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Alors que le spectre d’un départ du gouvernement Bayrou avant le 10 septembre se fait de plus en plus fort, celui d’une cohabitation avec le Rassemblement National, possiblement souhaité par Macron lui-même ré-émerge aussi. Il faut dire qu’en France, l’extrême droite est parvenue à s’imposer comme une force politique majeure, à apparaître pour des millions de Françaises et de Français comme l’opposition au système, tout en nourrissant et en exprimant des affects racistes puissants. Mais alors, comment en sommes-nous arrivés là ? L’année dernière sortait un livre de l’Institut La Boétie (le think tank de la France Insoumise), édité par les Editions Amsterdam et coordonné par le sociologue Ugo Palheta, Extrême droite : la résistible ascension. Celui-ci peut nous éclairer. Recension.

La promesse de l’extrême droite : le racisme

Le racisme reste le produit d’appel de l’extrême droite. Cela semble presque banal de le rappeler, mais un certain nombre de confusions se sont immiscées dans l’analyse de l’extrême droite du fait de notions comme le “gaucho-lepénisme” ou les “fâchés pas fachos” qui ont contribué à une idée quelque peu auto persuasive et rassurante, celle que les électeurs RN ne seraient “pas vraiment racistes” et qu’il s’agirait plutôt d’un vote de malentendu (contestataire, anti-Macron, séduit par le versant “social” du RN…). Un certain matérialisme vulgaire a du mal à appréhender l’attrait du racisme qui serait, à priori, contraire aux intérêts de classe des électeurs RN, sans voir, précisément, que le racisme a une dimension sociale et matérielle concrète. Par ailleurs constater – et il le faut – que le racisme est le principal motif du vote RN ne dit rien de l’attitude tactique qu’il s’agit d’avoir vis-à-vis de ce public (compréhension paternaliste, opposition frontale et violente, mépris, ostracisation…), question qui est source de beaucoup de débats virulents à gauche. 

Meeting d’Eric Zemmour au Trocadéro le 27 mars 2022 (Crédit photo : Par Anh De France, CC BY 2.0)

Le sociologue Yann Le Lann explique que “dans une période où des hausses de salaires substantielles semblent hors de portée et de conquêtes sociales innateignables, une partie des couches populaires développe une forme de dignité fondée sur la distinction vis-à-vis des migrants comme des chômeurs”. Celui-ci fait également un sort à l’idée confortable que les électeurs et électrices RN seraient “de droite” sur les questions de racisme mais “de gauche” sur les questions “sociales” : “en réalité, les classes populaires qui votent RN sont, en matière d’emploi et de travail, sur des positionnements généralement antagonistes aux valeurs de gauche. La gauche fait face à un courant idéologique qui articule une politisation xénophobe avec un soutien aux intérêts des employeurs”. Mettre l’antiracisme sous le tapis pour ne parler que des questions de travail comme le proposent certains responsables politiques de gauche, ne fait pas mécaniquement baisser le niveau de conflictualité avec un électorat qui déteste aussi les plus pauvres que lui et voue une forte admiration aux petits et moyens patrons. En fait, les questions “sociales” sont traitées par ces électeurs via un biais raciste. C’est par exemple le cas de la fiscalité. Comme le dit Ugo Palheta “si nombre d’électeurs du FN/RN revendiquent moins des augmentations de salaire que des baisses d’impôts c’est parce qu’ils ont le sentiment que leurs impôts financent des « assistés » qui ne sont pas d’ici”. 

Le sociologue Ugo Palheta est le coordinateur de l’ouvrage Extrême droite : la résistible ascension (2024, Editions Amsterdam). Crédit photo : Farton Bink, Frustration Magazine

Félicien Faury montre par ailleurs que la critique “des élites” par les électeurs RN est toute relative. Les “élites” en question ne sont pas tant les capitalistes que des profs et des instits, des journalistes, des artistes, des responsables associatifs… Pour ces électeurs, des petites différences culturelles créent beaucoup plus d’antagonisme que d’immenses écarts de richesses. Pire, les “élites économiques” sont même plutôt valorisées, autour de la figure du “bon patron” et du type qui a réussi à mener à bien son affaire. 

Le sociologue Ugo Palheta va dans le même sens en affirmant que le succès de l’extrême droite “repose en bonne partie sur l’adhésion de certaines franges de l’électorat aux principaux énoncés du discours raciste”. Il rappelle d’ailleurs, qu’en 2014, “Nonna Mayer avait montré que 82% des sympathisants du FN s’estimaient eux-mêmes « racistes ».” Toutefois reste à analyser d’où vient cette politisation raciste massive, qui ne peut s’expliquer uniquement par le supposé talent de Jean-Marie Le Pen, Marine Le Pen ou Jordan Bardella. L’auteur pointe notamment la grande responsabilité du Parti Communiste Français et du Parti Socialiste. En se ralliant “à la doxa xénophobe”, ces deux partis ont contribué à un consensus raciste et effacé la polarisation gauche/droite qui pouvait exister sur cette question. En effet, dans les années 1970, le PCF s’est converti au nationalisme, son secrétaire général de l’époque, Georges Marchais, a multiplié les discours anti-immigrés, une mairie communiste a envoyé un bulldozer pour détruire un foyer de travailleurs immigrés… Fabien Roussel semble marquer un retour à cet héritage peu glorieux. De son côté, le Parti Socialiste s’est aussi vautré dans la xénophobie : François Mitterrand a déclaré que le “seuil de tolérance” avait été atteint en matière d’immigration, Michel Rocard affirmait qu’on “ne pouvait pas accueillir toute la misère du monde”, leurs gouvernements ont expulsé massivement les travailleurs immigrés… François Hollande et Manuel Valls ont poursuivi cette politique dans la première moitié des années 2010. Tout cela fait dire à Ugo Palheta que “contrairement à une idée (…) reçue, le PS n’a donc pas troqué les immigrés ou les minorités contre les classes populaires : au moment où il trahissait les travailleurs (par des politiques de privatisation, de libéralisation etc.) il présentait l’immigration et les immigrés comme « problèmes »”

Les socialistes ont largement contribué à faire progresser la xénophobie. Crédit photo : François Hollande lors de la campagne de la primaire socialiste en 2011, Par Jean-Marc Ayrault — flickr.com, CC BY 2.0)

Il y a toutefois une question raciste sur laquelle le RN a effectivement évolué, c’est celle de l’antisémitisme. Si le soralisme aura eu une influence déterminante sur des personnes comme Jean-Marie Le Pen, David Rachline (maire de Fréjus) ou Jordan Bardella, Ugo Palheta note que le RN cherche désormais à limiter les sorties antisémites de sa base militante. L’objectif ? Se présenter comme “le meilleur défenseur des Juifs” face à ceux qui seraient soi-disant leurs ennemis : les musulmans, les immigrés, la gauche anti-raciste, les soutiens de la Palestine. Comme le souligne Mathieu Molard, cette mue a notamment été influencée par les penseurs de la Nouvelle Droite et par Renaud Camus, en partie du fait de leur soutien à Israël. Ils voient en effet dans ce dernier “un avant poste de l’Occident blanc aux prises avec une civilisation ennemie”. C’est ainsi que Philippe Vardon, figure du RN passé depuis à Reconquête, déclarait : “nous sommes farouchement opposés à la barbarie islamiste qui menace Israël”.
D’une certaine façon, c’est toujours via le biais anti-musulmans et raciste que sont intégrées les nouvelles questions. C’est par exemple le cas du féminisme qui à l’extrême droite devient “fémonationalisme” (un concept fondé par la sociologue Sara Farris) et qui s’en prend aux musulmans au prétexte de “défendre les femmes”. Le “féminisme identitaire” a notamment infusé dans l’extrême droite via l’influence du collectif non mixte Némésis qui lutte (ou plutôt prétend lutter), notamment, contre les violences sexistes et sexuelles (VSS) mais seulement si celles-ci sont commises par des immigrés, ou des Français arabes ou noirs. Cet opportunisme est notamment visible dans le refus du RN d’accorder les 2 milliards d’euros demandés par les associations qui luttent contre les violences faites aux femmes.
Même chose pour une soi-disant “lutte contre l’homophobie” qui devient “homonationalisme” c’est-à-dire qui considère l’homophobie comme émanant uniquement des étrangers. Donald Trump a donné à voir le niveau d’hypocrisie de ce genre d’approches : après avoir pris de nombreuses mesures discriminantes à l’égard des personnes trans, il s’en prend désormais aux droits des homosexuels, droits qui n’étaient pourtant pas au cœur de ses campagnes électorales. 

Une nouvelle “panique morale” : la transphobie

En plus du racisme et de l’islamophobie, la transphobie a pris une place de plus en plus centrale dans le logiciel de l’extrême droite. Le sujet de la transition de genre, qui concerne pourtant assez peu de gens, est devenu chez elle une véritable obsession. C’est ce que montrent le streameur Cassandre et la chercheuse Fanny Gallot : LR et RN ont tous deux cherché à interdire les transitions de genre aux mineurs, le livre Transmania a connu une publicité démentielle alors même que publiée par une obscure maison d’édition d’extrême droite, le Planning familial a été victime d’attaques très violentes car une de ses campagnes présentaient des personnes trans, Zemmour appelle les parents à contrer un imaginaire “ prosélytisme trans” à l’école … 

Le pamphlet transphobe Transmania, ultra médiatisé, a contribué à la panique morale autour de la transidentité

La transphobie devient même un produit d’appel de l’extrême droite qui attire à elle un nouveau public par ce biais, autour d’un discours très complotiste (un lobby organisé, mondial, etc). 

Les médias : complices de l’extrême droite 

Le sociologue Samuel Bouron montre comment les médias ont contribué à l’émergence d’un consensus raciste de plus en plus prégnant. Il reprend pour se faire les thèses du sociologue Pierre Bourdieu qui montrait, selon lui, que “le poids croissant des contraintes commerciales dans le champ journalistique agissait comme une forme de censure, notamment en empêchant l’émergence d’une pensée critique, au profit de raccourcis et d’idées reçues, souvent réactionnaires.” Pauline Perrenot va dans le même sens : “le mode de propriété capitaliste des moyens d’informations concourt lui aussi à la droitisation sans fin du débat public” via une “low-costisation” de l’info qui devient en réalité un ““talk-show” permanent”. 

Le sociologue Pierre Bourdieu a montré que, dans le champ journalistique, les contraintes économiques peuvent favoriser les idées réactionnaires. Crédit photo : Par Bernard Lambert — Travail personnel, CC BY-SA 4.0

Dans le traitement, cela passe notamment par une dépolitisation de l’actualité politique, un phénomène qui bénéficie largement à l’extrême droite en la normalisant à outrance. Concrètement on a pu voir RMC, Paris Match, RTL, Le Progrès, Le Monde, Le Figaro, M6 nous parler des chats de Marine Le Pen, de sa vie intime avec la complaisante Karine Le Marchand, des talents culinaires de Jordan Bardella… 

Les médias ont aussi entièrement fabriqué la candidature d’Eric Zemmour. On le voit notamment grâce aux éléments donnés par la journaliste d’Acrimed Pauline Perrenot. Au début de sa candidature, Hanouna a consacré dans TPMP 53% des moments politiques de son temps d’antenne à l’extrême droite dont 45% pour Zemmour. Pauline Perrenot invite toutefois à ne pas avoir d’illusion sur les médias dits “respectables” : ce sont en tout onze médias qui ont été épinglés par l’Arcom pour leur surexposition de Zemmour, dont France Info, France Inter et France 5. 

La candidature Zemmour a été entièrement propulsée par des médias extrêmement complaisants. Crédit photo : Zemmour en Côte d’Ivoire en décembre 2021, Par Anh De France, CC BY-SA 2.0

Samuel Bouron insiste beaucoup sur l’omniprésence des “faits divers”, rappelant d’ailleurs des précédents historiques : à la fin du XIXe siècle l’antisémite Edouard Drumont, auteur de La France juive, instrumentalisait dans ses journaux de prétendues agressions de personnes juives contre “des Français”. 

J’ai toutefois trouvé que le texte manquait d’un rapport plus critique à la notion même de “faits divers”, plus politiquement subjective qu’il n’y paraît. Il me semble que les faits divers peuvent en effet illustrer et révéler des faits sociaux plus larges. Selon la manière de la traiter et de l’analyser, une violence policière peut être une simple “bavure” (fait divers), ou s’inscrire dans un système policier répressif et raciste (analyse systémique). De la même façon un féminicide pourra être traité comme un simple fait divers ou bien illustrer un système patriarcal violent dont le féminicide est la pointe la plus achevée. Il est clair que la droite considérera la violence policière et le féminicide comme des “faits divers” mais les autres violences contre les personnes comme des symptômes. Reléguer, à gauche, un peu rapidement, les violences contre les personnes comme de simples faits divers insignifiants peut avoir une dimension confortable. Il est pourtant possible de les approcher, eux aussi, comme des symptômes, sans pour autant reprendre le cadre d’analyse raciste et sécuritaire de la droite et de l’extrême droite (par exemple le “francocide” d’Eric Zemmour) et encore moins leurs propositions (qui ne font d’ailleurs in fine qu’aggraver les problèmes qu’ils prétendent solutionner). Dans notre cadre d’analyse, des faits divers violents peuvent révéler des problèmes sociaux réels : un certain niveau de violence (masculine, dans l’immense majorité des cas) dans la société, des problèmes de santé mentale et leur manque de prise en charge, une paupérisation et une désocialisation croissantes, parfois des problèmes d’addiction aux drogues dures etc. Il m’a semblé que ce discours sur les faits divers pouvait s’inscrire dans un autre, courant à gauche, qui a beaucoup de mal à considérer que les centaines de milliers d’agressions contre les personnes qui se déroulent chaque année (et qui sont en augmentation, en dépit de ce qu’affirme par exemple Clémence Guetté en postface du livre) puissent être un problème réel pour certaines personnes, et pas seulement appartenir à une fantasmagorie réactionnaire construite entièrement depuis l’extérieur. 

Une idéologie volontairement floue, contradictoire et changeante

Comme l’explique très bien Mathieu Molard, journaliste à StreetPress, au delà du consensus raciste, “le RN est (…) un parti sans véritable doctrine”. Celui-ci a, en effet, pu passer au cours des années et décennies de l’ultralibéralisme reaganien, européiste et atlantiste, à un souverainisme eurosceptique et ouvriériste avant de se convertir aux thèses identitaires, elles de nouveau euro-compatibles. Pour le comprendre il faut revenir à l’origine du projet du FN, fondé par le parti néofasciste Ordre Nouveau. Celui-ci a tenté de réitérer le “compromis nationaliste” de l’écrivain monarchiste et antisémite Charles Maurras dans les années 1930, où ce dernier avait proposé aux “différentes chapelles d’extrême droite” “une alliance tactique et circonstancielle”. 

L’antisémite Charles Maurras, monarchiste qui a théorisé le « nationalisme intégral », fut aussi le promoteur d’un « compromis nationaliste », alliance tactique qu’a voulu reproduire à sa création le FN. Crédit photo : Charles Maurras (à gauche) aux côtés d’un autre leader d’extrême droite (Maxime Real del Sarte) en 1922, domaine public

C’est sous ce prisme que l’on peut comprendre que Marine Le Pen ou Bardella puissent tenir un jour un propos, et dire tout son contraire le lendemain. C’est qu’il s’agit pour eux de tenir ensemble une myriade de groupuscules et de sectes d’extrême droite, parfois divergents, concurrents et contradictoires. On peut ainsi en conclure avec Ugo Palheta que “ce qui cimente ce conglomérat c’est au niveau idéologique son niveau exceptionnellement élevé d’hostilité à l’égard des immigrés, des musulmans, des juifs ou des Roms.” 

Qui vote vraiment RN ?

On connaît le cliché – qui, s’il n’est pas débunké, peut avoir des conséquences stratégiques mortifères (incarnées par Ruffin/Roussel) – le RN serait indiscutablement le parti des classes populaires, et plus précisément, de la classe ouvrière.  Dans les faits, les choses sont beaucoup plus complexes. Comme le dit le sociologue Yann Le Lann : “l’extrême droite est loin d’être devenue l’expression politique principale des classes populaires”

L’économiste Stefano Palombarini rappelle que le soutien au RN est “bien plus important parmi les classes moyennes inférieures (…) que parmi les plus pauvres”. Il l’analyse ainsi : “la promesse de protection contre un risque de dégradation sociale ne produit pas d’effets notables lorsqu’on est déjà tout en bas de l’échelle”. Au cœur de l’électorat RN on trouve donc notamment les classes moyennes effrayées par la paupérisation et le déclassement. Yann Le Lann va dans le même sens en montrant que “la croissance du vote FN puis RN entre 2017 et 2022 est principalement le fruit d’une mobilisation des salariés qualifiés”. Il note en particulier un très fort progrès du RN chez les cadres où celui-ci est passé de 10 à 17%. Au sein des classes populaires, ce sont les plus dotés économiquement, les plus “stabilisés”, qui votent RN, tandis que les plus pauvres, ceux qui gagnent moins de 900 euros par mois, se tournent plutôt vers Jean-Luc Mélenchon. Félicien Faury démontre que le socle électoral du RN ne peut en aucun cas être résumé au vote ouvrier : ce vote RN est aussi largement porté par des professions intermédiaires, des artisans et commerçants et des petits retraités. Il constate aussi que si le vote RN était autrefois essentiellement masculin, ce n’est plus le cas aujourd’hui. 

Par ailleurs, les classes populaires font preuve de comportements politiques variés. Tout d’abord l’abstention : Yann Le Lann et Félicien Faury rappellent que les classes populaires salariées sont proportionnellement plus nombreuses que les autres à s’abstenir et que cette abstention est même prédominante chez les ouvriers. Assez logiquement, au sein des classes populaires, les Arabes et les Noirs ne votent quasiment pas RN et se portent souvent vers la gauche. D’une manière générale, encore beaucoup d’électeurs ouvriers votent à gauche. 

Le sociologue Yann Le Lann note aussi que les transferts de vote (de l’extrême droite vers la gauche, ou inversement) sont très rares. Pour le dire simplement, ce que le RN est parvenu à faire ce n’est pas tant récupérer les ouvriers de gauche mais bien plutôt les ouvriers de droite, qui ont toujours existé mais qui passent maintenant à l’extrême droite. Il affirme ainsi que “le RN constitue un conglomérat de trajectoires électorales principalement issues de la droite”. Comment expliquer alors la forte présence du RN dans les anciens bastions ouvriers et communistes ? Pour Yann Le Lann ces résultats ont une dimension de “trompe l’oeil” car le vote RN y serait avant tout le fait des “nouveaux arrivants” qui travaillent dans de nouvelles activités. 

D’après Aurélie Dianara et Salvatore Prinze « Meloni et la droite n’ont pas réalisé une percée dans les couches populaires et ouvrières”. Crédit photo : Georgia Meloni et Guido Crosetto en 2014, Par Jose Antonio sur Wikipédia italien, CC BY 4.0

Le cas n’est pas spécifiquement français. On imagine souvent trop rapidement qu’ailleurs en Europe l’extrême droite soit arrivée au pouvoir du fait des ouvriers ou des classes populaires. Aurélie Dianara et Salvatore Prinze notent pourtant qu’en Italie “Meloni et la droite n’ont pas réalisé une percée dans les couches populaires et ouvrières”. 

L’extrême droite : l’amie des grands patrons, des ultra-riches et de la finance

Extrême droite : la résistible ascension documente bien la grande proximité qu’a noué le RN, et l’extrême droite en général, avec le grand capital et le milieu de la finance. Cette proximité n’est pas nouvelle. Dans la préface de l’ouvrage, l’historien du nazisme Johann Chapoutot rappelle comment les “élites patrimoniales” préféraient Hitler à Blum, considéraient que le nazisme était un moindre mal pour faire face au communisme et qu’il était préférable à une possible redite de la Commune de Paris. Johann Chapoutot se permet de faire cette analogie autour de la catégorie des “libéraux autoritaires” dont les intérêts de classe seraient persistants : des “libéraux” qui cherchent à maximiser leur profits mais ayant “un rapport tempéré à la démocratie”, c’est-à-dire variant selon ces mêmes intérêts. 

L’historien du nazisme Johann Chapoutot, auteur de la préface d’ Extrême droite : la résistible ascension (2024, Editions Amsterdam), rappelle comment les “élites patrimoniales” préféraient Hitler à Blum, considéraient que le nazisme était un moindre mal pour faire face au communisme et qu’il était préférable à une possible redite de la Commune de Paris. Crédit : Par Toufik-de-Planoise — Travail personnel, CC BY 4.0

Alors qu’un grand mouvement contre l’austérité se prépare le 10 septembre, il est bon de rappeler, comme le fait l’économiste Stefano Palombarini, que le RN (et son prédécesseur le FN) a toujours appuyé le “modèle néolibéral”. En 1984, Jean-Marie Le Pen demandait la réduction du “domaine de l’Etat”, du “nombre de fonctionnaires” et des “dépenses publiques”. Du Macron avant l’heure. Bruno Mégret, délégué général du FN, avait lui appuyé les privatisations du gouvernement Chirac, déclarant : “nous avons toujours défendu la libéralisation de l’économie comme l’un des préalables au renouveau de notre pays”. Marine Le Pen s’inscrit dans cette lignée quand, comme le rappelle Marlène Banquet, elle défend, en 2021, le remboursement de la dette publique dans une tribune pour le média libéral L’Opinion, puis recommence en 2024 dans Les Echos (propriété de Bernard Arnault) en exigeant de baisser les dépenses sociales. Clémence Guetté résume ainsi cette vision : “l’ensemble des mesures du RN ne vise qu’à réduire les recettes de l’Etat tout en épargnant les plus riches”. 

Si ces questions passent au second plan par rapport à ses thèmes de prédilection (immigration, islam, sécurité), le RN demande régulièrement une baisse des charges pour les entreprises. Le RN s’oppose également à l’augmentation du SMIC, à l’indexation des salaires sur les prix, au gel des loyers et au blocage des prix. Dans ses mairies (Hayange, Villers-Cotterêts, Pontet…), le RN supprime les subventions aux Secours Populaire, expulse l’association de ses locaux, supprime les primes de fin d’années pour les employés municipaux, des bus de ramassage scolaire et la gratuité des cantines scolaires, voire augmente ces frais de cantine de 80%… 

À Hayange, la mairie RN mène une politique résolument antisociale. Crédit photo : Par Aimelaime sur Wikipédia français — Transféré de fr.wikipedia à Commons par Bloody-libu utilisant CommonsHelper., Domaine public.

Malgré l’émergence d’une forme d’ “écologie néopaïenne” dans la mouvance identitaire, la maître de conférences en sémiotique Zoé Carle note que le RN est structuré par son “soutien au capitalisme fossile”. Dans les faits, le RN s’oppose aux énergies renouvelables, aux éoliennes, à l’interdiction des pesticides (on l’a vu dans son opposition au mouvement contre la loi Duplomb), à toutes les mesures préconisées par le GIEC pour limiter le réchauffement climatique et à celles pour préserver la biodiversité, tout cela sans rien proposer pour développer les transports en commun. 

Ce lien entre grand patronat, finance et extrême droite n’est pas purement idéologique mais aussi concret et matériel : les premiers soutiennent de plus en plus l’extrême droite, comme le montre la sociologue Marlène Banquet. Zemmour a reçu le soutien du financier millionnaire Charles Gave et a été invité à présenter son programme par une association professionnelle de gestionnaires d’actifs (France Invest). Son parti, Reconquête, compte par exemple dans ses rangs l’ancien banquier d’affaires Julien Madar et Jonathan Nadler de JP Morgan. Les gros donateurs viennent essentiellement des secteurs de la finance, de l’immobilier, des startups… Marion Maréchal a reçu, elle, le soutien du financier Charles Beigbeder pour la fondation de son école pour futurs cadres d’extrême droite, et a été conviée par la banque Boursorama pour parler de ses positions. Clémence Guetté rappelle de son côté l’invitation de Marine Le Pen par l’association Ethic qui rassemble des centaines d’entreprises, tandis que Jordan Bardella a été applaudi par des tas de représentants du Medef. 

Ces liens entre capitalistes et extrême droite ne sont pas spécifiques au cas français. Marlène Banquet explique que Donald Trump a bénéficié du soutien d’une “fraction puissante du patronat américain” notamment dans la finance et la tech. On peut notamment citer : Robert Mercer, ancien patron du hedge fund le plus rentable du monde (Renaissance Technologies), Elon Musk, “une des premières fortunes mondiales”, patron de Tesla et de SpaceX (entreprise très dépendante des commandes publiques de la NASA et de l’armée américaine), Peter Thiel (dont les profits dépendent eux aussi des contrats militaires pour le Pentagone et la NSA), Jeffrey Yass, milliardaire de la finance (qui a dépensé des millions de dollars en 2021 pour les parlementaires refusant de reconnaître l’élection de Joe Biden…)   Pour satisfaire le grand capital italien, Giorgia Meloni s’est elle totalement alignée sur la politique étrangère américaine, au point de devenir, comme le soulignent Aurélie Dianara et Salvatore Prinzi “le gouvernement italien le plus atlantiste de tous les temps”. Elle s’appuie également sur “la petite bourgeoisie des secteurs de la production, des services et du commerce” (petits industriels, propriétaires d’établissement balnéaires, indépendants…) via des “cadeaux aux entreprises privées”, des “amnisties fiscales”, des baisses d’impôts pour les plus riches – des mesures qui rappellent celles de Macron. Tout cela lui a permis de recevoir le soutien d’une partie de la finance, ce qui est aussi le cas de Matteo Salvini.
Comme le rappelle Marlène Banquet, en Allemagne, Alice Weidel, une des principales leaders du parti néo-nazi (l’AfD) est une ancienne cadre de la banque Goldman Sachs. De leurs côtés, comme le souligne Clémence Guetté, des institutions comme la Commission Européenne, le Fonds Monétaire International et la Banque Centrale Européenne sont extrêmement complaisantes avec les gouvernements d’extrême droite polonais, hongrois et italiens, ce qui contraste largement avec la manière dont ils avaient traité celui d’Alexis Tsipras en Grèce. 

Une police déjà d’extrême droite

Le RN bénéficie d’ores et déjà d’un allié de poids au sein de l’appareil d’Etat : la police. Cette alliance de fait vient d’une longue histoire. Le professeur au Collège de France Didier Fassin invoque à ce sujet les travaux de l’historien Emmanuel Blanchard qui a montré une similarité entre les pratiques des polices chargées de la surveillance et de la répression des Algériens dans les années 1950 et 1960 et celles à l’oeuvre aujourd’hui contre les “descendants de l’immigration nord-africaine”. On le voit par exemple avec les nombreux contrôles au faciès, contrôles qui, comme le note Didier Fassin, “fonctionnent comme une prophétie auto-réalisatrice. Si l’on ne fouille que les jeunes de couleur des quartiers populaires, on ne trouvera du cannabis que parmi eux, alors même que l’usage existe dans tous les milieux sociaux.” Didier Fassin témoigne directement de ce qu’il a vu lors de ses enquêtes : grand poster de Jean-Marie Le Pen dans un bureau de policiers, tee-shirt avec l’emblème du gouvernement de Vichy…
Cette jonction entre police et extrême droite n’est pas qu’idéologique : en 2018, lorsque le groupuscule suprémaciste blanc Génération identitaire avait tenté d’arrêter des migrants à la frontière, non seulement la préfecture l’avait toléré, mais les policiers avaient collaboré avec eux. Didier Fassin rappelle aussi cette statistique parlante : “selon une enquête du Cevipof, en 2021, six agents sur dix déclaraient être décidés à voter pour ce parti”. Une proportion qui augmente dans les pires corps de la police comme la BAC. 

Crédit : Policiers à Strasbourg en 2006, Par Rama — Travail personnel, CC BY-SA 2.0 fr

En plus de cette fascisation du corps policier, celui-ci dispose d’une impunité quasi-totale. Comme l’explique Didier Fassin : “les non-lieux sont la règle”. Lorsqu’il y a procès, les policiers sont acquittés. Et si par miracle une condamnation est prononcée, jamais un policier ne finit en prison – même lorsque celui-ci a violé un jeune homme noir avec sa matraque au point de le laisser handicapé à vie. Au-delà des violences policières directes, on constate des mensonges massifs sur les procès-verbaux : quasiment à chaque fois qu’une vidéo est disponible et dont la police n’avait pas connaissance initialement, on découvre que les déclarations policières étaient un tissu de mensonges. Aux Etats-Unis un concept est né de cette pratique : “testilying” (contraction de “témoigner” et de “mentir”). Cette impunité est née d’une dialectique avec les gouvernements successifs qui arrivent de moins en moins à gouverner par consentement et sont donc contraints de le faire de plus en plus par la force : nos gouvernements ont besoin de la police pour les protéger du peuple, la police en profite pour accroître son pouvoir, son autonomie, son impunité et sa violence. Cette dynamique ne ferait qu’être exacerbée par l’arrivée au pouvoir du RN.   

Le vrai ennemi : le macro-lepénisme, l’extrême droite déjà-là

Nous le disons depuis longtemps à Frustration : l’extrême droite n’arrive pas seule au pouvoir. Elle y arrive par des alliances avec les centristes et la droite. Cela nous est confirmé par de nombreux exemples européens, en particulier l’Italie, cas que nous avons aussi documenté à plusieurs reprises, pour prévenir que c’est aussi le chemin pris en France (avec une conclusion pratique : voter pour un parti qui va faire alliance de facto avec le RN ne peut pas constituer un réel barrage). C’est dans cette perspective que l’historienne Aurélie Dianara et le philosophe Salvatore Prinzi analysent la constitution de la coalition des droites qui a permis à Giorgia Meloni, du parti néofasciste Fratelli d’Italia, d’arriver au pouvoir aux côtés de la Lega de Matteo Salvini et de Forza Italia de Berlusconi (aujourd’hui décédé), devenue un modèle pour l’extrême droite européenne. Bien que Fratelli d’Italia soit le successeur du parti fasciste de Mussolini, refuse de célébrer le 25 avril (date anniversaire de la libération de l’occupation nazie et de la chute du régime fasciste), ait présenté à plusieurs élections les descendants du dictateur (Rachelle Mussolini et Giulio Cesare Mussolini), le parti n’a jamais renoncé aux alliances avec le centre droit. Il a aussi intégré une partie du personnel politique issu des formations de droite et de centre droit. Comme nous, les auteurs en concluent que “les démarcations d’il y a vingt ans – en particulier la frontière entre droite et extrême droite – sont devenues en partie floues, voire caduques, dans de nombreux pays.”

En Italie c’est une coalition du centre à l’extrême droite qui a permis à cette dernière d’arriver au pouvoir. Crédit photo : Giorgia Meloni au côté de ses alliés aux élections parlementaires de 2018, Matteo Salvini et Silvio Berlusconi, Quirinale.it, Attribution, via Wikimedia Commons

Par ailleurs – et c’est une autre thèse que nous défendons depuis bien longtemps à Frustration, autour de la notion de “déjà-là fasciste” – le macronisme s’est largement lepénisé. Ce qui n’est pas sans soulever un “paradoxe” pour le RN, comme le note l’économiste Stefano Palombarini, à savoir que celui-ci “se nourrit du mécontentement suscité par des politiques qu’il déclare ouvertement vouloir poursuivre”. Yann Le Lann constate par exemple que les électeurs du RN sont assez favorables aux services publics et à plus d’impôts pour les riches, ce qu’ils n’auront pas en votant RN. 

Nous avons été agréablement surpris de constater un rapprochement très fort de la postface de Clémence Guetté avec les thèses que nous avions défendues dans deux articles sur l’extrême-droitisation du macronisme qui avaient pourtant suscités la polémique (L’impasse du « barrage » : l’extrême-droite est déjà là, partout et  Arrêter de craindre le danger fasciste, craindre le danger Macron). La députée y affirme ainsi que “le deuxième quinquennat Macron ressemble à un quinquennat Le Pen” citant les interdictions de manifester, de tenir des conférences, les contrôles au faciès et la répression policière contre les jeunes des quartiers populaires, les 49-3 à répétition… Elle en conclut, comme nous, que “le bloc libéral au pouvoir fusionne sans honte avec l’extrême droite”. Johann Chapoutot rappelle que si un gouvernement NFP aurait été renversé, cela n’aurait été que du fait d’une alliance entre macronisme et RN pour censurer “un programme de justice sociale et environnementale élémentaire”. 

Malgré ces rapprochements très forts entre centre, droite et extrême droite, que ce soit sur le plan idéologique ou des pratiques, Ugo Palheta note toutefois que cela ne veut pas dire qu’un gouvernement RN n’irait pas encore plus loin, tout simplement car celui-ci serait obligé de sans cesse donner des gages à un électorat pour qui l’adhésion au racisme est absolument centrale. 

Quelles solutions ? 

C’est malheureusement la faiblesse du livre qui ne répond pas totalement aux promesses de son titre : celui-ci est davantage un constat riche et étayé qu’un manuel de lutte. On espère quand même contre l’extrême droite une perspective plus ambitieuse que le seul vote Mélenchon, ou le vote barrage…La collection étant in fine dirigée par un parti politique (LFI via l’Institut La Boétie) et l’ouvrage sorti peu de temps après les législatives 2024, on ressent l’absence de distance critique vis-à-vis de la NUPES et du Nouveau Front Populaire. Dès la préface l’historien Johann Chapoutot loue le NFP « porté par des femmes et des hommes politiques d’un immense talent » (ce qui incluerait donc Marine Tondelier, Fabien Roussel, Raphaël Glucksmann…)  et « l’inlassable travail de formation intellectuelle (…) pensé et voulu de longue date du Parti socialiste (PS) à la France Insoumise (LFI) » (rien que ça), tout en reconnaissant quelques lignes plus loin que son programme “s’avère plus modéré que celui de l’Union de la gauche en 1981” (avec le bilan qu’on sait).

La NUPES mérite-t’elle vraiment toutes ces éloges ? Crédit : Discours de Jean-Luc Mélenchon à la convention de création de la Nupes, le 7 mai 2022 à Aubervilliers. Hugo Rota, CC BY-SA 4.0 via Wikimedia Commons

C’est dans la postface, intitulée “thèses stratégiques pour vaincre l’extrême droite” que Clémence Guetté tente de donner quelques pistes. Conséquente, elle déduit de la fusion progressive du centre, de la droite et de l’extrême droite, que “l’affrontement dur avec la Macronie et l’affrontement dur avec l’extrême droite procèdent aujourd’hui du combat contre un même phénomène. C’est l’extrême droitisation du pays, de ses élites politiques et médiatiques, qui prépare la prise du pouvoir par l’extrême droite”. Ce qui, en d’autres termes, ne peut se limiter à l’attitude barragiste du moindre mal permanent qui contingente les frontières de l’extrême droite au seul Rassemblement National. Elle insiste donc : “nous combattons un processus qui concerne en réalité le système entier : celui de l’extrême-droitisation (…) Puisque c’est le processus d’extrême droitisation qui prépare la conquête du pouvoir par l’extrême droite c’est bien ce processus qu’il faut combattre”. 

Sur le plan tactique Clémence Guetté invite à assumer un positionnement minoritaire sur certaines questions et la dimension conflictuelle que cela implique plutôt que d’espérer convaincre par malentendu ou de mettre sous le tapis les questions qui fâchent (la stratégie Ruffin/Roussel par exemple) : “nous ne gagnerons pas en baissant la tête, en nous cachant et en espérant ne pas être interrogés sur des enjeux clivants (…) Derrière la critique de la forme, celle du fond ou de la radicalité arrive très vite.”. 

Elle invite à essayer d’imposer, contre le “clivage horizontal” promu par l’extrême droite (détester son voisin, les plus pauvres que nous…), un “clivage vertical” (travailleurs contre patrons, consommateurs contre monopoles…)

Malheureusement les débouchés concrets de ces intentions sont minces aujourd’hui car LFI me semble toujours trop enfermée dans l’électoralisme. Lorsque Clémence Guetté indique , à raison, que “les renoncements de la social-démocratie font ainsi le carburant de l’extrême droite”, comment ne pas voir que LFI a été le carburant de la survie de la social-démocratie d’abord avec la NUPES puis avec le NFP ? Quand elle qualifie le NFP, qui s’est effondré lamentablement en quelques semaines, d’“accord historique” et de “programme de rupture”, comment ne pas y voir autre chose qu’une alliance électorale de circonstance, sans réelle base sociale et militante, qui a avant tout permis la réélection de nombreux notables du PS, d’EELV et du PCF malgré leurs scores lamentables à la présidentielle 2022 ? Quand elle dit qu’il faut “assumer l’alternative au capitalisme”, quel sens cela a au sein d’un parti qui n’est anticapitaliste ni dans son programme, ni dans ses objectifs, ni dans sa stratégie ?  

L’ascension de l’extrême droite en France ne peut s’expliquer par un simple “vote de colère” ou par un malentendu politique. Elle repose sur une politisation raciste profonde, nourrie par des décennies de compromissions du PS et du reste de la “gauche social-démocrate”, par un système médiatique complice et par une proximité croissante avec le patronat et la finance. Le RN est parfois encore présenté comme “antisystème”, mais son histoire et ses choix économiques montrent au contraire qu’il protège les intérêts du capital, tout en attisant le racisme. Comprendre ce mélange d’idéologie raciste, de contradictions opportunistes et d’alliances sociales diverses est essentiel : non pas pour céder au fatalisme, mais pour voir que cette progression reste, comme le rappelle Ugo Palheta, résistible. 

Rob Grams

Coordonné par Ugo Palheta, Extrême droite : la résistible ascension (2024), Éditions Amsterdam, collection : Les livres de l’Institut la Boétie, 18 euros, 280 pages

Photo de couverture : Marine Le Pen et Steeve Briois à Hénin-Beaumont en 2008. Crédit : Par julien.licourt — originally posted to Flickr as Marine Le Pen à la conférence de presse du lancement de la campagne municipale, CC BY-SA 2.0

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