mais qu’est-ce que l’AfD, ce parti allemand fondé en 2013, et y a-t-il lieu de s’inquiéter ? (oui)

Une obsession anti-musulmans et contre l’immigration

Comme la droite et l’extrême droite française, l’AFD est anti-migrants et anti-musulmans. Mais, néonazis oblige, leur rhétorique est ouvertement meurtrière : ses dirigeants (comme la co-fodondatrice Frauke Petry – désormais démissionnaire) ont ainsi affirmé que les gardes-frontières allemands devraient pouvoir tirer sur les immigrants, et souhaité qu’un homme politique allemand d’origine turque soit “éliminé en Anatolie”. Le porte-parole du groupe parlementaire du parti en 2020, Christian Lüth, avait aussi été très explicite en demandant à ce que les réfugiés soient “abattus” ou “gazés”

L’AfD soutient que “l’Islam ne fait pas partie de l’Allemagne” et fait campagne avec des slogans comme “les bikinis pas les burkas !” (ça vous rappelle quelque chose ?). Une autre affiche montre un porc et affirme que “l’islam ne correspond pas à notre cuisine”.  

L’AfD est soutenu par Pegida (acronyme de “patriotes contre l’islamisation de l’Occident”), un mouvement qui organisait des marches islamophobes assez massives. Son leader, Lutz Bachmann (par ailleurs trafiquant de drogue), qui parlait des réfugiés comme de “vermines”, appelait ainsi à voter pour le parti. 

La question religieuse est présente mais fondamentalement c’est bien la suprématie de la race blanche que l’AfD mobilise régulièrement. Une affiche montrant une femme blanche enceinte affirmait ainsi : “Nouveaux Allemands? Nous les ferons nous-mêmes ». Björn Höcke, chef de l’AfD dans l’État de Thuringe, parlait lui du “comportement reproducteur des autres cultures”. Sur son site, l’AfD insistait sur la priorité qu’il fallait donner au “changement démographique” par rapport au “changement climatique”

Les médias indépendants avaient révélé une réunion secrète où l’AfD ,avec d’autres néonazis et des entrepreneurs, travaillaient sur un plan de déportation massive des musulmans et des immigrés (la “remigration”). Ils envisagaient ainsi de déporter 2 millions de “citoyens allemands non assimilés”

Ce racisme n’est pas purement discursif et se traduit en actes. La Saxe, où l’AfD vient de faire une percée exceptionnelle en remportant 44% des voix, est aussi l’Etat allemand qui a connu le plus d’attaques racistes de toute l’Allemagne : des fascistes y ont notamment incendié des abris pour réfugiés et ont attaqué des bus transportant des réfugiés syriens. Ces attaques ne se limitent toutefois pas à la Saxe : en 2020, c’est à Hanau, près de Francfort, où un attentat d’extrême droite avait fait 9 morts, la plupart d’origine kurde. Le terroriste, qui parlait dans un manifeste de “peuples à éliminer” avait tiré sur deux bars à chicha.

Comme en France où les macronistes ont fait passer le programme du RN sur l’immigration, grâce aux voix des députés du parti de l’extrême droite, l’Union chrétienne-démocrate d’Allemagne (le CDU) a elle aussi fait passer ses mesures xénophobes via une alliance avec l’AfD

Négationnisme, révisionnisme et nazisme

Si la priorité est mise par l’AfD contre les musulmans, l’extrême droite allemande n’a pas pour autant oublié son antisémitisme. C’est sans surprise que des militants du parti célébraient la victoire avec des saluts hitlériens. 

Pour l’AfD, l’Allemagne n’a pas a se repentir de son passé nazi. Björn Höcke qualifiait ainsi le mémorial de l’Holocauste à Berlin de “monument de la honte”, refusait de qualifier Hitler de “mal absolu” et reprenait le slogan de la SA “Tout pour l’Allemagne !”. Alexander Gauland avait lui aussi manifesté son refus que l’Allemagne expie son passé nazie. Il était allé plus loin en affirmant que l’Allemagne avait le « droit d’être fière des réalisations des soldats allemands dans deux guerres mondiales ». C’est d’ailleurs peu de temps après son salut nazi, que le milliardaire d’extrême droite Elon Musk, avait appelé les allemands à être “fiers d’être allemands” et à soutenir l’AfD, déclarant qu’elle était la seule à pouvoir “sauver l’Allemagne”. 

“Nous protégerons nos enfants”. Cette affiche réelle de l’AfD, où l’on voit les deux parents faire un salut nazi comme symbole d’un toit de maison pour la famille aryenne, sait très bien ce qu’elle fait. 

Dans son livre intitulé Le Communisme vert et la dictature des minorités, Wolfgang Gedeon, élu de l’AfD dans un land du sud était lui aussi très explicite et écrivait que « le judaïsme du Talmud est l’ennemi intérieur de l’Occident chrétien« . Dans ce livre il condamnait également le “culte d’être gay”, “l’holocauste de l’avortement” et la “religion civile” de la Shoah et expliquait que l’interdiction du négationnisme, l’immigration et l’antiracisme seraient le fruit d’une conspiration juive. La leader de l’AfD à l’époque s’était opposée à son exclusion. Christian Lüth, porte-parole du groupe parlementaire en 2020 dont nous avons parlé plus tôt, se définissait lui comme “fasciste” et revendiquait ses “origines aryennes” tandis qu’un autre député, Matthias Helferich, déclarait sur Facebook être le “visage sympathique du nazisme”.

Un autre membre du parti avait lui partagé un article de blog affirmant que “le zyklon-B a été utilisé pour protéger la vie. Aucun Juif n’a été tué dans une chambre à gaz ou avec un camion”. Le député européen Maximilien Krah s’était illustré en déclarant qu' »un SS n’était pas automatiquement un criminel« 

Les références se font parfois plus discrètes comme quand, par exemple, l’AfD décrit le mouvement architectural du Bauhaus comme une “négation de l’identité” allemande et un “signe manifeste de trouble identitaire”, reprenant sous une forme nouvelle la rhétorique nazie sur ce dernier qui voyait en lui un “art dégénéré”. 

Officiellement, l’AfD prétend n’être ni de gauche, ni de droite, mais c’est là, précisément, une caractéristique constante du fascisme, comme l’avait montré l’historien de référence Zeev Sternhell dans Ni droite, ni gauche : l’idéologie fasciste en France

Comme souvent avec l’extrême droite, malgré son institutionnalisation, l’AfD a recyclé les membres des groupuscules néonazis, notamment comme assistants parlementaires. Ce fut par exemple le cas du collaborateur du député Jürgen Pohl qui faisait partie du groupe de hooligans néonazis New Society Boys. 

Paradoxe de l’époque, l’AfD, en dépit de ses obsessions antisémites, multiplie les marques de soutien à Israël. Son ancienne porte-parole, Frauke Petry, déclarait ainsi : « Israël est notre avenir, Mesdames et Messieurs ! », et sa vice-présidente, Beatrix von Storch, disait soutenir Israël “dans son combat contre l’islamisme”. Ces marques de rapprochement sont réciproques puisque Rafi Eitan, ancien ministre israélien et ancien chef du Mossad, avait manifesté son vif soutien à la formation allemande, déclarant qu’elle pourrait devenir une “véritable alternative pour l’Europe”, louant sa volonté de lutter contre “l’immigration musulmane”. 

Pro-business 

On l’avait expliqué : les nazis sont très favorables au capitalisme. La leader de l’AfD, ancienne de Goldman Sachs, ne fait pas exception. D’une manière générale, et contrairement à l’image populaire que l’on tente souvent de nous mettre dans la tête, l’AfD a été fondé par une bande d’universitaires et d’hommes d’affaires et soutenu par ce milieu. Jörg Meuthen, porte-parole de l’AfD entre 2015 et 2022 déclarait d’ailleurs fièrement : “L’AfD doit être un parti bourgeois avec une raison bourgeoise et dotée d’une apparence de sérieux”. 

L’AfD s’est fait connaître pour ses positions anti-euro et anti-UE mais de leur point de vue, l’Allemagne paierait pour les pays les plus pauvres de l’Europe (dans les faits c’est plutôt l’inverse), c’est-à-dire pour des Grecs et des Espagnols qu’ils imaginent naturellement paresseux. 

Ouvertement climato-sceptique

L’AfD mène aussi la fronde contre l’écologie mais avec une position assez rare aujourd’hui c’est-à-dire ouvertement climato-sceptique. Elle parle de la politique climatique comme d’une “hystérie” et conteste le consensus des rapports du GIEC et des scientifiques en général. Le chef du groupe parlementaire, Alexander Gauland, avait ainsi affirmé qu’il était “complètement flou” de savoir quel rôle l’humain jouait dans le changement climatique et parlé d’une “peur dégénérée”. L’AfD écrivait noir sur blanc que “le CO2 n’est pas un produit polluant” et que les énérgies renouvelables “détruisent les paysages” allemands.  

Le parti dit être celui qui veut “sauver le diesel” et en a, là aussi, fait un slogan d’affiche électorale : l’écologie étant accusée de détruire l’industrie automobile allemande. Il souhaite également poursuivre l’exploitation du charbon, une des sources d’énergies les plus polluantes, et “mettre un terme” à la lutte contre le réchauffement climatique. 

Un parti de corrompus

Si l’AfD est largement présenté comme “anti-establishment”, elle ne fait pas exception quant aux pratiques crapuleuses de la sphère politique. Alexander Gauland a fait l’objet d’une enquête pour fraude fiscale tandis qu’un collaborateur du député européen Maximilian Krah a été arrêté car suspecté d’être un agent des services secrets chinois

Comment en est-on arrivés là ? 

Les politiques néolibérales qui se succèdent depuis des décennies en Allemagne menée par la droite et la gauche, associées à une gauche écologiste et “radicale” faible et peu convaincante, ont laissé l’espace nécessaire à l’AfD, soutenue par de puissants milieux d’affaires, pour diffuser son idéologie. Il serait toutefois trop simple, comme on le fait souvent avec l’extrême droite par déni, de n’y voir qu’un “vote contestataire”. Le sociologue Matthias Quent dans Libé expliquait que “beaucoup d’électeurs de l’AfD partagent réellement” ses visions racistes. L’Institut de sondage Forsa constatait également le “haut niveau de xénophobie” qui caractérise ces électeurs. Matthias Quent notait, comme autre facteur explicatif, la nullité des médias mainstreams qui ont concouru à sa dédiabolisation en laissant les responsables du parti multiplier les mensonges à la télévision sans contradiction, en qualifiant l’AfD avec des euphémismes grossiers comme “populiste”. 

Ses progrès ont aussi été permis par la droite allemande qui a repris une partie de ses thèses et l’a normalisée en comptant sur ses votes pour faire passer ses lois. La gauche n’est pas totalement innocente non plus dans cette affaire : pour gouverner en Saxe l’AfD tente de s’appuyer sur le parti BSW, issu de la gauche mais qui s’est recentré sur la critique du “wokisme” et de l’immigration – le genre de dérives auxquelles on assiste aussi en France, comme par exemple avec Fabien Roussel, et dont on voit ici l’aboutissement. 

L’AfD s’appuie également sur le mépris très fort des élites de l’Allemagne de l’Ouest envers l’ancienne Allemagne de l’Est communiste (la RDA), la seconde subissant bien davantage la pauvreté, le chômage, les inégalités et la désindustrialisation en raison d’une réunification ratée et à sens unique. La RDA est aussi la région où la dénazification a été rapidement abandonnée avec un roman national considérant que les communistes ayant été à l’avant-garde de la résistance à Hitler, elle n’en partageait pas vraiment la responsabilité.  

L’AfD est un parti « anti-immigration » dont le succès repose sur une idéologie qui mêle nationalisme ethnique, racisme, climatoscepticisme et défense des intérêts des classes dominantes. Elle prospère sur les dégâts produits par des décennies de politiques menées par les partis de droite et de gauche, notamment dans l’Est du pays, tout en proposant de ne surtout pas s’attaquer à leurs causes et en détournant la colère sociale vers une guerre raciale. Il serait dangereux de présenter l’AfD comme un simple vote de protestation : ses électeurs adhèrent réellement à son projet. L’AfD n’a de toute façon pas besoin que tout son électorat soit stricto-sensu fasciste, elle peut gagner en parvenant à être considérée comme une option politique normale. 

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Rob Grams
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