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Mouvement lycéen : la révolte qui fera tomber le macronisme ?


Depuis plus d’une semaine, une révolte d’une très grande ampleur gagne le pays - chose assez rare en période de campagne présidentielle. Elle s’ajoute aux nombreuses autres que nous avons connues ces dernières années avec beaucoup de similitudes : un mouvement incontrôlable, qui dépasse les vieilles organisations de gauche hiérarchiques et institutionnelles, avec le recours à des formes d’action directe et, en contrepoint, une répression absolument délirante. Si cette mobilisation lycéenne s’ancre dans des préoccupations matérielles très concrètes, il est aussi évident qu’elle coagule une colère aux motivations bien plus larges, ce qui permet à des segments toujours plus variés de la population de s’y reconnaître et bientôt…de la rejoindre. 

Les causes de la colère : des conditions d’études pourries pour se préparer à vivre dans un monde pourri

Un mouvement de cet ampleur ne se limite jamais à une revendication unique (et c’est tant mieux). La révolte lycéenne s’explique en partie par des motifs matériels : le bâti vieillissant qui fait que les élèves ont froid l’hiver et subissent de plein fouet la canicule l’été, avec des équipements vétustes, des volets qui ne fonctionnent pas, des portes de toilettes qui ne ferment pas, des fils électriques qui pendent, un nombre ridicule de WC par rapport au nombre d’élèves, des rats, une insuffisance de tables, des plafonds qui tombent ou qui laissent passer la pluie, des chaises cassées, des inondations… Mais aussi des emplois du temps surchargés avec des journées de parfois 10 heures ou sans pause déjeuner (résultat d’une accumulation de réformes stupides), un manque criant de personnel (professeurs, assistants sociaux, infirmiers…), l’absurde système de Parcours Sup qui fait que des dizaines de milliers de bacheliers se retrouvent sans affectation, les très fortes inégalités entre les lycées de bourgeois et ceux des quartiers populaires… Ces revendications trouvent écho chez de nombreux professeurs qui ont le sentiment d’avoir été “abandonnés” par l’Education Nationale et regrettent l’absence de démocratie avec des élèves et des personnels qui n’ont pas voix au chapitre. 

Précisons le toutefois d’emblée : la révolte et la rage de toute une jeunesse ne s'expliqueront jamais seulement par "les conditions d'études". Cette colère est bien plus profonde, diffuse et enracinée. Elle tient, plus généralement, en l’avenir pourri proposé par une société capitaliste en pleine décrépitude : l’absence de perspective, ou plutôt des perspectives médiocres (des contrats précaires et mal payés à répétition dans des entreprises sordides) une crise morale profonde de la civilisation industrielle et ce qui lui est associée (une absence de sens à ce que l’on fait, un désir de surconsommation sans cesse attisé mais impossible à assouvir, la destruction de l’environnement…), le soutien aux guerres et à un génocide, un racisme insupportable et de plus en plus étouffant, l’incapacité à agir sur nos vies…  

Contrairement à la propagande, et de manière assez similaire à ce qu’on a pu voir pendant les Gilets Jaunes ou pendant le mouvement contre la réforme des retraites, le mouvement des lycéens est largement soutenu par la population. Selon un sondage Odoxa, 62% des Français le trouvent justifié. 

Les blocages ont ainsi gagné tous les départements de France, et même une partie de la Belgique. Ce sont 400 lycées qui étaient fermés le 2 octobre, et on prévoit qu’ils seront entre 400 et 500 ce lundi 5 octobre. Dans certaines villes, comme à Strasbourg, on dénombre une dizaine de blocages. Même les lycées historiquement bourgeois semblent se joindre à la mobilisation comme c’est le cas à Henri IV ou au lycée Montaigne à Paris. Si l’essentiel du mouvement reste pacifiste, certains manifestants ont procédé à des formes d’action directe : c’est ainsi que les images du lycée Nelson Mandela en feu, à Nantes, ont suscité beaucoup de commentaires et qu’on compte d’ores et déjà plusieurs dizaines de millions d’euros de destructions et une vingtaine de lycées endommagés.  

Une répression policière délirante : le déjà-là fasciste

Le gouvernement macroniste a réagi de la seule façon dont il sait le faire depuis une décennie : par la violence et des arrestations de masse. Laurent Nunez s’est d’ailleurs vanté de n’avoir donné “aucune consigne de retenue” contre les enfants, et de laisser libre court à l’usage de “tout l’armement intermédiaire à disposition”. 

La répression a ainsi frappé toute la France. À Clichy, au lycée René Auffray, L’Humanité raconte qu’ “une dizaine de policiers ont tiré (...) sur la foule avec un lance-grenade et usé de bonbonnes à gaz lacrymogène. Élèves comme professeurs, élus locaux comme représentants syndicaux, parents comme voisins, ont été visés sans distinction.” Au lycée Joliot-Curie à Nanterre, on pouvait voir un sniper LBD posté sur un toit pour tirer sur les élèves et des profs et des lycéens se faire tabasser par des CRS. Au lycée Paul-Eluard de Saint-Denis, c’était un policier avec un fusil d’assaut qui stationnait. C’est également dans cette ville que Ritchy Thibault a été une nouvelle fois arrêté. À Argenteuil, ce sont des drones qui survolent les blocus. À Amiens, la police a gazé la foule y compris la député Zahia Hamdane. Même chose à Lyon ainsi qu’au lycée Chaptal de Quimper en Bretagne. À Rennes, elle a chargé les lycéens et des profs. Au lycée Albert Einstein de Sainte-Geneviève Des Bois, elle a violenté une CPE. À Besançon, elle a pénétré illégalement dans la fac pour tenter d’arrêter des manifestants. À Compiègne, une lycéenne s’est retrouvée en sang après avoir reçu une grenade lacrymogène sur la tête. À Port-de-bouc, une voiture de police a littéralement tenté de renverser les lycéens (oui oui). Parmi ce florilège de violences, le cas d’Eden, 14 ans, a particulièrement ému : ciblé par un tir de LBD en plein visage, celui-ci a perdu la totalité des dents du haut, quatre dents en bas, et souffre d’une double fracture de la mâchoire. 

Pour la seule journée du 2 octobre, l’Etat annonçait fièrement 1 747 arrestations, le genre de chiffres ahurissants que l’on nous décrit habituellement pour d’obscures dictatures. Un élu communiste s’est vu refuser son droit de visite parlementaire alors qu’il souhaitait l’exercer pour un lycéen de 15 ans gardé à vue. 

Le gouvernement, via Gérald Darmanin, a mis de nouveau en avant la logique mafieuse, que l’on avait déjà vu à l’oeuvre au moment des mobilisations qui avaient suivi le meurtre de Nahel, qui consiste à faire payer les parents pour les soi-disants torts des enfants. C’est à se demander ce que le RN peut encore proposer après ce pillage intégral de son programme par la macronie depuis dix ans… 
Le ministre de l’Education a d’ailleurs eu le culot de demander l’aide des parents car, selon lui, “dans la rue, les enfants sont en danger”. Mais si ceux-là sont en danger c’est justement parce qu’on leur tire des LBD tendus en plein visage, qu’on les noie dans des ruisseaux, qu’on tente de briser des vitrines de restaurants pour les tabasser, qu’on les charge, qu’on leur envoie de la lacrymogène, qu’on leur fait des clés d’étranglement (la “technique” qui avait entraîné la mort de Cédric Chouviat) ! 

L’Etat a, comme souvent, ajouté les mensonges à la violence. Face aux images que tout le monde peut consulter où l’on voit un policier tenir violemment, face contre terre, un lycéen dans un ruisseau, le procureur de la République a affirmé, sans trop de gêne, que ce dernier serait allé “de lui-même s’affaler dans l’eau”. On ne peut s’empêcher de penser aux nombreux précédents, comme lorsqu’à propos du petit Gabriel (14 ans) complètement tuméfié, la police avait expliqué qu’il s’était jeté dans leurs pieds et qu’ils avaient « peut être » « trébuché dessus », ou bien pendant l’affaire Théo, où on nous expliquait le plus sérieusement possible qu’après que son pantalon et ses sous vêtements soient malheureusement tombés, celui ci avait glissé sur la matraque télescopique tendue déchirant « accidentellement » son sphincter sur 10 cm… Dans le même genre, Laurent Nunez nous raconte que “les forces de l’ordre de la République ne répriment pas la jeunesse mais protègent et encadrent les élèves et étudiants qui veulent porter pacifiquement leurs revendications”. Mais si les forces de l’ordre protègent les élèves et étudiants, comment se fait-il que les centaines de lycéens blessés l’aient été par la police et non pas par d’autres manifestants ? 

L’incroyable brutalité de cette répression est dénoncée par les organisations de défense des droits de l’homme comme Amnesty International ou l’International Human Rights Foundation. La Ligue des Droits de l’Homme tente elle aussi de documenter les violences tandis que le Syndicat de la Magistrature a alerté sur le "gazage des élèves” les “interpellations brutales” et “l’utilisation d’armes sublétales mutilantes – LBD, grenades explosives". La CGT a également condamné ce qu’elle qualifie d’une “violente répression d’une ampleur sans précédent”. Sébastien Roché, directeur de recherche au CNRS et spécialiste de la police, soulignait lui qu’ “aucun autre pays en Europe ne tire au LBD sur des lycéens. Il faut prendre la mesure de l’anomalie”. 

La répression médiatique : les médias d’Etat et ceux des milliardaires font le SAV

Confirmant leur profonde nullité, leur incapacité de traiter un sujet correctement et à penser le moment présent, les médias mainstreams, détenus par des milliardaires ou par l’Etat, se sont encore illustrés en ne traitant que du côté spectaculaire de la mobilisation (les destructions matérielles, les affrontements avec les forces de l’ordre) à l’aide de micro-trottoirs consternants, plutôt qu’en se questionnant sérieusement sur ce qui peut pousser des milliers de jeunes à se mettre ainsi en mouvement. Pour la première fois depuis bien longtemps, Le Parisien s’est ainsi intéressé à Aubervilliers, une des villes les plus pauvres de France, actuellement victime d’une incroyable prédation immobilière de la part des capitalistes, mais pour témoigner d’un soi-disant “ras le bol du quartier” (sans envisager une seule seconde que ces lycéens soient, aussi, des habitants légitimes du quartier en question). De son côté, la radio d’extrême droite Europe 1, se croit autorisée à titrer “Mobilisation des lycéens : les Français exaspérés par les blocus des établissements et les violences” en se basant sur…deux témoignages. Aux invités qu’ils reçoivent, les radios et les chaînes de télé n’ont que leur question obsessionnelle à poser : “condamnez vous ?! condamnez vous ?! ”. Sur BFM, Nathalie Arthaud, candidate pour Lutte Ouvrière à l’élection présidentielle, a d’ailleurs tenté de démontrer la manipulation en interrogeant les terrifiantes images de flammes continuellement affichées en arrière plan pour parler du mouvement. 

Les médias ont aussi diffusé l’idée - c’est le cas de la chaîne d’Etat France Info - que les policiers se “retiendraient” face aux mineurs désarmés qu’ils affrontent, alors même que les blessés du côté des seconds se comptent par centaines et les arrestations par milliers. Cela s’est accompagné, sans surprise, d’une euphémisation des violences policières : ainsi, L’Est Républicain, face aux images du policier noyant un lycéen, disait que celui-ci “semble avoir interpellé de manière musclée”, “ce qui interroge”. 

Face à  la multiplication des images de violences policières déchaînées, France Info a tout de même fini par poser la question en ces termes : “Lycéens blessés au LBD, gazage, arrestations massives... Le maintien de l'ordre est-il adapté à des manifestants mineurs ?” sans visiblement envisager qu’en démocratie les manifestants ne sont pas censés être blessés au LBD, gazés et arrêtés massivement fussent-ils majeurs. 

La différence de traitement d’avec les médias internationaux, évidemment une nouvelle fois très choqués par le niveau délirant de répression dans notre pseudo-démocratie, est frappante. Plutôt que d’angler sur les feux de poubelles, le Time évoque “les centaines de blessés” tandis que l’agence de presse Reuters montre la police tirant sur les élèves protestant pour leurs conditions d’études. 

La tentative de reprise en main bureaucratique

Tous les mouvements sociaux sont aussi l’occasion de faire émerger des figures raisonnables qui se sentent autorisés à parler au nom de tout une mobilisation qui les dépasse pourtant largement et sur laquelle ils n’ont aucune espèce de prise. Le PS s’est longtemps spécialisé dans la formation de ce genre de petits apparatchiks carriéristes, fades et robotiques, chargés de pourrir les mouvements de l’intérieur. Sans surprise, ces gens sont maintenant davantage proches des macronistes, mais tout cela est à peu près identique. C’est l’organisation jusque-là inconnue de Renouveau Lycéen qui fait aujourd’hui ce travail et, qu’en toute logique, les médias s’arrachent. C’est ainsi qu’on a vu Nathanaël Combary apparaître un peu partout comme représentant des lycéens sans que les plateaux ne jugent nécessaire de préciser qu’il n’est pas lycéen d’une part, et militant pour Gabriel Attal de l’autre. Un peu surprenant en pleine campagne présidentielle.  

De son côté Fabien Roussel s’est précipité sur les plateaux télé, comme beaucoup d’autres “leaders” de la gauche institutionnelle, pour dire qu’il soutenait le mouvement mais dénonçait, bien sûr, “les violences”. On ne comprend donc plus très bien ce que le candidat du Parti Communiste voulait dire à la fête de l’Huma quand il enjoignait les participants à faire la révolution et à prendre le pouvoir par la rue sans attendre l’élection, si quelques poubelles brulées le freinent dores et déjà dans ses velléités de Grand Soir. 

Sur X, Lola, une étudiante de Nanterre se plaignait de la façon dont “les orgas ont été trop dirigistes”, se “sont appropriées la mobilisation”, s’illustrant par “un appel au calme et au pacifisme totalement paternaliste et inefficace” et des injonctions à « suivre le cours de la manif »

Le complotisme anti-France Insoumise : la manip’ électorale

Fait rare et réjouissant : ce mouvement social se déroule en pleine campagne présidentielle, ce qui à déjà le mérite d’orienter le débat public sur autre chose que les thématiques réactionnaires, les inintéressants combats partisans et délires égotiques habituels. 

Toutefois le centre, la droite et l’extrême droite ne s’y sont pas trompés, y voyant une nouvelle occasion de vomir leur bile sur la France Insoumise, comme d’habitude accusée de tous les maux qui touchent la France (voire la planète). Cela appartient aussi à une incompréhension sincère, ces gens étant incapables de comprendre les dynamiques d’un mouvement social. Le déni qui vire au délire complotiste ne se limite d’ailleurs pas à la France Insoumise puisqu’on a vu certains accuser les Russes ou les Frères musulmans d’être à la manœuvre… Il est plus simple pour eux, qui ne connaissent rien à l’état du pays qu’ils prétendent gouverner, de s’imaginer que tout est affaire d’une grande instrumentalisation plutôt que d’envisager sérieusement le rejet total des politiques qu’ils incarnent et promeuvent. En réalité, le succès grandissant de la France Insoumise doit être compris avant tout comme un symptôme de la colère sociale et non pas comme sa cause. Le fait qu’un parti politique de gauche  soutienne, voire “récupère” un mouvement social est le strict minimum que l’on puisse attendre ce dernier : c’est, littéralement, son rôle. 

Pour séduire son électorat de retraités aisés de la Côte d’Azur, l’ancien maire de Nice Christian Estrosi accusait ainsi LFI de “trahison civique” et de “cautionner les casseurs par intérêt électoral” - ce qui est un peu stupide puisque, rappelons-le, les lycéens ne votent pas. Eric Naulleau y est allé de son petit dessin qui reprend l’iconographie antisémite et complotiste (le gauchiste manipulant des pantins…). D’une manière plus générale, Les Républicains, dont le nom ne prête plus qu’à rire, proposait ni plus ni moins, en cohérence avec la longue histoire du fascisme, d’interdire le principal parti de gauche du pays, tout en reconnaissant que cela est probablement illégal (mais l’objectif avoué de la droite aujourd’hui est de se défaire des contraintes de la démocratie). Cela fait longtemps qu’on l’explique ici : il n’y a aucune différence entre LR et le RN. Sur certains sujets, le premier est même parfois parfois plus radical et plus fasciste que le second. L’objectif est aussi bassement politicien, LR, très minoritaire, prévoyant dores et déjà son alliance future avec le RN en cas de victoire de la formation d’extrême droite en 2027. 

Les médias s’en donnent également à cœur joie, la télé d’Etat, France Info, proposant ainsi, grâce à l’argent public et en pleine campagne présidentielle, un édito intitulé : “Jean-Luc Mélenchon souffle sur les braises de la colère lycéenne, puis déplore que l’incendie prenne”. 

Même Fabien Roussel a dû, pour l’occasion,  défendre la France Insoumise (c’est dire si la situation est inquiétante) en rappelant que "l'interdiction des partis sont le symbole des régimes dictatoriaux". Pierre Moscovici, pourtant de l’aile droite du Parti Socialiste, ne s’est pas non plus prêté au jeu, rappelant quelques évidences : “il y a toujours eu des mouvements d’extrême gauche dans les mouvements lycéens et dans les mouvements étudiants, ça coagule si vous voulez, mais ce n’est pas le parti politique d’extrême gauche qui crée le problème, le problème préexiste, ce n’est pas LFI qui a décidé de mettre le feu à l’Education nationale, il y avait quelque chose de sous-jacent”. 

Des premières victoires, amenées à se multiplier

Ces dernières années en France, les seuls mouvements ayant réussi à obtenir quelques victoires sont ceux qui sont sortis des circuits balisés promus par les organisations classiques (partis de gauche et syndicats) en assumant des stratégies de tension avec le pouvoir et des formes d’action directe : on pense ici, évidemment, aux gilets jaunes, mais également aux mouvements paysans. Le mouvement lycéen ne fait pas exception puisqu’en quelques jours le gouvernement a dores et déjà reculé sur son idée de faire payer les étudiants pour leur inscription en BTS ou classe préparatoire. C’est une victoire purement défensive, mais une victoire quand même. Bien sûr la suite est de commencer à obtenir des choses, et ça tombe bien, les lycéens ne semblent pas prêts à accepter des miettes. La fébrilité est de mise côté gouvernement, les ministres, effrayés, ayant été contraints d’annuler leurs déplacements.

La suite ? La coalition

Au cours des dernières années tous les segments de la population se sont mobilisés : les paysans, les jeunes des quartiers populaires, les gilets jaunes, les fonctionnaires, les ouvriers, les Kanaks, les pompiers, les soignants… maintenant les lycéens. Tout le monde sait bien que le ticket gagnant tient en des formes d’alliances, comme on a tous compris que l’on ne peut plus se contenter de toujours attendre les prochaines élections, systématiquement décevantes. La CGT et les syndicats de l’éducation nationale semblent prêts à converger : le Snes-FSU (le syndicat des enseignants de second degré) appelle ainsi à la grève le mardi 6 octobre, tout comme la CGT qui “appelle à se joindre pour aider, accompagner les lycéens et les étudiants”. Les Gilets Jaunes ont prévu de tenter de relancer le mouvement le 17 octobre 2026 : voilà un calendrier particulièrement favorable.  

Des alliances sont déjà en train de se constituer. On a ainsi pu voir au Havre un cordon de syndicalistes se créer pour soutenir les lycéens et faire tampon avec la police et à Saint-Denis une chaîne humaine de parents et de profs. Des dynamiques similaires ont été constatées à Toulon où la CGT et FO sont venues prêter main forte aux élèves du lycée Bonaparte et à Saint-Denis où un rassemblement a réuni syndicats et parents d’élèves en soutien à la mobilisation. Les universités rejoignent également les lycées comme à Rennes 2 où la fac a été bloquée en solidarité, ou à Paris 8 où lycéens et étudiants ont convergé à Saint-Denis.  

Les jeunes de ce pays viennent de s’engager dans une lutte radicale contre le monde pourri du capital : celui de la précarité, de la surveillance généralisée, de la destruction écologique, de l’impérialisme guerrier, des inégalités et de l’absence de toute démocratie réelle. Sans surprise et comme d’habitude, le macronisme finissant répond par l’ultraviolence en blessant et en arrêtant massivement des mineurs, et en menaçant leurs parents, tandis que son excroissance lépreuse, Les Républicains, n’a rien d’autre à proposer que d’interdire les partis de gauche. C’est bien cela le déjà-la fasciste : Marine Le Pen a déjà gagné depuis longtemps puisque le pouvoir agit d’ores et déjà comme le fait l’extrême droite partout ailleurs, si ce n’est en pire. C’est, autrement dit, la banalisation, au sein même d'un régime de façade démocratique, des pratiques de l'extrême droite : l’interdiction de fait du droit de manifester et la criminalisation de la contestation, la surveillance et la violence policière généralisée, la destruction du pluralisme politique, la responsabilisation collective des familles, etc.
Mais malgré l’intensité de la répression, rien n’est joué : le mouvement continue de s’étendre et surtout, il commence à rencontrer les autres colères : celles des enseignants, des étudiants, des parents, des salariés, des syndicats, des habitants des quartiers populaires... C’est cette convergence qui peut faire une véritable différence, à condition qu’elle ne soit pas sabotée et dévitalisée par de vieilles structures politiques et syndicales, véritables machines à défaites en voulant tout contrôler et canaliser pour de petits intérêts boutiquiers. Les lycéens, par leur spontanéité, leur courage, leur imprévisibilité, ont commencé à ouvrir une brèche qu’il s’agit désormais d’élargir.


Rob Grams
Rob Grams
Co-rédacteur en chef
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