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« Une grĂšve gĂ©nĂ©rale, ça se prĂ©pare » – Entretien avec Laura Varlet, cheminote


Comment les syndicalistes prĂ©parent-ils la grĂšve du 7 mars et sa transformation en grĂšve reconductible susceptible de stopper le gouvernement (et d’aller au delĂ  de la simple question de la retraite) ? Nous avons interrogĂ© Laura Varlet, cheminote et syndicaliste Ă  Sud Rail. Partisane d’un syndicalisme de lutte, elle fait partie de RĂ©volution Permanente et souhaite construire une grĂšve gĂ©nĂ©rale. Mais comment ça se fabrique, concrĂštement ? C’est ce dont nous avons discutĂ© ensemble, ainsi que de son mĂ©tier et de ses aspirations. Entretien par Rob Grams et Nicolas Framont.

Peux-tu nous parler de ton métier ? Quel poste occupes-tu en ce moment, comment ça se passe ?

J’occupe un poste d’aiguillage, mon travail consiste Ă  faire circuler des trains, m’assurer qu’ils circulent en toute sĂ©curitĂ© pour transporter des marchandises d’un point A Ă  un point B. On gĂšre aussi tout ce qui est travaux sur les voies, m’assurer que les cheminots qui travaillent sur les voies, rĂ©parent les rails etc. puissent le faire en sĂ©curitĂ©. C’est nous qui sommes garants de leur sĂ©curitĂ© et qui prenons les mesures pour que les travaux puissent se faire et les trains circuler. 

Je travaille en 3×8, en horaires dĂ©calĂ©s. Le matin c’est 6h-14h, ensuite 14h-22h pour les horaires de soirĂ©es, et 22h – 6h pour les horaires de nuit. Je travaille le week-end et jours fĂ©riĂ©s. 

Quand on pense cheminot on pense le plus souvent Ă  “chauffeur conducteur de trains” mais ça recoupe une large variĂ©tĂ© de professions.

Le terme cheminot vient de “cheminer” : les cheminots Ă©taient ceux qui cheminaient les voies pour s’assurer qu’il n’y ait pas de problĂšme, faire les rĂ©parations


Aujourd’hui dans l’imaginaire quand on entend cheminot on a beaucoup en tĂȘte les conducteurs alors qu’il y a Ă©normĂ©ment de secteurs Ă  la SNCF et dans les boĂźtes privĂ©es de chemins de fer qui comportent elles aussi une variĂ©tĂ© importante de mĂ©tiers.  

Il y a eu une grĂšve sauvage qui avait Ă©clatĂ© au technicentre de ChĂątillon par exemple, pour la rĂ©paration des TGV de tout l’axe Atlantique et en une semaine de grĂšve surprise ils avaient bloquĂ©s Ă©normĂ©ment de trains alors que d’habitude c’est un secteur ultra mal payĂ©, avec des conditions de travail trĂšs dĂ©gradĂ©es. Et on a vu Ă  ce moment-lĂ  Ă  quel point ils Ă©taient essentiels. C’est le cas de beaucoup d’autres mĂ©tiers comme les aiguilleurs, ou la sous-traitance qui ne sont mĂȘme pas considĂ©rĂ©s comme cheminots. 

L’aiguillage, c’est un mĂ©tier stressant ?

C’est un mĂ©tier oĂč l’on a beaucoup de responsabilitĂ©s. Or, il y a une dĂ©gradation trĂšs importante des conditions de travail ces derniĂšres annĂ©es : on est en sous-effectifs.

Ca fait 7 ans que je travaille Ă  la SNCF, quand j’ai commencĂ© j’étais en dessous du SMIC, maintenant j’ai un salaire autour de 2 000 euros avec les primes pour horaires dĂ©calĂ©s. Ce qui n’est pas Ă©norme. Notre responsabilitĂ© pĂ©nale est engagĂ©e. On a dans nos mains la vie des voyageurs car si on fait des erreurs il peut y avoir des accidents importants, et des cheminots qui travaillent sur les voies. 

« Aujourd’hui dans l’imaginaire quand on entend cheminot on a beaucoup en tĂȘte les conducteurs alors qu’il y a Ă©normĂ©ment de secteurs Ă  la SNCF et dans les boĂźtes privĂ©es de chemins de fer qui comportent elles aussi une variĂ©tĂ© importante de mĂ©tiers. Â» 

Pour donner un exemple trĂšs concret : on met en place des mesures de sĂ©curitĂ© pour que les cheminots puissent travailler sur les voies. Si je me trompe et que je ne protĂšge pas le secteur en train d’ĂȘtre utilisĂ© pour changer les rails, un train peut arriver sur un secteur oĂč le rail a Ă©tĂ© enlevĂ© et il peut y avoir des accidents trĂšs graves. Donc c’est un poste stressant. on est amenĂ©s Ă  travailler de nuit. Cette nuit par exemple, je travaillais jusqu’à ce matin. 

Ça doit ĂȘtre fatiguant


Je travaille dans le mĂȘme secteur qu’Anasse Kazib, on est tous les deux au triage du Bourget. Hier on Ă©tait ensemble Ă  un poste la nuit et on se faisait la remarque qu’il y a beaucoup de collĂšgues au dessus de 50 ans qui sont inaptes aux sĂ©curitĂ©s. Quand tu as des problĂšmes de santĂ©, d’hypertension, tu es vite mis Ă  l’écart. Tu ne peux pas travailler en horaires dĂ©calĂ©s, de nuit. On a des collĂšgues qui sont jeunes et qui sont dĂ©clarĂ©s inaptes par la mĂ©decine du travail car ils sont dĂ©jĂ  cassĂ©s par le travail. 

Je dis souvent que j’ai fait ma sĂ©ance de muscu au boulot parce que ce sont des gros leviers hyper durs avec des technologies qui ne sont pas modernisĂ©es. Il y a vraiment une casse du corps des cheminots qui travaillent Ă  des postes comme ça depuis des annĂ©es. Ce n’est pas un mĂ©tier simple. 

La SNCF fait face Ă  une pĂ©nurie d’employĂ©s, Ă  des dĂ©missions. 

Il y a cette pĂ©nurie de conducteurs mais c’est une rĂ©alitĂ© dans tous les mĂ©tiers de la SNCF. À l’InfrapĂŽle, ce sont tous les cheminots qui s’occupent de la maintenance du rĂ©seau, il y a une dĂ©bandade de dĂ©parts, de personnes qui partent dans le privĂ©. Ils y sont mieux payĂ©s alors qu’on est censĂ©s avoir la sĂ©curitĂ© de l’emploi et des “privilĂšges” mais on voit que cette dĂ©gradation des conditions de travail, cette dĂ©gringolade Ă  cause des rĂ©formes, les salaires restent aux mĂȘmes niveaux. Les anciens disaient ne pas avoir des salaires mirobolants mais on a certains acquis qui font que “ça vaut le coup” : il y a encore quelques annĂ©es en entrant Ă  la SNCF tu pouvais espĂ©rer partir Ă  la retraite Ă  55 ans, d’avoir une bonne sĂ©curitĂ© sociale, avoir des facilitĂ©s de circulation pour utiliser le train, une bonne mĂ©decine spĂ©cifique pour les cheminots
 C’est de moins en moins le cas.

Moi par exemple je suis en logement SNCF : on a la possibilitĂ© quand on rentre Ă  la SNCF de demander un logement qui de fait est beaucoup plus accessible qu’un logement normal que dans le marchĂ© immobilier. MĂȘme ça c’est en train d’ĂȘtre liquidĂ©. Ils ont ouvert le parc immobilier de la SNCF et ce ne sont plus les cheminots qui ont la prioritĂ© mais ça peut etre louer comme logement social Ă  n’importe qui.

C’étaient des acquis sociaux qui compensaient nos salaires bas. 

Il y a une situation avec des vagues de démissions en raison de conditions qui se dégradent, des salaires qui ne suivent pas et du coup ils ont du mal à recruter.

« Si on est si privilĂ©giĂ©s pourquoi les gens ne se bousculent pas Ă  la porte de la SNCF pour travailler chez nous ? Â» 

Je suis reprĂ©sentante du personnel. Dans les rĂ©unions avec la direction, Ă  chaque fois ils me disent “on ne comprend pas, on ne sait pas pourquoi on arrive pas Ă  recruter !”. Ils n’arrivent mĂȘme pas Ă  atteindre les objectifs de recrutement qu’eux-mĂȘmes se fixent (alors que nous on dit que c’est assez bas). C’est tout simplement parce que ce sont des salaires de misĂšre avec en plus les contraintes, les 3×8 etc. Quand tu as des enfants c’est ultra compliquĂ©. Nous on leur dit “vous avez vu nos salaires ? Nos conditions de travail ? Les gens ne vont pas venir par plaisir !”.  

Ces derniers temps on a vu le discours changer. Chaque fois qu’on Ă©tait en grĂšve ils disaient “oui voilĂ  les privilĂ©giĂ©s”, on essayait de retourner l’opinion contre nous. Mais rĂ©cemment on a commencĂ© Ă  parler de la pĂ©nurie, de la difficultĂ© Ă  recruter des entreprises de transport. Si on est si privilĂ©giĂ©s pourquoi les gens ne se bousculent pas Ă  la porte de la SNCF pour travailler chez nous ? 

Les cheminots, ce sont un secteur plus mobilisĂ©, plus syndiquĂ©, plus organisĂ© que d’autres. Ça n’a pas permis d’empĂȘcher cette dĂ©gradation des conditions de travail donc ? 

Moi je suis Ă  la SNCF depuis 2016. J’ai vĂ©cu deux grandes grĂšves reconductibles oĂč j’ai Ă©tĂ© en grĂšve pendant 60 jours Ă  peu prĂšs. MĂȘme un peu plus en 2018 je pense, contre le Pacte ferroviaire, puis en 2019 contre la rĂ©forme des retraites. 

J’ai vĂ©cu deux grandes grĂšves locales trĂšs fortes, au Bourget. LĂ , on est en grĂšve sur la question des salaires.

C’est un secteur qui a sa tradition de luttes, de syndicalisation. Les acquis que les cheminots ont eu historiquement, ce sont les fruits de ces combats-lĂ . Mais lĂ  ça a Ă©tĂ© des dĂ©faites : en 2018 le pacte ferroviaire est passĂ©, en 2019-2020 il y a eu la grĂšve reconductible qui a permis de temporiser la rĂ©forme et derriĂšre il y a eu le confinement. 

« Il y a une forme d’épuisement de ces mouvements et de ces grĂšves avec les cheminots qui se mettent en grĂšve et se battent tout seul. Â»

LĂ  encore les chiffres de grĂšve sont importants. Mais il y a une forme d’épuisement de ces mouvements et de ces grĂšves avec les cheminots qui se mettent en grĂšve et se battent tout seul. En 2018 on essayait d’avoir un discours sur le fait que le pacte ferroviaire n’attaquait pas juste notre statut mais le service public ferroviaire, les conditions de transports des millions d’usager qui les utilisent pour aller travailler tous les jours. 

Il faut voir la limite de partir en grĂšve sur un seul secteur et la nĂ©cessitĂ© d’avoir une implication beaucoup plus large des autres secteurs et de la population pour la dĂ©fense des secteurs publics et des conquis sociaux. 

Comment en es-tu arrivĂ© Ă  te syndicaliser ? À te politiser ? À rejoindre le NPA puis maintenant RĂ©volution Permanente ? 

Je viens d’Argentine, je suis arrivĂ©e en France il y a douze ans. Je travaille depuis que j’ai 18 ans. Je travaillais Ă  l’aĂ©roport et j’étais dĂ©jĂ  engagĂ© syndicalement et politiquement. En arrivant j’ai travaillĂ© comme pionne. Puis je suis entrĂ©e en contact avec les camarades du NPA puis de RĂ©volution Permanente. Je suis entrĂ©e Ă  la SNCF en 2016 et j’ai rencontrĂ© Anasse Kazib au moment de la lutte contre la Loi Travail. Puis je suis entrĂ©e Ă  Sud Rail. Mais j’avais dĂ©jĂ  cette fibre. 

Tu es élue au CSE. 

C’est un CSE rĂ©seau Ile-de-France. Tout ce qui est les mĂ©tiers de l’aiguillage et l’infrapole (la maintenance et les travaux sur les voies etc). C’est un pĂ©rimĂštre Ă©norme, qui va du fin fond du sud du 77 jusqu’à l’Oise. C’est une vraie difficultĂ© qu’on a, d’avoir un oeil sur tout ce qui se passe, avec 11 000 cheminots. 

Comment faites-vous pour faire le travail de terrain avec toute cette dispersion ? 

Au niveau de Sud Rail, sur l’Ile de France on a 5 divisions : Paris Nord (lĂ  oĂč je suis), Paris Est, Paris Sud-Est (cĂŽtĂ© Gare de Lyon), Paris Rive Gauche (cĂŽtĂ© Montparnasse-Austerlitz), Saint Lazare (qui va jusqu’à Mantes-la-Jolie).

Pour Paris Nord ça va de la Gare du Nord jusqu’à l’Oise, ça couvre tout ce qui est aiguillage et brigades de l’infrapole. On fait des tournĂ©es, on fait des rĂ©unions syndicales pour discuter des orientations. Demain je vais faire une tournĂ©e dans les postes d’aiguillage. 

On est trĂšs Ă©clatĂ©s : des fois on fait une journĂ©e de tournĂ©e, on fait des kilomĂštres pour passer d’un poste Ă  l’autre. C’est un travail qui demande beaucoup d’efforts pour ĂȘtre sur le terrain. Et nous on ne veut pas ĂȘtre des syndicalistes de rĂ©unionites avec la direction. 

Certains se font bouffer par la réunionite avec la direction.

C’est liĂ© Ă  la rĂ©forme des CSE mise en place par Macron : il y a beaucoup moins de reprĂ©sentants du personnel, pour des pĂ©rimĂštres beaucoup plus importants. 

Avant on avait un CHSCT juste pour le Bourget, c’était que ça, maintenant on a la CSTC (qui remplacent les CHSCT) pour tout Paris-Nord qui regroupe les aiguilleurs et l’infrapole. C’est-Ă -dire qu’on a un pĂ©rimĂštre qui est devenu immense avec beaucoup moins de reprĂ©sentants du personnel, donc le taff est multipliĂ© par 20. Donc il y a des syndicalistes qui ont du mal Ă  garder un pied dans le terrain et qui sont aspirĂ©s par ces rĂ©unions avec la direction et qui du fait ont tellement de rĂ©unions qu’ils ne vont quasiment plus au taff. 

La direction Ă  la fois ça les arrange parce que tu as moins de militants de terrain, mais on voit ces derniĂšres annĂ©es qu’il y a des explosions de grĂšves maĂźtrisĂ©es par personne, de maniĂšre quasi spontanĂ©e car il n’y a pas de syndicalistes pour tenir les gens. 



A Frustration on essaye de participer au dĂ©bat stratĂ©gique sur comment gagner cette bataille des retraites et aller plus loin. On est sur une ligne qui est proche de celle de FrĂ©dĂ©ric Lordon qui dit qu’il faut mieux se concentrer, en tout cas dans un premier temps, sur les secteurs nĂ©vralgiques dont les transports, soutenus par les autres notamment via caisses de grĂšves. Nos amis de RĂ©volution Permanente nous rĂ©pondent que c’est une position mal reçue dans ces secteurs, qui ne veulent pas de ce type de “grĂšve par procuration”. Toi comment est-ce que tu le ressens ? 

D’abord pour dire un mot sur l’état d’esprit : ce que je vois mois chez les collĂšgues cheminots, c’est qu’ils ont envie de se battre, d’en dĂ©coudre avec cette rĂ©forme, Ă  l’image de la totalitĂ© de la population elle est rejetĂ©e ultra-massivement par les cheminots. En revanche ils n’ont pas envie, encore une fois, d’ĂȘtre le fer de lance et de partir tous seuls. Ils ont envie que les gens se mettent en grĂšve avec nous, dans la bataille de maniĂšre importante Ă  nos cĂŽtĂ©s. C’est un Ă©tat d’esprit qui s’explique par des dĂ©faites du passĂ©, je pense notamment Ă  la rĂ©forme ferroviaire 2018, oĂč il y a ce sentiment de ne pas avoir eu suffisamment de rapport de force pour faire reculer le gouvernement, alors que ça a eu un impact massif pas seulement sur nos conditions de travail mais aussi pour les usagers. 

Chez les raffineurs, pour prendre un autre secteur, c’est un traumatisme 2010 et la rĂ©forme Sarkozy. On a vu des mobilisations et des manifestations trĂšs suivies, de masse, avec des millions de personnes dans la rue. Et les raffineurs ont vu qu’ils Ă©taient les fers de lance : les gens avaient donnĂ© tellement d’argent aux caisses de grĂšves qu’ils ont dĂ» redistribuer aprĂšs. Quand le gouvernement a vu que le rapport de force Ă©tait concentrĂ© autour des raffineurs ils ont envoyĂ©s 17 cars de CRS pour soulever les piquets, la rĂ©pression a dĂ©goĂ»tĂ© une partie des grĂ©vistes et ça a mis un vrai coup au mouvement, et ça a montrĂ© les limites des “grĂšves par procuration” ou des “grĂšves des secteurs bloquants”. À la fois c’est un Ă©tat d’esprit de par leur propre expĂ©rience, ils n’ont pas envie de revivre l’échec de 2010 car il faut rappeler que la rĂ©forme est passĂ©e, et aussi c’est un peu une maniĂšre de tirer des leçons : ne pas refaire les mĂȘmes erreurs, ne pas reprendre les mĂȘmes logiques qui n’ont pas marchĂ©es par le passĂ©. 

« La clĂ© d’une grĂšve gĂ©nĂ©rale c’est l’auto-activitĂ© des masses, quand les travailleurs se posent la question de “qui est le maĂźtre de la maison ?” Â»

L’autre Ă©lĂ©ment important c’est qu’aujourd’hui le mouvement est massif : Ă  Paris et en province, on voit des secteurs prĂ©caires, de la sous-traitance, du privĂ©, qui sont dans les manifestations et la grĂšve. Pourquoi se priver de cette force de frappe que sont l’armada des travailleurs du pays ? Alors qu’on a la possibilitĂ© au travers de cette agrĂ©gation de secteurs de poser la question des retraites mais d’élargir Ă  d’autres problĂ©matiques. c’est passer Ă  cĂŽtĂ© d’une opportunitĂ© de se replier sur quelque chose qui n’a pas marchĂ© par le passĂ© et c’est en-deçà des possibilitĂ©s actuelles du mouvement, des secteurs dĂ©jĂ  mobilisĂ©s.  

Il y a quelques semaines, avec d’autres camarades, nous avons Ă©tĂ© Ă  l’initiative d’une tribune signĂ©e par 300 syndicalistes, intellectuels, artistes, etc. pour la gĂ©nĂ©ralisation de la grĂšve qui a Ă©tĂ© publiĂ©e par le JDD. Suite Ă  ça, on s’est rĂ©uni et on a dĂ©cidĂ© de se constituer en RĂ©seau pour la GrĂšve GĂ©nĂ©rale. L’objectif c’est Ă  la fois de faire toutes formes d’action pour Ă©tendre la grĂšve Ă  de nouveaux secteurs, de poser sur la table la nĂ©cessitĂ© d’élargir les mots d’ordre du mouvement par exemple Ă  la question des salaires, mais aussi de commencer Ă  coordonner Ă  la base les secteurs qui partiront en grĂšve reconductible Ă  partir du 7 mars.

La clĂ© d’une grĂšve gĂ©nĂ©rale c’est l’auto-activitĂ© des masses, quand les travailleurs se posent la question de “qui est le maĂźtre de la maison ?”.  Il n’y a pas de secteurs plus importants que d’autres. Certes, la mise en grĂšve dans des secteurs bloquants a un impact direct sur la production. Quand tu es travailleur dans les transports et que tu bloques les transports les gens ne peuvent pas aller travailler. Quand tu es raffineur et que tu arrĂȘtes l’outil de travail ça a un impact direct sur l’approvisionnement de l’essence. 

Mais en fait l’utilitĂ© d’arrĂȘter de travailler, qu’on soit dans une PME ou une autre boite privĂ©e, ça permet de libĂ©rer du temps pour construire autre chose, d’alimenter la lutte de diffĂ©rentes maniĂšres. Dans une grĂšve gĂ©nĂ©rale, on devrait organiser des cantines populaires pour que les gens puissent venir manger avec leurs familles. On devrait organiser des gardes d’enfants. Bref qu’on puisse se libĂ©rer du temps pour voir comment construire une autre sociĂ©tĂ©, commencer Ă  inventer, Ă  crĂ©er d’autres sociabilitĂ©s et de la solidaritĂ©. C’est aussi montrer que sans nous la sociĂ©tĂ© ne tourne pas ce qui permet de poser la question du pouvoir. Le parlement peut se jeter des chaises au visage Ă  longueur de journĂ©e, s’insulter les uns les autres, se raconter des histoires sur le fait que c’est eux qui gĂšrent via les lois, mais en rĂ©alitĂ© si les travailleurs ne sont pas au travail tout est paralysĂ©.

Quels conseils donnerais-tu pour convaincre ses collÚgues ? Pour déclencher une grÚve ? 

Pour parler d’un domaine que je connais bien, c’est les nettoyeurs des gares SNCF. C’est intĂ©ressant car c’est un secteur qui n’avait pas de traditions de luttes jusqu’à il y a quelques annĂ©es. C’est au contact des cheminots, un secteur qui avait plus d’expĂ©riences des grĂšves, qui a des petites choses Ă  transmettre, que se sont créées des formes nouvelles d’organisation. C’est comme ça qu’on a des travailleurs du nettoyage, immigrĂ©s et prĂ©caires, qui sont Ă©crasĂ©s tous les jours par le patron, qui relĂšvent la tĂȘte Ă  un moment donnĂ©, qui se mettent en grĂšve 45 jours et qui arrivent Ă  faire plier ONED et la SNCF. C’est ce qu’il s’est passĂ© en 2017 pour les travailleurs du nettoyage. Et le 31 janvier dernier, ces travailleurs du nettoyage Ă©taient Ă  100% grĂ©vistes dans les gares SNCF. C’est aussi parce qu’on a fait ce lien-lĂ , qu’on est allĂ©s les voir, qu’on a parlĂ© des attaques contre les retraites et qu’on les met en lien avec les conditions de travail actuelles. On s’est mis Ă  disposition pour la mise en place de caisses de grĂšves.

« Dans une grĂšve gĂ©nĂ©rale, on devrait organiser des cantines populaires pour que les gens puissent venir manger avec leurs familles. On devrait organiser des gardes d’enfants. Bref qu’on puisse se libĂ©rer du temps pour voir comment construire une autre sociĂ©tĂ©, commencer Ă  inventer, Ă  crĂ©er d’autres sociabilitĂ©s et de la solidaritĂ©. Â»

Donc le premier conseil c’est que la grĂšve il faut la prĂ©parer, l’organiser. Une grĂšve reconductible ne tombe pas du ciel. Il faut des personnes, des travailleurs qui la prĂ©parent en amont, qui pensent aux problĂšmes que la grĂšve ramĂšne : comment fait-on tenir des travailleurs prĂ©caires si on veut que la grĂšve s’installe dans la durĂ©e ? Une grĂšve reconductible dans le nettoyage ne peut pas se faire sans caisse de grĂšve, sans cantines populaires. Ce sont des outils qui peuvent ĂȘtre mis au service de l’auto-activitĂ© des grĂ©vistes pour qu’ils puissent tenir dans la durĂ©e. C’est une question fondamentale. La preuve en est que chez ONET ça a marchĂ© : si les travailleurs prĂ©caires ont pu tenir c’est parce qu’on a fait une caisse de grĂšve qui a rĂ©coltĂ© 80 000 euros. Au final ils avaient plus d’argent en Ă©tant grĂ©vistes qu’en travaillant, ça c’était marrant. 

Les caisses de grĂšve fonctionnent aussi parce que des gens ne sont pas en grĂšve. C’est plus difficile de donner Ă  une caisse de grĂšve si on est soi-mĂȘme en grĂšve
 

Les caisses de grĂšve doivent ĂȘtre des outils aux mains des grĂ©vistes. Ça ne doit pas ĂȘtre un truc fait par en haut, on ne sait mĂȘme pas comment c’est utilisĂ© ensuite


Il y a beaucoup de retraitĂ©s par exemple qui sont solidaires, des intellectuels, des secteurs diffĂ©rents qui ne peuvent pas se mettre en grĂšve mais qui peuvent donner de l’argent Ă  des caisses de grĂšves. Mais entre ça et dire “on ne va que vers les secteurs bloquants” il y a une distance. Effectivement des gens vont ne pas se mettre en grĂšve et donner Ă  une caisse mais on peut faire beaucoup plus large, et les conditions sont rĂ©unies pour que la grĂšve soit beaucoup plus large que les secteurs bloquants.

Je pense que le mouvement aura une autre gueule si en plus des travailleurs des transports, des raffineurs, des Ă©nergĂ©ticiens, on a aussi des travailleurs du nettoyage, de la logistique, de la restauration, dans diffĂ©rents secteurs
La grĂšve pourra avoir d’autres horizons que juste faire retirer une rĂ©forme, arrĂȘter l’augmentation de l’ñge de dĂ©part Ă  la retraite. C’est la condition pour qu’on puisse poser des revendications Ă  une Ă©chelle beaucoup plus large et profonde. C’est n’est pas ça qu’on veut parce qu’on est “rĂ©volutionnaires”, ce sont les aspirations du mouvement aujourd’hui. 

Dans pas mal de secteurs maintenant il y a des stagiaires, des intérimaires, des CDD, des auto-entrepreneurs. Tout ça rend vachement compliqué de se mettre en grÚve.

La question est celle de la solidaritĂ© et de l’organisation.

Dans le bĂątiment, si sur un chantier tu as 50 travailleurs et qu’il y en a un qui ne vient pas au travail, en se mettant en grĂšve, Ă©videmment lui va se faire rĂ©primer. On en est conscients, c’est pour ça qu’on sait qu’on a une responsabilitĂ© particuliĂšre, nous les secteurs plus bloquants, on a plus de protections vis Ă  vis de notre employeur Ce n’est pas qu’on ne veuille pas assumer cette responsabilitĂ© mais on pense que pour gagner il est indispensable de pouvoir entraĂźner plus largement. 

Pour reprendre l’exemple des travailleurs du nettoyage, il y a un changement d’employeurs, le contrat avec ONET va se terminer. Ils sont en train de voir comment diviser en plusieurs lots pour casser le collectif de travail. Il va y avoir un nouveau patron qui va prendre le marchĂ©. C’est une occasion en or pour le patron de licencier, de liquider les tĂȘtes qui sortent du lot. chez ONET ils n’ont pas pu faire ça car ils Ă©taient organisĂ©s. Ils ont fait grĂšve en 2017 car ils sont soudĂ©s, qu’ils ont une organisation. C’est incontournable, c’est pareil partout.

Tu peux ĂȘtre dans un secteur bloquant, avoir plus de sĂ©curitĂ© de l’emploi, si tu n’as pas un collectif derriĂšre, capable de soutenir, d’ĂȘtre solidaire, d’empĂȘcher le patron d’en venir Ă  la rĂ©pression, il y a des licenciements aussi. 

C’est une question de rapports de forces politiques, d’organisations. On a notre rîle à jouer.
L’exemple de 1995 est intĂ©ressant : cette idĂ©e de “grĂšve marchante”, oĂč les secteurs les plus concentrĂ©s le classe ouvriĂšre allaient voir les secteurs du privĂ©. Ce sont des choses qu’on devrait mettre en place pour transmettre notre petite “expĂ©rience” Ă  des secteurs qui l’ont moins. Mais ça ne pourra pas se faire sans organisation et sans solidaritĂ©. 

Au-delà de la réforme des retraites, quelle société espÚres-tu voir advenir ? Est-ce le communisme ?

Je me bats pour une sociĂ©tĂ© dĂ©barrassĂ©e de toutes formes d’exploitation et d’oppression. Pour moi c’est la sociĂ©tĂ© communiste mais c’est un mot qui a Ă©tĂ© trĂšs tergiversĂ©, qui a Ă©tĂ© trĂšs abĂźmĂ© par les expĂ©riences du passĂ©, sans parler de la rĂ©volution russe et du stalinisme, mais mĂȘme le rĂŽle du Parti Communiste en France depuis des dĂ©cennies jusqu’à maintenant, qui joue le rĂŽle d’éteindre le feu Ă  chaque grand mouvement social comme ça a Ă©tĂ© le cas en 1968 pour parler de la derniĂšre grĂšve gĂ©nĂ©rale qu’il y a eu en France. Il y a cette fameuse vidĂ©o des usines Wonder qui est trĂšs intĂ©ressante, oĂč on voit une ouvriĂšre qui refuse de rentrer aprĂšs la signature des accords de Grenelle, et oĂč tu as le bureaucrate syndical CGT-PCF qui lui dit “c’est fini, il faut rentrer”. Ils ont vraiment jouĂ© ce rĂŽle lĂ .

« Si on ne veut pas s’arrĂȘter Ă  retirer cette rĂ©forme des retraites mais imposer d’autres sujets importants (les salaires, les conditions de travail etc.), il va falloir que la grĂšve se gĂ©nĂ©ralise Â»

C’est donc un mot qui a Ă©tĂ© trĂšs abĂźmĂ©, mais en rĂ©alitĂ©, sur le fond de ce que cela veut dire c’est un monde oĂč c’est les travailleurs qui gĂšrent eux-mĂȘmes l’outil de production, qui planifient eux mĂȘme la production, qui pensent ce qui est utile socialement et ce qui ne l’est pas, qui se donnent les moyens d’organiser la vie de la sociĂ©tĂ© (la garde d’enfants, les cantines etc.). Ce sont les travailleurs eux mĂȘmes qui pensent et organisent la sociĂ©tĂ© en fonction du besoin du grand nombre et pas pour remplir les poches d’une minoritĂ© parasite que sont les capitalistes aujourd’hui. 

Une fois qu’on a dit ça, on n’a pas rĂ©solu le problĂšme de comment on y arrive. Pour ça il va falloir un rapport de force considĂ©rable : la grĂšve et sa gĂ©nĂ©ralisation. Si on ne veut pas s’arrĂȘter Ă  retirer cette rĂ©forme des retraites mais imposer d’autres sujets importants (les salaires, les conditions de travail etc.), il va falloir que la grĂšve se gĂ©nĂ©ralise. Sinon, au mieux, et encore j’ai un doute car on est face Ă  un gouvernement dĂ©terminĂ© Ă  rattraper son retard par rapport Ă  d’autres pays europĂ©ens comme l’Allemagne, on arrivera Ă  faire retirer la rĂ©forme des retraites mais on n’ira pas au-delĂ . Or il faut qu’on pense Ă  des revendications offensives : qu’est-ce qu’on veut au-delĂ  de retirer ce projet de rĂ©forme des retraites ? C’est pour ça que l’ensemble de la jeunesse et du monde du travail doit prendre part Ă  la mobilisation. Ça ne pourra pas se rĂ©soudre qu’avec les secteurs dits bloquants. 

Si on prend une grosse boite comme la SNCF, c’est un truc que tu arrives à imaginer, la reprise en main par les travailleurs ? A quoi ça ressemblerait ? 

Ça serait bien mieux organisĂ© que ce qu’elle est aujourd’hui. Ce sont des gens qui ne connaissent pas le terrain, qui prennent des dĂ©cisions, qui viennent de l’ENA, des grandes Ă©coles de cadres, qui n’ont jamais travaillĂ© dans un poste d’aiguillage qui sont par exemple Ă  la tĂȘte de SNCF RĂ©seau, qui font des plans de comment rĂ©organiser le rĂ©seau ferroviaire sans vraiment connaĂźtre le travail du terrain. 

Au-delĂ  de ça il y a un problĂšme de logique : la logique avec laquelle est pensĂ©e l’organisation de la SNCF c’est une logique de rentabilitĂ© capitaliste. Les seuls qui ont intĂ©rĂȘt Ă  ce que la SNCF soit vraiment au service de l’ensemble des travailleurs, des voyageurs, des usagers du pays qui prennent les transports publics pour aller bosser ou en vacances, ce sont les cheminots, car nous-mĂȘmes on est usagers des transports publics, nous-mĂȘmes on a des enfants, des compagnons, des campagnes, des familles qui utilisent les transports. On est pas des riches qui voyageons en jet privĂ©s. C’est possible de planifier diffĂ©remment les transports publics, en lien avec les associations d’usager par exemple.

« La SNCF reprise en main par ses travailleurs, ça serait bien mieux organisĂ© qu’aujourd’hui. Â»

C’est quelque chose qui est important pour penser une autre maniĂšre de planifier les transports : la logique capitaliste actuelle qui rĂ©git l’ensemble de la sociĂ©tĂ© et donc la SNCF aussi fait qu’il y a de moins en moins de dĂ©sertes, qu’il y a des lignes et des gares qui sont supprimĂ©es etc. Les petites lignes sont supprimĂ©es parce que pas rentables. Il y a un truc qui est trĂšs parlant Ă  la SNCF c’est que quand on veut supprimer des lignes on commence par supprimer les trains qui roulent Ă  des horaires utiles. C’est quelque chose de frappant : quand on veut supprimer une ligne qui n’est pas rentable, on supprime les trains de 7h, 8h et 9h mais on laisse celui de 11h c’est-Ă -dire un train qui ne sert Ă  rien. Puis ensuite on dit que la ligne n’est pas rentable, que ce train n’est pas utile
 Ça pourrait l’inverser si on Ă©tait aux commandes en lien avec les usagers de la SNCF et de l’ensemble des transports. 

Si on veut vraiment entraĂźner largement, faire une reconductible large, il faut aller Ă  l’encontre de la politique de l’intersyndicale qui dit ouvertement qu’elle est contre l’élargissement des revendications, alors que l’inflation va exploser au mois de mars, qu’il y a une explosion des grĂšves sur les salaires, aussi en Angleterre et au Portugal. Et nous notre intersyndicale ne veut se mobiliser que sur la question de l’ñge de dĂ©part Ă  la retraite et ça c’est une Ă©norme connerie. En lien avec la question de la grĂšve reconductible Ă  partir du 7 mars,  la question du 8 mars avec la revendication de l’égalitĂ© salariale femmes-hommes, l’indexation des salaires sur l’inflation, 400 euros d’augmentations pour toutes et tous
tout ça c’est des trucs qu’il faut mettre sur la table !

Moi je suis arrivĂ©e en France Ă  25 ans. Je fais partie des secteurs soi-disant privilĂ©giĂ©s, j’ai pas le statut cheminot, j’ai commencĂ© Ă  travailler Ă  25 ans parce que je suis travailleuse Ă©trangĂšre donc je vais mĂȘme pas calculer ma retraite sinon c‘est la dĂ©prime. Quand je suis arrivĂ©e en France tout le monde parlait de la retraite, je trouvais ça bizarre, moi chez moi c’est mĂȘme pas un rĂȘve.

« Toute la polĂ©mique entre Martinez-Berger d’un cĂŽtĂ©, la France Insoumise de l’autre, c’est faire comme si quelque chose pouvait se jouer Ă  l’AssemblĂ©e Nationale. Â»

Pour que ces secteurs lĂ  qui ne sont pas concernĂ©s par cette rĂ©forme, c’est Ă  dire ceux qui mĂȘme sans la rĂ©forme leurs retraites c’est la misĂšre et on en rĂȘve mĂȘme pas tellement on va pas en voir la couleur, on est obligĂ©s de penser comment on Ă©largit les revendications, c’est une question fondamentale trĂšs peu traitĂ©e par l’intersyndicale qui est dans une stratĂ©gie de pression. Des journĂ©es fortes pour faire une lettre au SĂ©nat pour leur dire “prenez vos responsabilitĂ©s” sans voir qu’il y a un potentiel dans ce mouvement de tout remettre en cause, de tout questionner, de tout chambouler. C’est ça qui est en jeu, c’est ça les tĂąches que nous avons d’ici le 7 mars pour la prĂ©paration du 7, du 8 et de la suite ! 

On a vu que certains essayaient de transformer la mobilisation en revendication d’un rĂ©fĂ©rendum, comme le Parti Communiste, et d’autres, et ça a Ă©tĂ© le dĂ©bat, Ă  notre sens pas trĂšs intĂ©ressant, des derniĂšres semaines autour de l’article 7. Ce n’est mĂȘme plus on se limite au retrait de la rĂ©forme mais on circoncit le dĂ©bat Ă  un article de la rĂ©forme. C’est un peu affligeant mais c’est aussi quelque chose qu’on a entendu de la part de certaines directions syndicales. 

Toute la polĂ©mique entre Martinez-Berger d’un cĂŽtĂ©, la France Insoumise de l’autre, c’est faire comme si quelque chose pouvait se jouer Ă  l’AssemblĂ©e Nationale. Et derriĂšre ils font une lettre au SĂ©nat qui est une institution ultra-rĂ©actionnaire en leur disant “les sĂ©nateurs, s’il vous plaĂźt, prenez vos responsabilitĂ©s !”  alors qu’on a des millions de gens dans la rue ! Est-ce qu’on va parier sur le fait que des gens qui sont en train de voter des lois contre nous Ă  longueur de journĂ©e prennent leurs responsabilitĂ©s ?

C’est le problĂšme d’une logique profonde d’une stratĂ©gie de pression qui in fine est celle du “dialogue social” : faire pression pour derriĂšre arracher des miettes. Mais on voit bien que ce n’est pas dans les institutions que ça va se jouer et qu’il est d’autant plus nĂ©cessaire de ce point de vue lĂ  de penser les tĂąches du mouvement, de la grĂšve, de son Ă©largissement. 

Merci pour ton temps (alors que tu as travaillé cette nuit) !


Photo d’en tĂȘte : Laura Varlet Ă  l’AssemblĂ©e GĂ©nĂ©rale des cheminots de la gare du Nord, 5 dĂ©cembre 2019 (CrĂ©dit : O Phil des Contrastes)


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