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Mouvement paysan : révolution agricole ou repli corporatiste


Depuis décembre dernier, la France est fortement perturbée par un mouvement social d’agricultrices et d’agriculteurs d’ampleur, radical dans ses modes d’actions et dans sa remise en question de l’agroalimentaire français et international. Initialement centré sur la contestation de la stratégie institutionnelle de lutte contre la dermatose nodulaire contagieuse, une épidémie qui a touché le cheptel bovin, en particulier dans le sud-ouest du pays, ce mouvement se concentre désormais sur la lutte contre le traité de libre-échange UE-Mercosur. La contestation est d’une composition hétéroclite : dans ses débuts, elle était largement maîtrisée par l’extrême-droite via la Coordination rurale, syndicat agricole dont les membres se comportent dans certains départements comme une véritable milice anti-écologiste et antisociale. Mais la Confédération paysanne, classée à gauche, y prend une place de plus en plus conséquente, en convergence avec des mouvements écologistes radicaux comme les Soulèvement de la terre ou les citoyens anti-pesticides comme Cancer Colère, tandis que la confrontation au système policier et l’écoute hypocrite du gouvernement amène les agriculteurs de tout bord à remettre en cause l’ensemble du système politique et économique. Ce qui est sûr c’est que l’agriculture française est à la croisée des chemins : ou bien les franges anti-écologiques et corporatistes du mouvement, qui veulent que les exploitants n’aient aucun compte à rendre à la société, l’emportent, et imposent à la France un modèle encore plus productiviste et toxique qu’aujourd’hui, ou bien la paysannerie française dans sa diversité, avec le soutien de la population, s’unit pour instaurer un nouveau modèle agricole, respectueux de la nature, de la santé publique et du travail des agriculteurs. 

1 – Un mouvement agricole qui se radicalise

Au cours de la décennie passée, les mouvements sociaux d’agriculteurs suivaient une chorégraphie bien huilée, avec la bénédiction des préfets : route vers Paris avec plusieurs centaines d’agriculteurs, ralentissement du périphérique pour la forme et rencontre avec le président de la FNSEA et le ministre de l’Agriculture (généralement choisi par ses soins). Suite à cette rencontre, une série de revendications productivistes étaient satisfaites, et le président de la FNSEA criait victoire. La puissance politique de la FNSEA, syndicat des exploitants agricoles quasi systématiquement dirigé par des patrons de l’agroalimentaire, lui a permis d’obtenir cet été une loi Duplomb totalement dessinée par ce syndicat, que l’on devrait nommer lobby pour plus de clarté. 

Face à la situation financière et professionnelle tendue et démoralisante de nombres d’agriculteurs, qui nourrit le mal-être et les très nombreux suicides qui touchent cette profession, la FNSEA et ses mouvements symboliques n’avaient qu’une seule réponse : la fuite en avant. De plus grosses exploitations, plus de pesticides, plus de pompage de nappes phréatiques, la négation du changement climatique et davantage d’aides de l’État, sans la moindre remise en question du modèle productiviste et industriel qui retire toute autonomie dans leur travail aux agriculteurs et qui détruit leur revenus au profit de l’industrie agroalimentaire et de la grande distribution (le taux de pauvreté chez les agriculteurs est de 18%, contre 14,5% dans la population générale, et leurs revenus ont chuté en moyenne de 40% en trente ans, selon le ministère de l’Agriculture). Dindons de la farce de ces mouvements sociaux fictifs, les agriculteurs rentraient chez eux en creusant au passage davantage le fossé entre eux et le reste de la population, qui est de plus en plus au courant de la nature cancérigène et donc criminelle de ce modèle agricole, comme en témoigne l’immense succès de la pétition contre la loi Duplomb-FNSEA. 

Mais le paysage politique de la paysannerie française a changé depuis l’hiver 2023-2024. Cet hiver-là, un mouvement paysan au démarrage classique est débordé par des agriculteurs mécontents du patronage de la FNSEA. Fin 2024, les élections aux chambres d’agriculture, ces organismes consulaires où siègent des représentants des agriculteurs, font perdre son écrasante majorité à la FNSEA, au profit de la Coordination rurale, tandis que la Confédération paysanne, toujours minoritaire, se maintient à un bon niveau (20% des suffrages). 

La Coordination rurale et la Confédération paysanne ont été les deux organisations les plus actives lorsque le mouvement de cet hiver s’est déclenché, suite à la stratégie d’abattage systématique des troupeaux menée par les services de l’État pour lutter contre l’épidémie de dermatose nodulaire contagieuse (DNC). Les premières mobilisations ont eu lieu en Ariège pour protester contre l’abattage du cheptel de plusieurs fermes. La stratégie, présentée comme la seule possible par l’État, est contestée par le monde agricole qui estime que la vaccination n’a pas été menée assez rapidement et que des alternatives à une mesure aussi radicale devraient être trouvées. Les agriculteurs mobilisés ont dû faire face à une répression intense de la part de la gendarmerie. Le mouvement commençait loin des codes habituels, puisque le syndicat FNSEA, favorable à la stratégie d’abattage, n’a pas été à l’initiative. Au cours du mois de décembre, le mouvement s’est étendu à l’ensemble des régions du sud-ouest et a comporté des longs blocages d’autoroute, non négociés avec les autorités, ainsi que des menaces de blocages des stations de ski, dans les Pyrénées, à l’approche des fêtes.

Après une courte pause entre Noël et la fin de l’année, le mouvement a repris de plus belle. Si la lutte contre l’abattage systématique reste à l’ordre du jour, c’est l’opposition au traité de libre-échange avec le Mercosur qui est désormais au cœur des revendications du mouvement social. Désormais, les agriculteurs en colère vont jusqu’à ouvrir de force les camions qui transitent à travers le pays pour contrôler la provenance de leurs marchandises, à bloquer les zones portuaires au Havre ou à La Rochelle, à paralyser des dépôts pétroliers, à stopper le périphérique parisien et envahir la capitale jusqu’à l’Assemblée nationale, le tout en bénéficiant d’un soutien de la population et d’un traitement médiatique plutôt favorable, puisqu’aucune de ses actions n’a entraîné de débat sur la “prise d’otage” des automobilistes, le “terrorisme d’ultra-gauche” et la mise en difficulté de l’économie française. Si le mouvement agricole attire une sympathie générale, c’est parce qu’il comporte un flou revendicatif qui permet à l’extrême-droite, à BFM TV et même à la gauche de s’y identifier. Mais que revendique ce mouvement au juste ?

2 – Contester l’accord de libre-échange entre le Mercosur et l’Union européenne c’est contester le capitalisme et l’UE

Le Mercosur (pour “marché commun du sud”) est une zone de libre-échange entre l’Argentine, la Bolivie, le Brésil, le Paraguay et l’Uruguay. Entre ces pays, citoyens et marchandises peuvent circuler librement, sans devoir s’acquitter de droits de douane. Depuis le début des années 2000, l’Union européenne et les pays du Mercosur mettent en place un projet de traité de libre-échange permettant la fin des barrières douanières entre les deux zones. L’objectif pour les capitalistes de ces deux zones est d’accéder à de nouveaux marchés pour distribuer leurs marchandises et de bénéficier de zones plus compétitives (c’est-à-dire moins coûteuse en prix du travail, en réglementations, en normes écologiques et sociales, etc.) pour les produire. Un traité de libre-échange est toujours une très mauvaise nouvelle pour les producteurs les moins compétitifs. Par exemple, réduire les barrières douanières sur les produits textiles entre l’UE et l’Asie a fait péricliter toute une partie de l’industrie textile en France, et mis des milliers de personnes au chômage. C’est aussi une mauvaise nouvelle, à long terme, pour les consommateurs : s’ils peuvent bénéficier d’une baisse de prix liés à l’arrivée de produits moins coûteux à produire, ils pâtissent d’une baisse de qualité de ces mêmes produits. 

Sur le plan écologique, c’est évidemment une aberration, à rebours de toutes les préconisations visant à ralentir ou stopper le changement climatique : le libre-échange augmente considérablement la quantité de marchandises qui voyagent à travers le globe, et donc les émissions de CO2. Le rapport d’évaluation commandé par le Premier ministre français en 2020 évalue à 700 000 hectares les déforestations entraînées dans les pays du Mercosur par la hausse des exportations agricoles liées à l’accord. Ce rapport anticipe une hausse totale des émissions de gaz à effet de serre de 500 millions de tonnes de CO2, soit 0,1 % des émissions annuelles mondiales, entraînée par la déforestation et le transport des marchandises. 

Petite subtilité de la comptabilité écologique capitaliste : en sous-traitant sa production de viande à l’Amérique du sud, l’Union européenne va pouvoir faire baisser ses émissions de CO2 et ainsi s’afficher comme une bonne élève du combat écologique. De la même manière, l’industrie automobile européenne va pouvoir continuer à produire des voitures thermiques à destination de l’Amérique du Sud tandis que l’Europe pourra afficher triomphalement ses objectifs de réduction de ces véhicules et de leurs émissions. Un véritable colonialisme écologique.

Le traité avec le Mercosur va mettre en concurrence l’agriculture européenne et donc française avec, en particulier, l’agriculture brésilienne. Cette agriculture brésilienne, nous informe Reporterre, est ultra productiviste, et le pays est le premier consommateur mondial de pesticides. Les dégâts de ce modèle sur la biodiversité du Brésil, notamment en termes de déforestation, sont très grands. Et puisque ce modèle est le plus productiviste, on peut attendre qu’il soit boosté par le traité de libre-échange, avec des conséquences néfastes pour l’environnement et pour les travailleurs de ce secteur dont les petits producteurs ont été largement évincés. 

Les conséquences sur l’agriculture européenne seront importantes. Les études d’impact montrent que les secteurs de la viande bovine, du sucre et des céréales seront négativement impactés par cet accord. Ce qui explique pourquoi les éleveurs, déjà très remontés contre les abattages, soient au premier rang de la contestation : ils craignent la disparition pure et simple de leurs exploitations. Les producteurs de vins et spiritueux, exploitants aisés, sont au contraire absents de la mobilisation agricole car ils seront bénéficiaires du traité signé avec l’Amérique du Sud. Les industriels européens de l’automobile et des machines-outils devraient au contraire bénéficier de l’accord et se sauver ainsi de la crise profonde qu’ils sont en train de traverser.

Le traité UE-Mercosur, ratifié ce mois-ci par les pays membres de l’Union Européenne, et pour lequelle la France n’a finalement pas voté (la majorité pouvant signer le traité sans la France, cela ne coûtait rien à Macron d’y renoncer pour espérer calmer le mouvement paysan) va venir donner un coup de boost au capitalisme mondial, c’est-à-dire aux gros producteurs agricoles, aux industriels et aux transporteurs maritimes (dont le géant CMA-CGM, propriétaire de BFM TV). Mais au passage il va sacrifier deux choses : la biodiversité, la santé publique et une grande partie de l’agriculture française.

Le fait que la mobilisation paysanne se concentre sur le traité UE-Mercosur est un signe de sa radicalisation politique : il vient critiquer un outil essentiel de la domination capitaliste, mais aussi un processus intrinsèque au fonctionnement anti-démocratique de l’Union européenne. C’est pourquoi une convergence s’est faite entre une partie du mouvement écologiste – via les Soulèvements de la terre – des citoyens inquiets de l’impact des pesticides sur leur vie – via Cancer Colère – et des agriculteurs défenseurs du modèle paysan des petites fermes en polyculture – via la Confédération paysanne qui défend ce modèle. Ces trois organisations se sont d’ailleurs retrouvées ensemble pour mener une occupation du périphérique parisien le 9 janvier dernier. Suite à cette action, deux porte-parole de la Confédération paysanne ont été violemment arrêtés par la police. L’organisation dénonce le “deux poids deux mesures” dans l’attitude des autorités face à elle, à l’opposé de la complaisance qui entoure les mobilisations des deux autres syndicats agricoles. Il est évident que pour le pouvoir ce genre d’alliance et de critique de fond du capitalisme agricole est beaucoup plus dangereux que les mobilisations agricoles classiques.

3 – Milices anti-écolo et pillage de l’eau : les passagers clandestins du mouvement social

En décembre, tandis que dans le sud-ouest de la France les agriculteurs se battaient, au côté des éleveurs, pour empêcher les abattages systématiques pratiqués pour endiguer la DNC, le nord de la région Nouvelle-Aquitaine connaissait aussi un mouvement agricole… aux mots d’ordre totalement différents. Dans la nuit du 10 au 11 décembre, la Coordination rurale de Charente-Maritime a mené une action devant les locaux de l’Office français de la biodiversité près de Saintes ainsi que devant le siège national de la Ligue pour la protection des oiseaux (LPO) à Rochefort (Charente-Maritime), les locaux des réserves naturelles de Moëze-Oléron et de la Massonne et les bureaux de l’ONG Nature Environnement 17, à Surgères. Toutes ces organisations ont pour point commun de chercher à sauvegarder la biodiversité dans un département très touché par l’agriculture productiviste et les pesticides. A Melle, dans les Deux-Sèvres, la ville a été tout simplement saccagée par la CR, et le monument d’hommage aux blessés de la répression de Sainte-Soline a été dégradé. Melle est une ville engagée qui est au cœur du mouvement contre les méga-bassines dans l’ex-région Poitou-Charentes. Dans le département de la Vienne, ce genre d’actions agressives continuent de se poursuivre en ce début d’année (lundi 12 janvier les salariés de France nature environnement à Poitiers étaient agressés par des agriculteurs de la CR, leurs locaux vandalisés), dans un contexte où la Coordination rurale a appelé, en octobre, à « traquer » les militants anti-bassines.

“Stop à l’escrologie, laissez-nous travailler”, pouvait-on lire sur la banderole qui barrait l’entrée de France nature environnement 17. Ce slogan résume une partie des positions de la Coordination rurale, syndicat proche de l’extrême-droite qui est en grande dynamique parmi les agriculteurs. En somme, d’après leurs discours, le monde agricole devrait n’avoir aucun compte à rendre à la société et exercer son activité comme bon lui semble. Personne ne peut évidemment accepter ça, et surtout pas les citoyens d’une région touchée par des clusters de cancers pédiatriques, comme dans la banlieue de La Rochelle, ou concernée par le risque de pénurie d’eau. Ce slogan traduit un repli identitaire de toute une partie de la profession qui, au lieu de se tourner contre les responsables de la misère paysanne, font des mouvements écologistes et des associations, ainsi que des organismes de régulation de l’environnement comme l’Office français de la biodiversité, pourtant bien maltraités par la classe politique, les responsables de tous leurs problèmes.

Le gouvernement compte une fois plus profiter de la crise pour ne répondre qu’aux demandes des gros exploitants avides de pesticides.

La FNSEA, complètement marginalisée par un mouvement agricole qui ne compte plus sur les beaux discours de ses dirigeants (qui ne contestent ni la stratégie entreprise contre la DNC ni le traité UE/Mercosur) a tenté de revenir dans la bataille ce mardi 13 janvier en envahissant poliment le centre de Paris pour demander l’application totale de la loi Duplomb, dont une partie a été retoquée par le Conseil constitutionnel. Et pas n’importe quelle partie : la réintroduction du pesticide néonicotinoïde, surnommé “tueur d’abeille” en raison de son impact sur les populations d’insectes… et donc des oiseaux qui s’en nourrissent. Il va falloir choisir : pour rester compétitif face à l’agriculture brésilienne qui déforeste, détruit les petites exploitations et épand des pesticides, faut-il réintroduire un pesticide dont l’interdiction en 2022 a depuis permis, on l’apprenait en novembre dernier, un léger rétablissement de la population d’oiseaux en France ? Ou faut-il renoncer à toute ambition écologique et sociale pour que quelques gros exploitants – les petits ne tiendront pas le choc – restent compétitifs et transforment la France en ferme-usine à ciel ouvert ?

4 – Repli identitaire ou révolution agricole ?

Face au choc capitaliste créé par le traité UE-Mercosur qui vient d’être signé par une majorité d’États européens et contre lequel la France, si elle ne désobéit pas à l’UE, ne pourra rien, le mouvement agricole est à la croisée des chemins.

Ou bien il suit le mouvement corporatiste et productiviste proposé notamment par la Coordination rurale de Poitou-Charentes, qui consiste à ne plus respecter aucune norme sanitaire et écologique et à lutter contre une population inquiète de voir son eau polluée (à Rennes samedi 10 janvier 3000 personnes manifestaient pour la qualité de l’eau mise à mal par l’agriculture intensive). Un mouvement qui implique d’entasser toujours plus d’animaux dans des élevages immenses, pour espérer rester compétitif face à des fermes usines brésiliennes. Ce mouvement corporatiste est bien incarné par les leaders de la Coordination rurale qui continuent de pactiser avec une extrême droite qui ne propose rien pour l’agriculture française à part “diminuer les normes”, comme le disait Jordan Bardella sur France télévision, abandonnant toute mesure protectionniste dans son programme pour satisfaire le patronat, son nouveau grand ami. Mais aussi qui ne peuvent s’empêcher, face au dispositif déployé lors d’une action devant l’Assemblée Nationale, de réclamer que les policiers soient plutôt envoyés “dans les banlieues”. Comme si ce n’était pas déjà le cas, comme si les policiers n’harcelaient pas et ni tuaient pas déjà la jeunesse des banlieues, qui n’est pour rien dans la répression (nettement plus proportionnée) que subit le mouvement agricole, dont les membres devraient plutôt, comme les Gilets jaunes l’ont fait, prendre conscience des points communs qu’ils ont avec elle.

Ou bien il décide d’emprunter la voie de la valorisation du travail agricole, qui passe par la réduction de la taille des exploitations, la construction d’une filière bio française ultra qualitative et accessible, la réduction de la souffrance animale voire la remise en question de la consommation de viande dans le pays comme ailleurs… et s’allie avec toutes les franges de la population qui ne veulent plus non plus de ce modèle. La France pourrait devenir un pays dont l’agriculture vertueuse permet non seulement d’augmenter la prospérité des exploitations mais en plus d’augmenter leur nombre, au sein d’un modèle non intensif, qui créera de l’emploi, restaurera la biodiversité et produira au passage de beaux paysages. Mais les agriculteurs ne peuvent pas y parvenir sans une politique de planification de cette transformation agricole d’ampleur, ce qui implique une action forte de l’État, des citoyens et des collectivités à leur côté.

Si le mouvement agricole suit la direction proposée par la FNSEA et le discours identitaire de la Coordination rurale, non seulement il se mettra à dos la population mais il entraînera la fin de la paysannerie française au profit de quelques gagnants, ceux-là mêmes qui bénéficient des méga-bassines et ceux-là mêmes qui n’ont eu de cesse d’instrumentaliser la colère légitime des paysans pour consolider leurs intérêts. 

Mais si ce mouvement continue d’être rallié par des citoyennes et citoyens qui introduisent leurs préoccupations sanitaires et écologiques dans la contestation des logiques portées par le traité UE-Mercosur, si ses membres prennent conscience de la nécessité de s’allier avec la population contre l’industrie agroalimentaire, celle des pesticides, des banques et des équipements, il pourrait produire une révolution agricole.

5 – Un rapport de force qui paye

La ténacité du mouvement social, qui ne cesse d’innover dans ses modes d’actions et ses stratégies, est en train d’entraîner le macronisme finissant dans une crise sans fin, le Premier ministre évoquant à nouveau une possible dissolution de l’Assemblée nationale. Le refus de la France de signer le traité UE-Mercosur est une inflexion notable obtenue auprès d’un président intrinsèquement favorable au libre-échange. Enfin, les principales enseignes de la grande distribution se sont engagées à ne pas acheter de produits agricoles issus de la zone Mercosur. Les promesses de ce genre ne valent pas grand chose et les agriculteurs multiplient, dans des supermarchés comme dans des zones de logistiques, de contrôle de provenance des marchandises. Se faisant, ils remettent fondamentalement en question le logiciel productiviste et libre-échangiste qui gouverne l’Europe depuis plusieurs décennies. La popularité du mouvement reste énorme, malgré les difficultés causées aux automobilistes et aux habitants des villes du sud-ouest. Les agriculteurs sont parvenus à obtenir, par leurs modes d’actions d’entrave des flux capitalistes et de désobéissance civile des résultats conséquents. C’est une leçon pour toutes les autres luttes, mais aussi une grande responsabilité pour le monde agricole : que choisira-t-il de faire de ce grand pouvoir ? S’en servir pour dégommer le peu de législation écologique et sanitaire qui reste après huit ans de macronisme ? Ou promouvoir un modèle agricole qualitatif, vertueux et en accord avec les aspirations de la population ?

Nicolas Framont
Nicolas Framont
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