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Pourquoi les inondations nous imposent l’écosocialisme


Depuis une semaine, une partie du pays subit des inondations d’une ampleur inégalée ces dernières années. L’eau déborde des fleuves gonflés par les intempéries, coupe les départementales et envahit les rues des villes et des villages. L’économie est progressivement paralysée, des milliers de gens sont chassés de chez eux tandis que des dizaines de milliers d’autres tentent de sauver ce qu’ils ont et vivent chez eux sans électricité. À Saintes en Charente-Maritime, où je vis et travaille, la ville est quasiment coupée en deux : le fleuve Charente est sorti de son lit et s’est déversé dans toute une partie de la ville. Ce n’est pas le premier “aléas” climatique qui touche la ville et ses alentours : depuis le début des années 2020, la Charente-Maritime a connu de très sévères épisodes de canicule, des sécheresses sans précédent, un impressionnant épisode neigeux et trois crues du fleuve, en 2021, 2023 et donc 2026. C’est-à-dire autant de crues d’ampleur que… lors de tout le siècle précédent. Face à la catastrophe que nous connaissons cet hiver, les pouvoirs publics et les habitants s’organisent. Le service public et la solidarité autogérée ont pris le pas sur tout le reste.

1 – Contre la désorganisation agricole capitaliste qui nourrit les catastrophes, une réforme agraire écosocialiste

Le département de la Charente-Maritime tient son nom d’un fleuve qui prend sa source dans les contreforts du massif central. Il traverse des zones d’agricultures intensives et se jette dans l’océan après avoir traversé la ville de Rochefort. La crue actuelle touche les villes d’Angoulême, Cognac et Saintes, ainsi que de très nombreux villages qui sont désormais coupés du monde, parfois sans électricité. Les crues de la Charente sont en partie des phénomènes naturels, qui répondent à une conjonction de facteurs, dont un cumul de précipitations sur un temps très court (durant la tempête Nils notamment) mais aussi les fortes marées en provenance de l’Atlantique. Le réchauffement climatique – dont l’origine est lié aux activités humaines capitalistes – augmente la fréquence de ces phénomènes météorologiques extrêmes. Mais face à la survenue de ces évènements, la réponse humaine est de plus en plus faible et nous sommes de plus en plus exposés. 

D’abord sur le plan agricole, “tout ce qui permettait de ralentir et d’infiltrer l’eau a été détruit ou dégradé”, explique l’hydrologue Charlène Descollonges à nos confrères de Reporterre. Les rivières ont été canalisées, certains ruisseaux ont été comblés ou transformés en fossé, les haies ont été arrachées et les zones humides comblées. Par conséquent, l’eau n’est plus retenue ou ralentie par des éléments naturels, qui ont été sacrifiés à une agriculture intensive qui est une activité économique surprotégée dans la région. Nous avons la malchance d’avoir des agriculteurs syndiqués qui agissent comme des milices et qui, pas plus tard qu’en janvier, s’en prenaient aux associations environnementalistes, les mêmes qui tentent de promouvoir la préservation du cycle de l’eau et des zones humides. En amont de Saintes, la culture des vignobles du Cognac est une manne économique entre les mains de quelques richissimes familles, qui produit des sols pauvres et extrêmement chargés en pesticides. La Charente dont les eaux se déversent actuellement dans un millier de logements à Saintes est un fleuve ultra pollué, qui engendre une eau potable régulièrement “classée non conforme” par les autorités sanitaires. La Charente-Maritime est le département français qui consomme le plus de glyphosate : on le voit à la couleur orange des champs sur lesquels il a été épandu en masse juste avant les inondations, et qui se déverse donc dans nos rues. Pour rappel, les macronistes avaient promis d’interdire cet herbicide lors de leur victoire de 2017. Mais cette promesse a été enterrée alors que les études se succèdent et confirment son caractère cancérigène.

A Saintes comme ailleurs, le rythme des crues et inondations augmente. En 1904 puis 1982, la ville était ravagée par la Charente… Le même phénomène s’est reproduit en 2021, 2023 puis 2026.

L’agriculture intensive expose à de nombreux titres les habitants du département, et la réponse d’une partie des gros exploitants est l’intimidation. La Coordination rurale 17 prône ainsi une agriculture sans entrave, sans intervention de la société ou de l’État. On s’en rend compte lors d’une telle catastrophe : il n’est pas possible de laisser la gestion de la majeure partie de la surface d’un département à des acteurs privés qui n’ont pour seul objectif que la prospérité ou, pour les moins dotés d’entre eux, la survie financière. Cette situation ne bénéficie qu’aux exploitants les plus prospères et appauvrit tous les autres, tout en intensifiant les catastrophes sanitaires et naturelles. 

Il n’échappe désormais à personne qu’on ne peut pas continuer comme ça : l’agriculture intensive qui détruit la vie de nombreux paysans est en train d’altérer le cycle de l’eau et expose des milliers de personnes aux inondations. Pour lutter contre les inondations, nous allons devoir rompre avec cette gestion privée et capitaliste de l’agriculture. Les régimes socialistes, au cours de notre histoire récente, ont pour la plupart mis en œuvre des réformes agraires, qui passaient par une redistribution des terres agricoles pour plus de justice et d’égalité. Dans un endroit comme la vallée de la Charente, cette réforme agraire sera écosocialiste : l’écosocialisme désigne les mouvements qui souhaitent subordonner la valeur d’échange à la valeur d’usage. Cela passe par réorganiser la production en fonction des besoins sociaux et des exigences de la protection de la nature. Les besoins sociaux de l’agriculture sont de deux ordres : produire une alimentation variée, de qualité et en quantité suffisante, et administrer les sols et les espaces ruraux afin, de permettre un bon équilibre général, notamment en prévention des catastrophes naturelles.

2 – Contre le chaos immobilier, la planification urbaine et la fin de la multipropriété

Dans le film à succès Parasite, le réalisateur sud-coréen Bong Joon-ho met en scène une inondation qui remplit d’eau les quartiers pauvres de la ville, situés en contrebas, ainsi que les logements construits en demi-sous sol (les agences immobilières les nomment élégamment “souplex” en France). L’immense succès du film avait entraîné, en 2020, une aide financière exceptionnelle débloquée par le gouvernement sud-coréen pour aider les habitants de ces logements insalubres à les rénover. À Saintes, ce type de logement existe : une agence immobilière m’en avait fait visiter un, situé proche du fleuve, en me disant “les crues sont rares ici”. Deux mois plus tard, la crue de 2023 remplissait ce logement d’eau. Je n’ose imaginer dans quel état il se trouve cet hiver 2026, lors d’une crue bien plus importante. Plus de 1000 habitants ont été déplacés et la majeure partie d’entre eux vivaient dans les quartiers les plus pauvres de la ville : des immeubles de centre-ville à demi-insalubres, qui côtoient des logements plus cossus mais dans les rues adjacentes, en hauteur, tandis que les personnes aux revenus plus confortables vivent dans de l’habitat pavillonnaire situés loin du fleuve. 

Part des ménages propriétaires selon le secteur à Saintes en 2021, données de l’INSEE
Part des ménages pauvres à Saintes, selon le secteur, en 2021 données de l’INSEE
Carte des zones inondées en cas de crue de la Charente, établie par la préfecture de Charente-Maritime

Les habitants les plus exposés aux inondations sont pauvres et surtout locataires : on fait vivre des gens dans les zones inondables mais on y vit peu soi-même. À Saintes comme dans de nombreuses petites villes, l’immobilier est concentré entre les mains de multipropriétaires, qui font gérer leurs biens par des agences. Trouver une location est devenu très difficile, alors même que la ville compte 486 logements vacants (3,51% du parc de logements, un taux supérieur à celui de la moyenne du département). Comme beaucoup de petites villes situées dans une région touristique, les loyers y sont anormalement élevés. Par conséquent, et alors que les crues se multiplient, beaucoup de gens sont contraints d’accepter d’occuper des logements où leurs propriétaires ne voudraient certainement pas vivre. Ce scandale en dit long sur l’un des plus gros problèmes de la multipropriété : on fait payer aux autres un logement où l’on n’habiterait pas, même pas en rêve. Le plus souvent, cela se traduit par des logements mal isolés, mal conçus, avec ce fameux bloc de cuisine premier prix intégrant évier tout petit et plaques électriques peu pratiques. Mais dans le cas des zones inondables, cela entraîne concrètement la mise en danger des locataires. 

On le voit en temps normal et plus encore face aux catastrophes : la propriété immobilière lucrative, c’est-à-dire le fait d’avoir le droit de se faire de l’argent sur les besoins d’autrui, entraîne une terrible déresponsabilisation : on se permet, pour l’argent, de mettre en danger les autres. 

Cette irresponsabilité organisée se fait avec la complicité des pouvoirs publics : la législation sur le logement locatif ne cesse de réduire ses ambitions, et le mal-logement (le fait d’être dans un logement insalubre) augmente et concerne aujourd’hui près de 4 millions de personnes. La législation qui régit les constructions dans les zones inondables semble percée de multiples trous, comme en témoigne un collectif d’habitant Rennais qui a tenté en vain de faire annuler, pour risque d’innondation, la construction d’un nouveau quartier… construit tout de même et désormais inondé.

À Saintes comme dans la plupart des autres villes, la “crise du logement”, entretenue à coups de logements vacants mais aussi de locations touristiques, n’est guère affrontée autrement que par le biais de nouvelles constructions destinées à une population plus aisée. A Saintes, la municipalité a lancé un vaste plan de réhabilitation de l’ancien hôpital Saint-Louis situé sur les hauteurs de la ville (à l’emplacement où elle a été construite dans l’Antiquité) et donc à l’abri de toute crue ultérieure. Mais la partie logements du projet a été confiée à un promoteur immobilier qui annonce d’ores et déjà la mise en vente d’appartements chers. D’un autre côté, la municipalité s’en est enfin pris aux propriétaires de logements insalubres en mettant en place un “permis de louer” dans certaines rues du centre-ville réputées pour la piètre qualité de leurs locations. Mais rien ne semble prévu pour proposer du logement abordable pour les personnes qui n’ont d’autres choix que d’accepter de vivre dans ces logements insalubres et régulièrement inondés.

A Saintes comme ailleurs, le fleuve a envahi la ville.

Que faire des zones inondables de nos villes et villages, dans la vallée de la Charente comme celle de la Loire ou du Lot, également concernées par des crues historiques ? Avant 1995, il n’était pas interdit de construire en zone inondable et la France compte donc des dizaines de milliers de logements affectés par ces crues. Dans le cas de Saintes, Kévin Benoit, spécialiste de la prévention des crues et inondations au sein de l’établissement public territorial du bassin (EPTB) de la Charente (institution financée par les collectivités locales et qui gère l’aménagement et la gestion des fleuves et rivières), prône la “désurbanisation” : si les crues continuent de survenir aussi régulièrement, ce qui est plus que probable avec le changement climatique, il faudrait réduire le nombre d’habitations dans les zones inondables. Mais cela coûtera cher en termes de rachats et d’indemnisation par l’Etat, prévient-il. Mais en attendant, le coût de ces inondations sera répercuté par les assureurs sur l’ensemble de la population, car les compagnies d’assurance commencent à rechigner à jouer sérieusement leur rôle vu le coût que les sinistres représentent pour elles. 

Une chose est sûre : les grandes inondations montrent que le logement est devenu un problème trop sérieux pour que sa gestion soit confiée à des multipropriétaires et des promoteurs immobiliers. Un “marché” immobilier n’est pas adapté quand le climat change et que les risques se succèdent. Le capitalisme expose alors que la solidarité protège : la réponse publique et collective face aux inondations en est la preuve.

3 – Face aux catastrophes naturelles, des services publics forts et une population auto-organisée et solidaire

Il est frappant de voir comment, lors des catastrophes, toute l’action déterminante est menée par le secteur public ainsi que par une organisation spontanée de la solidarité locale. Dans les films catastrophes hollywoodiens, les phénomènes extrêmes entraînent exode, pillages et chacun pour soi. Ce n’est pas du tout ce qu’il se passe dans les faits, et la situation dans l’ouest de la France cet hiver permet de le vérifier une fois de plus. D’abord, l’action publique se déploie avec une efficacité qui dépasse rarement les capacités financières en diminution constante de ces institutions : municipalités qui déploient leurs agents pour aider à la mise en place de passages dans les rues inondés (passerelles faites de parpaings et de madriers), pompiers qui procèdent aux évacuations, personnel de la Croix-Rouge qui accueille les sinistrés dans des gymnases et agents d’Enedis (anciennement ERDF, filiale d’EDF en charge du réseau de distribution d’électricité) qui assurent le fonctionnement du réseau électrique pourtant soumis à rude épreuve. 

La bonne intervention de ces agents publics repose sur un certain niveau d’abnégation et la mise en œuvre d’astuces pour faire face à l’imprévu. Concrètement, à Saintes, les agents de la mairie travaillent avec de l’eau jusqu’à la taille pour assurer la protection des personnes et du peu qu’elles possèdent chez elles. Pourtant, les municipalités ont de moins en moins de moyens pour faire face aux catastrophes naturelles qui affectent les habitants. D’année en année, les politiques d’austérité reposent notamment sur une baisse de la dotation de l’État aux collectivités locales. Dans le budget discuté en janvier, un amendement soutenu par le RN va provoquer une baisse de 5 milliards d’euros du budget qui leur est destiné. Une enquête du média Vert démontre que les villes gouvernées par le RN sont plus exposées aux inondations, car les municipalités entretiennent un très fort déni des problèmes climatiques et favorisent la construction dans des zones à risque. Ainsi, à Moissac, dans le Tarn-et-Garonne, dont les habitants ont subi six inondations en dix ans, la municipalité frontiste de Romain Lopez a validé une révision du plan local d’urbanisme intercommunal (PLUi) pour permettre de nouvelles constructions dans les secteurs inondables.

Face aux inondations, la classe politique d’une ville comme Saintes oscille entre la reconnaissance et le déni. Si les candidats de la liste France insoumise aux municipales parlent de reloger les habitants touchés systématiquement par les crues de la Charente, l’ancien maire Jean-Philippe Mâchon, qui conduit une liste “apolitique”, ne veut pas se “résigner” aux crues et propose donc la mise en place de passerelles “plus solides”. D’autres imaginent de grandes retenues d’eau, ce qui, ça alors, va dans le sens des gros exploitants agricoles qui soutiennent des projets de méga-bassines, très dangereux dans une région également touchée par des sécheresses de plus en plus fortes. L’établissement public du bassin de la Charente a déjà étudié ce genre de solution : “Même si on faisait des bassins de rétention d’eau, les gains de hauteur d’eau seraient dérisoires pour des coûts qui sont astronomiques”, prévient Kévin Benoit. Est-ce pour ce genre de conclusions scientifiques contrariantes que le syndicat des exploitants agricoles FNSEA s’en prend régulièrement, physiquement, aux siège des EPTB, en Charente-Maritime comme dans la Vienne ?

Le déni de la récurrence des crues et des phénomènes climatiques extrêmes semble davantage toucher les possédants et les politiques que la population générale. C’est une autre leçon importante des inondations qui touchent le pays : quand un drame touche la population, toute une partie d’entre elle se mobilise. A Saintes, lors de la crue de 2023, la municipalité a lancé une “réserve citoyenne” pour aider les agents municipaux à venir en aide aux sinistrés. Cette année, elle a rencontré un grand succès, avec un groupe Whatsapp qui compte une centaine de membres qui, chaque matin, demandent où ils peuvent venir aider. Concrètement, il s’agit d’aider à l’installation des passerelles mais aussi intervenir dans l’un des 1000 logements inondés pour aider à poser les meubles sur des parpaings. D’autres personnes croisées dans les rues prennent tout simplement leur matinée pour proposer spontanément leur aide. Sur le principal groupe Facebook de la ville, les habitants qui vivent en dehors des zones inondées proposent une chambre ou une maison aux sinistrés, dont la prise en charge standardisée par la Croix-Rouge ne permet pas toujours d’accueillir les animaux. Les sinistrés ayant des chiens et des chats demandent sur ce même groupe des solutions et en trouvent souvent. Ces derniers jours, c’est un groupe Facebook destiné à la recherche des animaux domestiques égarés lors de la crue qui a été créé, tandis que la municipalité s’organise aussi pour aider les animaux sauvages.

Ces gestes de solidarité ont lieu partout dans le pays. À Saintes, nous arrivons même à une situation de saturation où les gens qui veulent aider n’ont plus la possibilité de le faire : il n’y a plus qu’à attendre la décrue, qui nécessitera une forte mobilisation collective pour vider, trier, nettoyer les logements et les rues. La mairie freine un peu cette soif d’aide afin de ne pas perturber l’action publique mais aussi pour en garder le contrôle. Car c’est bien un état d’esprit autogestionnaire qui s’empare des habitants lors des catastrophes naturelles. Tout s’arrête, le cours normal des choses s’interrompt, “enfin on se parle” et cela donne envie de faire autrement. Mais tout le monde ne le voit pas ainsi : sur le groupe Facebook de la ville, l’annonce de l’évacuation de la prison (située dans une cuvette exposée à toutes les inondations) au démarrage de la crue a donné lieu à de très nombreux commentaires tous plus cruels les uns que les autres. Les personnes proches de l’extrême droite (le RN a considérablement amélioré ses scores dans la région) tentent de dérouler leur agenda et agitent la peur du cambriolage, des pillages, du chaos, alors que ce sont bien leurs idées climatosceptiques et pro-multipropriété qui nous ont entraînés là.

Les fameuses passerelles formées de parpaings et de madriers. A partir d’un certain niveau de l’eau, elles deviennent impraticables, et obligent les logements à être évacués.

Le secours de l’armée est régulièrement invoqué, avec le souvenir mythifié de la grande crue de 1982, encore plus dévastatrice, durant laquelle l’armée avait construit une immense passerelle pour relier les deux rives du fleuve.  Mais ce que les gens interrogés retiennent de cet épisode où la ville était encore plus sinistrée qu’aujourd’hui, c’est la solidarité à toute épreuve dont avaient fait preuve les habitant·e·s. Même le sous-préfet de l’époque, interrogé quelques années plus tard dans un documentaire amateur (visionnable ici et dont la bande-son au synthé est vraiment incroyable), en convenait. Il avait d’ailleurs cette formule assez jolie et surprenante venant d’un gradé : “Lorsqu’on me parlera d’égoïsme, lorsqu’on me parlera de société de consommation (…), je dirai tout simplement : “On voit que vous n’avez pas été à Saintes au mois de décembre 1982.””

La suspension du temps créée par une catastrophe naturelle engendre chez beaucoup ces questions : à quoi je sers ? Quel est mon rapport avec les autres ? Comment devrait-on vivre ? Qu’est-ce qui est vraiment important ?

Les catastrophes naturelles sont des moments socialistes d’abord parce que le capitalisme s’efface complètement dans un tel contexte : les activités économiques qui ne répondent pas à des besoins essentiels de la population sont suspendues : les boulangeries, les supérettes ainsi que les cafés restent ouverts le plus possible mais le reste est mis en pause. L’exploitation au travail ralentit un peu : les contraintes climatiques imposent un ralentissement du rythme, ne serait-ce que parce que les flux de circulation sont interrompus ou freinés. Ce sera de plus en plus le cas dans la vie en France comme ailleurs au cours du XXIe siècle : les canicules, les tempêtes, les inondations, ne pourront pas faire de nous une population corvéable à merci, toujours en quête de travailler plus. Au contraire, on devra travailler moins et selon un rythme adapté aux contraintes extérieures. Ensuite, aucune start up, aucun acteur privé n’a d’intérêts à apporter des solutions rentables et efficaces. L’efficacité passe par le secteur public, le bénévolat et l’auto-organisation populaire gratuite et altruiste, tandis que le secteur assurantiel privé montre ses limites et devra sans doute, à terme, être remplacé (il est déjà fortement soutenu par l’État lors des catastrophes naturelles). Bref, quand ça va mal, le capitalisme ne nous sert décidément à rien. Pire : le capitalisme agricole et le capitalisme immobilier sont largement responsables de l’ampleur de la catastrophe.

Au moment de la décrue et du retour à la normale, nul doute que le bashing des fonctionnaires territoriaux, l’exaltation de l’agriculture productiviste, la vision de l’autre comme un ennemi potentiel regagnera du terrain. Mais c’est à nous d’entretenir la mémoire de ces moments exceptionnels, à la fois durs et exaltants, qui montrent que notre humanité peut être employée à autre chose que ce à quoi la classe possédante la destine.

Nicolas Framont
Nicolas Framont
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