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Mélenchon face au MEDEF : le patronat ne craint pas la récession


Invité, comme les autres candidats à la présidentielle, à présenter son programme économique face au MEDEF, Jean-Luc Mélenchon a pointé le faible niveau des salaires et à exhorté le patronat français a les augmenter, sans quoi la récession nous menaçait. Le parterre de grands patrons a ri de bon coeur face à une telle demande. Quelques jours plus tard, l’Institut National des Statistiques et des Études Économiquesa publié sa note trimestrielle qui comporte les grands indicateurs sur la croissance, les salaires, l’inflation et les marges des entreprises. La note qui décrit le second trimestre présente une réalité alarmante, qui montre dans quoi Emmanuel Macron et ses sbires nous ont mené : un pays en quasi récession, où la vie est chère, les salaires bas, le chômage élevé, mais où les plus riches continuent de s’enrichir, précisément grâce à tout ça. A la lecture de cette note, et face aux autres données économiques dont nous disposons, on comprend mieux le rire des grands patrons : leur parasitisme social, fiscal et salarial est si bien rodé qu’ils ne craignent pas un contexte économique morne et comptent bien continuer à mal nous payer. Voici pourquoi :

Au second trimestre 2026, les salaires ont augmenté en moyenne de 0,3 %, après +0,4 % au trimestre précédent. Les prestations sociales, elles, ont également moins augmenté (0,4% contre 0,6%). Mais dans le même temps, nous dit l’INSEE, l’indice des prix à la consommation, qui est l’indicateur de mesure de l’inflation, a connu une hausse de 1% sur le trimestre. Nous avons donc tous perdu du pouvoir d’achat, terme auquel nous préférons à Frustration “pouvoir de vivre”, car il nous semble que pour beaucoup de gens, la capacité à acheter des biens et des services est une question de survie, et pas de confort. En outre, le terme “pouvoir d’achat” met de côté la question de tous les biens et services gratuits, qui reposent sur la sécurité sociale, les services publics et l’entraide. Or, on sait que de ce côté-là, nous avons également perdu du terrain : le macronisme a été, depuis 11 ans (à partir du moment où Emmanuel Macron est devenu ministre de l’économie de François Hollande), une entreprise de marchandisation de tout ce qui était gratuit ou solidaire. Entre la fermeture des maternités, la marchandisation de l’éducation, du transport, de la santé, notre pouvoir de vivre s’est fortement réduit. Par ailleurs, nos revenus ne parviennent pas à compenser le niveau de l’inflation qui est fortement reparti à la hausse cette année. Le pouvoir d’achat mesuré par l’INSEE, entendu comme le rapport entre le niveau de revenu et le niveau des prix, est en baisse de 0,6%. Le pouvoir d’achat au sens de l’INSEE baisse en continu depuis l’année 2025 : nous nous appauvrissons face aux biens et services achetables, et nous perdons l’accès à des biens et services gratuits. Par ailleurs, le prix du logement ne cesse d’augmenter, avec une évolution de +1,16% en 2026 par rapport à 2025. Notre pouvoir de vivre a été fortement dégradé par le Macronisme, et ça n’a échappé à personne.

“Je vous mets en alerte: le budget Lecornu, plus l’inflation alimentaire, si vous n’augmentez pas les salaires, la France va tomber en récession” : invité à présenter son programme au MEDEF, l’une des organisations représentatives du patronat français, Jean-Luc Mélenchon a exhorté le patronat à en finir avec l’austérité salariale qu’ils pratiquent depuis des années. La séquence a été largement commenté parce que l’on voit le parterre de patrons rire face à cette déclaration. Leur manque d’empathie, leur légèreté, leur déconnexion a été largement commentée sur les réseaux sociaux, à raison. Cependant, la note trimestrielle de l’INSEE nous éclaire sur ce rire : la récession, le patronat français sait très bien y faire face. Et pour cause : alors que l’INSEE confirme bel et bien une croissance négative, les entreprises, leurs patrons et leurs actionnaires vont bien. “Le taux de marge des sociétés non financières (SNF) s’établit à 31,5 %, comme au trimestre précédent, nous indique l’INSEE. Il est de nouveau fortement pénalisé par les termes de l’échange, avec l’augmentation des prix de l’énergie sur le marché mondial, mais cet effet est contrebalancé par la baisse des salaires réels.” Vous avez bien lu ? Alors que les événements géopolitiques et leurs conséquences sur le prix des carburants pénalisent fortement la population, les entreprises font porter ce coût supplémentaire sur leurs salariés, en continuant de réduire leurs revenus réels. Tout le monde l’a constaté autour de soi : impossible d’obtenir une augmentation individuelle, et des offres d’emploi qui présentent des salaires indécents. 

Face à un contexte économique défaillant, et à des coûts élevé de l’énergie ou des matières premières, ce qui va se confirmer après un été catastrophique sur le plan agricole, dont on mesure encore mal les effets calamiteux, le patronat et ses actionnaires doivent trouver un moyen de conforter les marges des entreprises pour permettre de maintenir la très bonne rémunération du capital qu’ils pratiquent en France. Comment faire ? D’abord, continuer de baisser les salaires, ce qui invalide totalement l’équation avancée par Jean-Luc Mélenchon, qui espérait établir un pont entre les intérêts du MEDEF et ceux de la population. Ensuite, continuer de payer moins d’impôts et de cotisations sociales. Pour cela, les patrons sont servis : nous en sommes à 270 milliards de réduction d’impôts, d’exonérations de cotisations patronales, de subventions et de niches fiscales diverses. Nous avons eu plusieurs fois l’occasion de détailler ce chiffre hallucinant, qui fait du soutien aux entreprises privées le premier poste de dépenses de l’Etat, bien avant l’éducation ou la santé. Cette terrible dépense, qui contribue largement au déficit public et vient nourrir la charge de la dette que nous payons chaque année davantage, et dont on nous parle comme si elle existait par notre faute, se paye à travers la baisse de notre pouvoir de vivre, via des services publics qui se dégradent, des morts sur des brancards aux urgences, des coups de rabots réguliers sur l’assurance-chômage (dont le budget est régulièrement ponctionné par l’Etat pour financer entre autres les aides aux entreprises), une politique de réduction des arrêts maladie alors que dans le même temps les travailleurs sont mis sous pression d’un management qui cherche à sur-rentabiliser chaque heure travaillée… 

Il faut bien comprendre que pour permettre au patronat et à ses actionnaires de traverser une récession en toute tranquillité, nous payons deux fois : comme salarié du secteur privé ont nous maintient la tête sous l’eau en nous payant mal ou comme fonctionnaire dont les conditions de travail sont progressivement dégommée et les traitements rognés d’année en année, pour économiser de l’argent public et financer le soutien étatique aux marges des entreprises privées (puisqu’il est désormais prouvés que les exonérations et réductions d’impôts mises en place depuis 20 ans n’ont eu que cet effet). Et comme contribuables, en finançant ce soutien étatique aux actionnaires. Car oui “les impôts et cotisations accélèrent (+0,9 % après +0,5 %)”, nous indique l’INSEE dans cette même note. Bien plus que nos salaires. Nous subissons donc deux formes de parasitisme : un parasitisme fiscal, dont la manifestation la plus connue est la fraude et l’exil fiscal des riches, mais qui comporte aussi la dépense publique pour soutenir les entreprises privées, que nous payons tous via nos impôts. Et le parasitisme salarial, c’est-à-dire le vol du fruit de notre travail à peine compensé par des salaires de plus en plus bas en valeur réelle (c’est-à-dire une fois l’inflation déduite).

On ne subit pas tous ce parasitisme à la même hauteur. Alors que le taux de pauvreté est à son plus haut niveau depuis 1996 (année où cette série de mesure a débuté, ce qui ne veut donc pas dire qu’en 1996 la situation était pire), avec 15,4% de la population, soit 9,8 millions de personnes, le niveau d’inégalité sociale a atteint en 2024 son niveau le plus élevé depuis trente ans. Cette année-là, les 20% les plus riches détenaient 38,8% de la totalité des revenus, contre 8,4% pour les 20% les plus pauvres. Du coup des 10% les plus riches, les effets de la récession ne se font pas non plus sentir : il s’agit précisément de celles et ceux qui ont continué de voter Macron pendant toutes ces années. Ces gens, qui font partie de la petite bourgeoisie ou de la sous-bourgeoisie, sont aussi ceux qui, sur les plateaux TV, relayent les mensonges qui couvrent le parasitisme grand bourgeois.

Ce parasitisme, il suffit d’ouvrir le numéro estival de Challenges (propriété de Bernard Arnault) pour le voir écrit en toute lettre : on y apprend qu’en dix ans, le patrimoine des 500 familles les plus riches de France a doublé. La hausse de la fortune de ces millionnaires et milliardaires est continue. Certains d’entre eux, comme Rodolphe Saadé (CMA-CGM), Emmanuel Besnier (Lactalis) ou les Mulliez (Auchan) ont directement profité des fortes inflations alimentaires que l’on connaît depuis 2022. C’est la troisième forme de parasitisme : le parasitisme des prix, obtenus sur le dos de consommateurs captifs d’un marché de la distribution – notamment alimentaire – entre les mains de quelques grands groupes qui fixent les règles qui les arrange, devant un Etat corrompu qui s’incline et leur facilite la vie dès qu’il peut.

Le triple parasitisme bourgeois permet donc à la classe dominante de traverser une récession sans trop de problème. Si le MEDEF a ri face aux déclarations de Mélenchon, c’est par mépris mais peut-être aussi par soulagement : si nous continuons de penser que nous pourrons les faire fléchir en rappelant des intérêts communs qui n’existent pas, si nous ne sommes pas tous persuadés que seul le rapport de force, partout et tout le temps, nous permettra de leur arracher tout ce qu’ils nous ont volé depuis trente ans et plus, alors ils ont de bonnes raisons de continuer à se moquer de nous.

Nicolas Framont
Nicolas Framont
Co-rédacteur en chef
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