« Une grĂšve gĂ©nĂ©rale, ça se prĂ©pare » â Entretien avec Laura Varlet, cheminote
Laura Varlet Ă lâAssemblĂ©e GĂ©nĂ©rale des cheminots de la gare du Nord, 5 dĂ©cembre 2019 (Photo O Phil des Contrastes) Comment les syndicalistes prĂ©parent-ils la grĂšve du 7 mars et sa transformation en grĂšve reconductible susceptible de stopper le gouvernement (et dâaller au delĂ de la simple question de la retraite) ? Nous avons interrogĂ© Laura Varlet, cheminote et syndicaliste Ă Sud Rail. Partisane dâun syndicalisme de lutte, elle fait partie de RĂ©volution Permanente et souhaite construire une grĂšve gĂ©nĂ©rale. Mais comment ça se fabrique, concrĂštement ? Câest ce dont nous avons discutĂ© ensemble, ainsi que de son mĂ©tier et de ses aspirations. Entretien par Rob Grams et Nicolas Framont.
Peux-tu nous parler de ton métier ? Quel poste occupes-tu en ce moment, comment ça se passe ?
Jâoccupe un poste dâaiguillage, mon travail consiste Ă faire circuler des trains, mâassurer quâils circulent en toute sĂ©curitĂ© pour transporter des marchandises dâun point A Ă un point B. On gĂšre aussi tout ce qui est travaux sur les voies, mâassurer que les cheminots qui travaillent sur les voies, rĂ©parent les rails etc. puissent le faire en sĂ©curitĂ©. Câest nous qui sommes garants de leur sĂ©curitĂ© et qui prenons les mesures pour que les travaux puissent se faire et les trains circuler.Â
Je travaille en 3Ă8, en horaires dĂ©calĂ©s. Le matin câest 6h-14h, ensuite 14h-22h pour les horaires de soirĂ©es, et 22h â 6h pour les horaires de nuit. Je travaille le week-end et jours fĂ©riĂ©s.Â
Quand on pense cheminot on pense le plus souvent Ă âchauffeur conducteur de trainsâ mais ça recoupe une large variĂ©tĂ© de professions.
Le terme cheminot vient de âcheminerâ : les cheminots Ă©taient ceux qui cheminaient les voies pour sâassurer quâil nây ait pas de problĂšme, faire les rĂ©parationsâŠ
Aujourdâhui dans lâimaginaire quand on entend cheminot on a beaucoup en tĂȘte les conducteurs alors quâil y a Ă©normĂ©ment de secteurs Ă la SNCF et dans les boĂźtes privĂ©es de chemins de fer qui comportent elles aussi une variĂ©tĂ© importante de mĂ©tiers. Â
Il y a eu une grĂšve sauvage qui avait Ă©clatĂ© au technicentre de ChĂątillon par exemple, pour la rĂ©paration des TGV de tout lâaxe Atlantique et en une semaine de grĂšve surprise ils avaient bloquĂ©s Ă©normĂ©ment de trains alors que dâhabitude câest un secteur ultra mal payĂ©, avec des conditions de travail trĂšs dĂ©gradĂ©es. Et on a vu Ă ce moment-lĂ Ă quel point ils Ă©taient essentiels. Câest le cas de beaucoup dâautres mĂ©tiers comme les aiguilleurs, ou la sous-traitance qui ne sont mĂȘme pas considĂ©rĂ©s comme cheminots.Â
Lâaiguillage, câest un mĂ©tier stressant ?
Câest un mĂ©tier oĂč lâon a beaucoup de responsabilitĂ©s. Or, il y a une dĂ©gradation trĂšs importante des conditions de travail ces derniĂšres annĂ©es : on est en sous-effectifs.
Ca fait 7 ans que je travaille Ă la SNCF, quand jâai commencĂ© jâĂ©tais en dessous du SMIC, maintenant jâai un salaire autour de 2 000 euros avec les primes pour horaires dĂ©calĂ©s. Ce qui nâest pas Ă©norme. Notre responsabilitĂ© pĂ©nale est engagĂ©e. On a dans nos mains la vie des voyageurs car si on fait des erreurs il peut y avoir des accidents importants, et des cheminots qui travaillent sur les voies.Â
« Aujourdâhui dans lâimaginaire quand on entend cheminot on a beaucoup en tĂȘte les conducteurs alors quâil y a Ă©normĂ©ment de secteurs Ă la SNCF et dans les boĂźtes privĂ©es de chemins de fer qui comportent elles aussi une variĂ©tĂ© importante de mĂ©tiers. »
Pour donner un exemple trĂšs concret : on met en place des mesures de sĂ©curitĂ© pour que les cheminots puissent travailler sur les voies. Si je me trompe et que je ne protĂšge pas le secteur en train dâĂȘtre utilisĂ© pour changer les rails, un train peut arriver sur un secteur oĂč le rail a Ă©tĂ© enlevĂ© et il peut y avoir des accidents trĂšs graves. Donc câest un poste stressant. on est amenĂ©s Ă travailler de nuit. Cette nuit par exemple, je travaillais jusquâĂ ce matin.Â
Ăa doit ĂȘtre fatiguantâŠ
Je travaille dans le mĂȘme secteur quâAnasse Kazib, on est tous les deux au triage du Bourget. Hier on Ă©tait ensemble Ă un poste la nuit et on se faisait la remarque quâil y a beaucoup de collĂšgues au dessus de 50 ans qui sont inaptes aux sĂ©curitĂ©s. Quand tu as des problĂšmes de santĂ©, dâhypertension, tu es vite mis Ă lâĂ©cart. Tu ne peux pas travailler en horaires dĂ©calĂ©s, de nuit. On a des collĂšgues qui sont jeunes et qui sont dĂ©clarĂ©s inaptes par la mĂ©decine du travail car ils sont dĂ©jĂ cassĂ©s par le travail.Â
Je dis souvent que jâai fait ma sĂ©ance de muscu au boulot parce que ce sont des gros leviers hyper durs avec des technologies qui ne sont pas modernisĂ©es. Il y a vraiment une casse du corps des cheminots qui travaillent Ă des postes comme ça depuis des annĂ©es. Ce nâest pas un mĂ©tier simple.Â
La SNCF fait face Ă une pĂ©nurie dâemployĂ©s, Ă des dĂ©missions.Â
Il y a cette pĂ©nurie de conducteurs mais câest une rĂ©alitĂ© dans tous les mĂ©tiers de la SNCF. Ă lâInfrapĂŽle, ce sont tous les cheminots qui sâoccupent de la maintenance du rĂ©seau, il y a une dĂ©bandade de dĂ©parts, de personnes qui partent dans le privĂ©. Ils y sont mieux payĂ©s alors quâon est censĂ©s avoir la sĂ©curitĂ© de lâemploi et des âprivilĂšgesâ mais on voit que cette dĂ©gradation des conditions de travail, cette dĂ©gringolade Ă cause des rĂ©formes, les salaires restent aux mĂȘmes niveaux. Les anciens disaient ne pas avoir des salaires mirobolants mais on a certains acquis qui font que âça vaut le coupâ : il y a encore quelques annĂ©es en entrant Ă la SNCF tu pouvais espĂ©rer partir Ă la retraite Ă 55 ans, dâavoir une bonne sĂ©curitĂ© sociale, avoir des facilitĂ©s de circulation pour utiliser le train, une bonne mĂ©decine spĂ©cifique pour les cheminots⊠Câest de moins en moins le cas.
Moi par exemple je suis en logement SNCF : on a la possibilitĂ© quand on rentre Ă la SNCF de demander un logement qui de fait est beaucoup plus accessible quâun logement normal que dans le marchĂ© immobilier. MĂȘme ça câest en train dâĂȘtre liquidĂ©. Ils ont ouvert le parc immobilier de la SNCF et ce ne sont plus les cheminots qui ont la prioritĂ© mais ça peut etre louer comme logement social Ă nâimporte qui.
CâĂ©taient des acquis sociaux qui compensaient nos salaires bas.Â
Il y a une situation avec des vagues de démissions en raison de conditions qui se dégradent, des salaires qui ne suivent pas et du coup ils ont du mal à recruter.
« Si on est si privilégiés pourquoi les gens ne se bousculent pas à la porte de la SNCF pour travailler chez nous ? »
Je suis reprĂ©sentante du personnel. Dans les rĂ©unions avec la direction, Ă chaque fois ils me disent âon ne comprend pas, on ne sait pas pourquoi on arrive pas Ă recruter !â. Ils nâarrivent mĂȘme pas Ă atteindre les objectifs de recrutement quâeux-mĂȘmes se fixent (alors que nous on dit que câest assez bas). Câest tout simplement parce que ce sont des salaires de misĂšre avec en plus les contraintes, les 3Ă8 etc. Quand tu as des enfants câest ultra compliquĂ©. Nous on leur dit âvous avez vu nos salaires ? Nos conditions de travail ? Les gens ne vont pas venir par plaisir !â. Â
Ces derniers temps on a vu le discours changer. Chaque fois quâon Ă©tait en grĂšve ils disaient âoui voilĂ les privilĂ©giĂ©sâ, on essayait de retourner lâopinion contre nous. Mais rĂ©cemment on a commencĂ© Ă parler de la pĂ©nurie, de la difficultĂ© Ă recruter des entreprises de transport. Si on est si privilĂ©giĂ©s pourquoi les gens ne se bousculent pas Ă la porte de la SNCF pour travailler chez nous ?Â
Les cheminots, ce sont un secteur plus mobilisĂ©, plus syndiquĂ©, plus organisĂ© que dâautres. Ăa nâa pas permis dâempĂȘcher cette dĂ©gradation des conditions de travail donc ?Â
Moi je suis Ă la SNCF depuis 2016. Jâai vĂ©cu deux grandes grĂšves reconductibles oĂč jâai Ă©tĂ© en grĂšve pendant 60 jours Ă peu prĂšs. MĂȘme un peu plus en 2018 je pense, contre le Pacte ferroviaire, puis en 2019 contre la rĂ©forme des retraites.Â
Jâai vĂ©cu deux grandes grĂšves locales trĂšs fortes, au Bourget. LĂ , on est en grĂšve sur la question des salaires.
Câest un secteur qui a sa tradition de luttes, de syndicalisation. Les acquis que les cheminots ont eu historiquement, ce sont les fruits de ces combats-lĂ . Mais là ça a Ă©tĂ© des dĂ©faites : en 2018 le pacte ferroviaire est passĂ©, en 2019-2020 il y a eu la grĂšve reconductible qui a permis de temporiser la rĂ©forme et derriĂšre il y a eu le confinement.Â
« Il y a une forme dâĂ©puisement de ces mouvements et de ces grĂšves avec les cheminots qui se mettent en grĂšve et se battent tout seul. »
LĂ encore les chiffres de grĂšve sont importants. Mais il y a une forme dâĂ©puisement de ces mouvements et de ces grĂšves avec les cheminots qui se mettent en grĂšve et se battent tout seul. En 2018 on essayait dâavoir un discours sur le fait que le pacte ferroviaire nâattaquait pas juste notre statut mais le service public ferroviaire, les conditions de transports des millions dâusager qui les utilisent pour aller travailler tous les jours.Â
Il faut voir la limite de partir en grĂšve sur un seul secteur et la nĂ©cessitĂ© dâavoir une implication beaucoup plus large des autres secteurs et de la population pour la dĂ©fense des secteurs publics et des conquis sociaux.Â
Comment en es-tu arrivĂ© Ă te syndicaliser ? Ă te politiser ? Ă rejoindre le NPA puis maintenant RĂ©volution Permanente ?Â
Je viens dâArgentine, je suis arrivĂ©e en France il y a douze ans. Je travaille depuis que jâai 18 ans. Je travaillais Ă lâaĂ©roport et jâĂ©tais dĂ©jĂ engagĂ© syndicalement et politiquement. En arrivant jâai travaillĂ© comme pionne. Puis je suis entrĂ©e en contact avec les camarades du NPA puis de RĂ©volution Permanente. Je suis entrĂ©e Ă la SNCF en 2016 et jâai rencontrĂ© Anasse Kazib au moment de la lutte contre la Loi Travail. Puis je suis entrĂ©e Ă Sud Rail. Mais jâavais dĂ©jĂ cette fibre.Â
Tu es Ă©lue au CSE.Â
Câest un CSE rĂ©seau Ile-de-France. Tout ce qui est les mĂ©tiers de lâaiguillage et lâinfrapole (la maintenance et les travaux sur les voies etc). Câest un pĂ©rimĂštre Ă©norme, qui va du fin fond du sud du 77 jusquâĂ lâOise. Câest une vraie difficultĂ© quâon a, dâavoir un oeil sur tout ce qui se passe, avec 11 000 cheminots.Â
Comment faites-vous pour faire le travail de terrain avec toute cette dispersion ?Â
Au niveau de Sud Rail, sur lâIle de France on a 5 divisions : Paris Nord (lĂ oĂč je suis), Paris Est, Paris Sud-Est (cĂŽtĂ© Gare de Lyon), Paris Rive Gauche (cĂŽtĂ© Montparnasse-Austerlitz), Saint Lazare (qui va jusquâĂ Mantes-la-Jolie).
Pour Paris Nord ça va de la Gare du Nord jusquâĂ lâOise, ça couvre tout ce qui est aiguillage et brigades de lâinfrapole. On fait des tournĂ©es, on fait des rĂ©unions syndicales pour discuter des orientations. Demain je vais faire une tournĂ©e dans les postes dâaiguillage.Â
On est trĂšs Ă©clatĂ©s : des fois on fait une journĂ©e de tournĂ©e, on fait des kilomĂštres pour passer dâun poste Ă lâautre. Câest un travail qui demande beaucoup dâefforts pour ĂȘtre sur le terrain. Et nous on ne veut pas ĂȘtre des syndicalistes de rĂ©unionites avec la direction.Â
Certains se font bouffer par la réunionite avec la direction.
Câest liĂ© Ă la rĂ©forme des CSE mise en place par Macron : il y a beaucoup moins de reprĂ©sentants du personnel, pour des pĂ©rimĂštres beaucoup plus importants.Â
Avant on avait un CHSCT juste pour le Bourget, câĂ©tait que ça, maintenant on a la CSTC (qui remplacent les CHSCT) pour tout Paris-Nord qui regroupe les aiguilleurs et lâinfrapole. Câest-Ă -dire quâon a un pĂ©rimĂštre qui est devenu immense avec beaucoup moins de reprĂ©sentants du personnel, donc le taff est multipliĂ© par 20. Donc il y a des syndicalistes qui ont du mal Ă garder un pied dans le terrain et qui sont aspirĂ©s par ces rĂ©unions avec la direction et qui du fait ont tellement de rĂ©unions quâils ne vont quasiment plus au taff.Â
La direction Ă la fois ça les arrange parce que tu as moins de militants de terrain, mais on voit ces derniĂšres annĂ©es quâil y a des explosions de grĂšves maĂźtrisĂ©es par personne, de maniĂšre quasi spontanĂ©e car il nây a pas de syndicalistes pour tenir les gens.Â
A Frustration on essaye de participer au dĂ©bat stratĂ©gique sur comment gagner cette bataille des retraites et aller plus loin. On est sur une ligne qui est proche de celle de FrĂ©dĂ©ric Lordon qui dit quâil faut mieux se concentrer, en tout cas dans un premier temps, sur les secteurs nĂ©vralgiques dont les transports, soutenus par les autres notamment via caisses de grĂšves. Nos amis de RĂ©volution Permanente nous rĂ©pondent que câest une position mal reçue dans ces secteurs, qui ne veulent pas de ce type de âgrĂšve par procurationâ. Toi comment est-ce que tu le ressens ?Â
Dâabord pour dire un mot sur lâĂ©tat dâesprit : ce que je vois mois chez les collĂšgues cheminots, câest quâils ont envie de se battre, dâen dĂ©coudre avec cette rĂ©forme, Ă lâimage de la totalitĂ© de la population elle est rejetĂ©e ultra-massivement par les cheminots. En revanche ils nâont pas envie, encore une fois, dâĂȘtre le fer de lance et de partir tous seuls. Ils ont envie que les gens se mettent en grĂšve avec nous, dans la bataille de maniĂšre importante Ă nos cĂŽtĂ©s. Câest un Ă©tat dâesprit qui sâexplique par des dĂ©faites du passĂ©, je pense notamment Ă la rĂ©forme ferroviaire 2018, oĂč il y a ce sentiment de ne pas avoir eu suffisamment de rapport de force pour faire reculer le gouvernement, alors que ça a eu un impact massif pas seulement sur nos conditions de travail mais aussi pour les usagers.Â
Chez les raffineurs, pour prendre un autre secteur, câest un traumatisme 2010 et la rĂ©forme Sarkozy. On a vu des mobilisations et des manifestations trĂšs suivies, de masse, avec des millions de personnes dans la rue. Et les raffineurs ont vu quâils Ă©taient les fers de lance : les gens avaient donnĂ© tellement dâargent aux caisses de grĂšves quâils ont dĂ» redistribuer aprĂšs. Quand le gouvernement a vu que le rapport de force Ă©tait concentrĂ© autour des raffineurs ils ont envoyĂ©s 17 cars de CRS pour soulever les piquets, la rĂ©pression a dĂ©goĂ»tĂ© une partie des grĂ©vistes et ça a mis un vrai coup au mouvement, et ça a montrĂ© les limites des âgrĂšves par procurationâ ou des âgrĂšves des secteurs bloquantsâ. Ă la fois câest un Ă©tat dâesprit de par leur propre expĂ©rience, ils nâont pas envie de revivre lâĂ©chec de 2010 car il faut rappeler que la rĂ©forme est passĂ©e, et aussi câest un peu une maniĂšre de tirer des leçons : ne pas refaire les mĂȘmes erreurs, ne pas reprendre les mĂȘmes logiques qui nâont pas marchĂ©es par le passĂ©.Â
« La clĂ© dâune grĂšve gĂ©nĂ©rale câest lâauto-activitĂ© des masses, quand les travailleurs se posent la question de âqui est le maĂźtre de la maison ?â »
Lâautre Ă©lĂ©ment important câest quâaujourdâhui le mouvement est massif : Ă Paris et en province, on voit des secteurs prĂ©caires, de la sous-traitance, du privĂ©, qui sont dans les manifestations et la grĂšve. Pourquoi se priver de cette force de frappe que sont lâarmada des travailleurs du pays ? Alors quâon a la possibilitĂ© au travers de cette agrĂ©gation de secteurs de poser la question des retraites mais dâĂ©largir Ă dâautres problĂ©matiques. câest passer Ă cĂŽtĂ© dâune opportunitĂ© de se replier sur quelque chose qui nâa pas marchĂ© par le passĂ© et câest en-deçà des possibilitĂ©s actuelles du mouvement, des secteurs dĂ©jĂ mobilisĂ©s. Â
Il y a quelques semaines, avec dâautres camarades, nous avons Ă©tĂ© Ă lâinitiative dâune tribune signĂ©e par 300 syndicalistes, intellectuels, artistes, etc. pour la gĂ©nĂ©ralisation de la grĂšve qui a Ă©tĂ© publiĂ©e par le JDD. Suite à ça, on sâest rĂ©uni et on a dĂ©cidĂ© de se constituer en RĂ©seau pour la GrĂšve GĂ©nĂ©rale. Lâobjectif câest Ă la fois de faire toutes formes dâaction pour Ă©tendre la grĂšve Ă de nouveaux secteurs, de poser sur la table la nĂ©cessitĂ© dâĂ©largir les mots dâordre du mouvement par exemple Ă la question des salaires, mais aussi de commencer Ă coordonner Ă la base les secteurs qui partiront en grĂšve reconductible Ă partir du 7 mars.
La clĂ© dâune grĂšve gĂ©nĂ©rale câest lâauto-activitĂ© des masses, quand les travailleurs se posent la question de âqui est le maĂźtre de la maison ?â. Il nây a pas de secteurs plus importants que dâautres. Certes, la mise en grĂšve dans des secteurs bloquants a un impact direct sur la production. Quand tu es travailleur dans les transports et que tu bloques les transports les gens ne peuvent pas aller travailler. Quand tu es raffineur et que tu arrĂȘtes lâoutil de travail ça a un impact direct sur lâapprovisionnement de lâessence.Â
Mais en fait lâutilitĂ© dâarrĂȘter de travailler, quâon soit dans une PME ou une autre boite privĂ©e, ça permet de libĂ©rer du temps pour construire autre chose, dâalimenter la lutte de diffĂ©rentes maniĂšres. Dans une grĂšve gĂ©nĂ©rale, on devrait organiser des cantines populaires pour que les gens puissent venir manger avec leurs familles. On devrait organiser des gardes dâenfants. Bref quâon puisse se libĂ©rer du temps pour voir comment construire une autre sociĂ©tĂ©, commencer Ă inventer, Ă crĂ©er dâautres sociabilitĂ©s et de la solidaritĂ©. Câest aussi montrer que sans nous la sociĂ©tĂ© ne tourne pas ce qui permet de poser la question du pouvoir. Le parlement peut se jeter des chaises au visage Ă longueur de journĂ©e, sâinsulter les uns les autres, se raconter des histoires sur le fait que câest eux qui gĂšrent via les lois, mais en rĂ©alitĂ© si les travailleurs ne sont pas au travail tout est paralysĂ©.
Quels conseils donnerais-tu pour convaincre ses collĂšgues ? Pour dĂ©clencher une grĂšve ?Â
Pour parler dâun domaine que je connais bien, câest les nettoyeurs des gares SNCF. Câest intĂ©ressant car câest un secteur qui nâavait pas de traditions de luttes jusquâĂ il y a quelques annĂ©es. Câest au contact des cheminots, un secteur qui avait plus dâexpĂ©riences des grĂšves, qui a des petites choses Ă transmettre, que se sont créées des formes nouvelles dâorganisation. Câest comme ça quâon a des travailleurs du nettoyage, immigrĂ©s et prĂ©caires, qui sont Ă©crasĂ©s tous les jours par le patron, qui relĂšvent la tĂȘte Ă un moment donnĂ©, qui se mettent en grĂšve 45 jours et qui arrivent Ă faire plier ONED et la SNCF. Câest ce quâil sâest passĂ© en 2017 pour les travailleurs du nettoyage. Et le 31 janvier dernier, ces travailleurs du nettoyage Ă©taient Ă 100% grĂ©vistes dans les gares SNCF. Câest aussi parce quâon a fait ce lien-lĂ , quâon est allĂ©s les voir, quâon a parlĂ© des attaques contre les retraites et quâon les met en lien avec les conditions de travail actuelles. On sâest mis Ă disposition pour la mise en place de caisses de grĂšves.
« Dans une grĂšve gĂ©nĂ©rale, on devrait organiser des cantines populaires pour que les gens puissent venir manger avec leurs familles. On devrait organiser des gardes dâenfants. Bref quâon puisse se libĂ©rer du temps pour voir comment construire une autre sociĂ©tĂ©, commencer Ă inventer, Ă crĂ©er dâautres sociabilitĂ©s et de la solidaritĂ©. »
Donc le premier conseil câest que la grĂšve il faut la prĂ©parer, lâorganiser. Une grĂšve reconductible ne tombe pas du ciel. Il faut des personnes, des travailleurs qui la prĂ©parent en amont, qui pensent aux problĂšmes que la grĂšve ramĂšne : comment fait-on tenir des travailleurs prĂ©caires si on veut que la grĂšve sâinstalle dans la durĂ©e ? Une grĂšve reconductible dans le nettoyage ne peut pas se faire sans caisse de grĂšve, sans cantines populaires. Ce sont des outils qui peuvent ĂȘtre mis au service de lâauto-activitĂ© des grĂ©vistes pour quâils puissent tenir dans la durĂ©e. Câest une question fondamentale. La preuve en est que chez ONET ça a marchĂ© : si les travailleurs prĂ©caires ont pu tenir câest parce quâon a fait une caisse de grĂšve qui a rĂ©coltĂ© 80 000 euros. Au final ils avaient plus dâargent en Ă©tant grĂ©vistes quâen travaillant, ça câĂ©tait marrant.Â
Les caisses de grĂšve fonctionnent aussi parce que des gens ne sont pas en grĂšve. Câest plus difficile de donner Ă une caisse de grĂšve si on est soi-mĂȘme en grĂšveâŠÂ
Les caisses de grĂšve doivent ĂȘtre des outils aux mains des grĂ©vistes. Ăa ne doit pas ĂȘtre un truc fait par en haut, on ne sait mĂȘme pas comment câest utilisĂ© ensuiteâŠ
Il y a beaucoup de retraitĂ©s par exemple qui sont solidaires, des intellectuels, des secteurs diffĂ©rents qui ne peuvent pas se mettre en grĂšve mais qui peuvent donner de lâargent Ă des caisses de grĂšves. Mais entre ça et dire âon ne va que vers les secteurs bloquantsâ il y a une distance. Effectivement des gens vont ne pas se mettre en grĂšve et donner Ă une caisse mais on peut faire beaucoup plus large, et les conditions sont rĂ©unies pour que la grĂšve soit beaucoup plus large que les secteurs bloquants.
Je pense que le mouvement aura une autre gueule si en plus des travailleurs des transports, des raffineurs, des Ă©nergĂ©ticiens, on a aussi des travailleurs du nettoyage, de la logistique, de la restauration, dans diffĂ©rents secteursâŠLa grĂšve pourra avoir dâautres horizons que juste faire retirer une rĂ©forme, arrĂȘter lâaugmentation de lâĂąge de dĂ©part Ă la retraite. Câest la condition pour quâon puisse poser des revendications Ă une Ă©chelle beaucoup plus large et profonde. Câest nâest pas ça quâon veut parce quâon est ârĂ©volutionnairesâ, ce sont les aspirations du mouvement aujourdâhui.Â
Dans pas mal de secteurs maintenant il y a des stagiaires, des intérimaires, des CDD, des auto-entrepreneurs. Tout ça rend vachement compliqué de se mettre en grÚve.
La question est celle de la solidaritĂ© et de lâorganisation.
Dans le bĂątiment, si sur un chantier tu as 50 travailleurs et quâil y en a un qui ne vient pas au travail, en se mettant en grĂšve, Ă©videmment lui va se faire rĂ©primer. On en est conscients, câest pour ça quâon sait quâon a une responsabilitĂ© particuliĂšre, nous les secteurs plus bloquants, on a plus de protections vis Ă vis de notre employeur Ce nâest pas quâon ne veuille pas assumer cette responsabilitĂ© mais on pense que pour gagner il est indispensable de pouvoir entraĂźner plus largement.Â
Pour reprendre lâexemple des travailleurs du nettoyage, il y a un changement dâemployeurs, le contrat avec ONET va se terminer. Ils sont en train de voir comment diviser en plusieurs lots pour casser le collectif de travail. Il va y avoir un nouveau patron qui va prendre le marchĂ©. Câest une occasion en or pour le patron de licencier, de liquider les tĂȘtes qui sortent du lot. chez ONET ils nâont pas pu faire ça car ils Ă©taient organisĂ©s. Ils ont fait grĂšve en 2017 car ils sont soudĂ©s, quâils ont une organisation. Câest incontournable, câest pareil partout.
Tu peux ĂȘtre dans un secteur bloquant, avoir plus de sĂ©curitĂ© de lâemploi, si tu nâas pas un collectif derriĂšre, capable de soutenir, dâĂȘtre solidaire, dâempĂȘcher le patron dâen venir Ă la rĂ©pression, il y a des licenciements aussi.Â
Câest une question de rapports de forces politiques, dâorganisations. On a notre rĂŽle Ă jouer.
Lâexemple de 1995 est intĂ©ressant : cette idĂ©e de âgrĂšve marchanteâ, oĂč les secteurs les plus concentrĂ©s le classe ouvriĂšre allaient voir les secteurs du privĂ©. Ce sont des choses quâon devrait mettre en place pour transmettre notre petite âexpĂ©rienceâ Ă des secteurs qui lâont moins. Mais ça ne pourra pas se faire sans organisation et sans solidaritĂ©.Â
Au-delà de la réforme des retraites, quelle société espÚres-tu voir advenir ? Est-ce le communisme ?
Je me bats pour une sociĂ©tĂ© dĂ©barrassĂ©e de toutes formes dâexploitation et dâoppression. Pour moi câest la sociĂ©tĂ© communiste mais câest un mot qui a Ă©tĂ© trĂšs tergiversĂ©, qui a Ă©tĂ© trĂšs abĂźmĂ© par les expĂ©riences du passĂ©, sans parler de la rĂ©volution russe et du stalinisme, mais mĂȘme le rĂŽle du Parti Communiste en France depuis des dĂ©cennies jusquâĂ maintenant, qui joue le rĂŽle dâĂ©teindre le feu Ă chaque grand mouvement social comme ça a Ă©tĂ© le cas en 1968 pour parler de la derniĂšre grĂšve gĂ©nĂ©rale quâil y a eu en France. Il y a cette fameuse vidĂ©o des usines Wonder qui est trĂšs intĂ©ressante, oĂč on voit une ouvriĂšre qui refuse de rentrer aprĂšs la signature des accords de Grenelle, et oĂč tu as le bureaucrate syndical CGT-PCF qui lui dit âcâest fini, il faut rentrerâ. Ils ont vraiment jouĂ© ce rĂŽle lĂ .
« Si on ne veut pas sâarrĂȘter Ă retirer cette rĂ©forme des retraites mais imposer dâautres sujets importants (les salaires, les conditions de travail etc.), il va falloir que la grĂšve se gĂ©nĂ©ralise »
Câest donc un mot qui a Ă©tĂ© trĂšs abĂźmĂ©, mais en rĂ©alitĂ©, sur le fond de ce que cela veut dire câest un monde oĂč câest les travailleurs qui gĂšrent eux-mĂȘmes lâoutil de production, qui planifient eux mĂȘme la production, qui pensent ce qui est utile socialement et ce qui ne lâest pas, qui se donnent les moyens dâorganiser la vie de la sociĂ©tĂ© (la garde dâenfants, les cantines etc.). Ce sont les travailleurs eux mĂȘmes qui pensent et organisent la sociĂ©tĂ© en fonction du besoin du grand nombre et pas pour remplir les poches dâune minoritĂ© parasite que sont les capitalistes aujourdâhui.Â
Une fois quâon a dit ça, on nâa pas rĂ©solu le problĂšme de comment on y arrive. Pour ça il va falloir un rapport de force considĂ©rable : la grĂšve et sa gĂ©nĂ©ralisation. Si on ne veut pas sâarrĂȘter Ă retirer cette rĂ©forme des retraites mais imposer dâautres sujets importants (les salaires, les conditions de travail etc.), il va falloir que la grĂšve se gĂ©nĂ©ralise. Sinon, au mieux, et encore jâai un doute car on est face Ă un gouvernement dĂ©terminĂ© Ă rattraper son retard par rapport Ă dâautres pays europĂ©ens comme lâAllemagne, on arrivera Ă faire retirer la rĂ©forme des retraites mais on nâira pas au-delĂ . Or il faut quâon pense Ă des revendications offensives : quâest-ce quâon veut au-delĂ de retirer ce projet de rĂ©forme des retraites ? Câest pour ça que lâensemble de la jeunesse et du monde du travail doit prendre part Ă la mobilisation. Ăa ne pourra pas se rĂ©soudre quâavec les secteurs dits bloquants.Â
Si on prend une grosse boite comme la SNCF, câest un truc que tu arrives Ă imaginer, la reprise en main par les travailleurs ? A quoi ça ressemblerait ?Â
Ăa serait bien mieux organisĂ© que ce quâelle est aujourdâhui. Ce sont des gens qui ne connaissent pas le terrain, qui prennent des dĂ©cisions, qui viennent de lâENA, des grandes Ă©coles de cadres, qui nâont jamais travaillĂ© dans un poste dâaiguillage qui sont par exemple Ă la tĂȘte de SNCF RĂ©seau, qui font des plans de comment rĂ©organiser le rĂ©seau ferroviaire sans vraiment connaĂźtre le travail du terrain.Â
Au-delĂ de ça il y a un problĂšme de logique : la logique avec laquelle est pensĂ©e lâorganisation de la SNCF câest une logique de rentabilitĂ© capitaliste. Les seuls qui ont intĂ©rĂȘt Ă ce que la SNCF soit vraiment au service de lâensemble des travailleurs, des voyageurs, des usagers du pays qui prennent les transports publics pour aller bosser ou en vacances, ce sont les cheminots, car nous-mĂȘmes on est usagers des transports publics, nous-mĂȘmes on a des enfants, des compagnons, des campagnes, des familles qui utilisent les transports. On est pas des riches qui voyageons en jet privĂ©s. Câest possible de planifier diffĂ©remment les transports publics, en lien avec les associations dâusager par exemple.
« La SNCF reprise en main par ses travailleurs, ça serait bien mieux organisĂ© quâaujourdâhui. »
Câest quelque chose qui est important pour penser une autre maniĂšre de planifier les transports : la logique capitaliste actuelle qui rĂ©git lâensemble de la sociĂ©tĂ© et donc la SNCF aussi fait quâil y a de moins en moins de dĂ©sertes, quâil y a des lignes et des gares qui sont supprimĂ©es etc. Les petites lignes sont supprimĂ©es parce que pas rentables. Il y a un truc qui est trĂšs parlant Ă la SNCF câest que quand on veut supprimer des lignes on commence par supprimer les trains qui roulent Ă des horaires utiles. Câest quelque chose de frappant : quand on veut supprimer une ligne qui nâest pas rentable, on supprime les trains de 7h, 8h et 9h mais on laisse celui de 11h câest-Ă -dire un train qui ne sert Ă rien. Puis ensuite on dit que la ligne nâest pas rentable, que ce train nâest pas utile⊠Ăa pourrait lâinverser si on Ă©tait aux commandes en lien avec les usagers de la SNCF et de lâensemble des transports.Â
Si on veut vraiment entraĂźner largement, faire une reconductible large, il faut aller Ă lâencontre de la politique de lâintersyndicale qui dit ouvertement quâelle est contre lâĂ©largissement des revendications, alors que lâinflation va exploser au mois de mars, quâil y a une explosion des grĂšves sur les salaires, aussi en Angleterre et au Portugal. Et nous notre intersyndicale ne veut se mobiliser que sur la question de lâĂąge de dĂ©part Ă la retraite et ça câest une Ă©norme connerie. En lien avec la question de la grĂšve reconductible Ă partir du 7 mars, la question du 8 mars avec la revendication de lâĂ©galitĂ© salariale femmes-hommes, lâindexation des salaires sur lâinflation, 400 euros dâaugmentations pour toutes et tousâŠtout ça câest des trucs quâil faut mettre sur la table !
Moi je suis arrivĂ©e en France Ă 25 ans. Je fais partie des secteurs soi-disant privilĂ©giĂ©s, jâai pas le statut cheminot, jâai commencĂ© Ă travailler Ă 25 ans parce que je suis travailleuse Ă©trangĂšre donc je vais mĂȘme pas calculer ma retraite sinon câest la dĂ©prime. Quand je suis arrivĂ©e en France tout le monde parlait de la retraite, je trouvais ça bizarre, moi chez moi câest mĂȘme pas un rĂȘve.
« Toute la polĂ©mique entre Martinez-Berger dâun cĂŽtĂ©, la France Insoumise de lâautre, câest faire comme si quelque chose pouvait se jouer Ă lâAssemblĂ©e Nationale. »
Pour que ces secteurs lĂ qui ne sont pas concernĂ©s par cette rĂ©forme, câest Ă dire ceux qui mĂȘme sans la rĂ©forme leurs retraites câest la misĂšre et on en rĂȘve mĂȘme pas tellement on va pas en voir la couleur, on est obligĂ©s de penser comment on Ă©largit les revendications, câest une question fondamentale trĂšs peu traitĂ©e par lâintersyndicale qui est dans une stratĂ©gie de pression. Des journĂ©es fortes pour faire une lettre au SĂ©nat pour leur dire âprenez vos responsabilitĂ©sâ sans voir quâil y a un potentiel dans ce mouvement de tout remettre en cause, de tout questionner, de tout chambouler. Câest ça qui est en jeu, câest ça les tĂąches que nous avons dâici le 7 mars pour la prĂ©paration du 7, du 8 et de la suite !Â
On a vu que certains essayaient de transformer la mobilisation en revendication dâun rĂ©fĂ©rendum, comme le Parti Communiste, et dâautres, et ça a Ă©tĂ© le dĂ©bat, Ă notre sens pas trĂšs intĂ©ressant, des derniĂšres semaines autour de lâarticle 7. Ce nâest mĂȘme plus on se limite au retrait de la rĂ©forme mais on circoncit le dĂ©bat Ă un article de la rĂ©forme. Câest un peu affligeant mais câest aussi quelque chose quâon a entendu de la part de certaines directions syndicales.Â
Toute la polĂ©mique entre Martinez-Berger dâun cĂŽtĂ©, la France Insoumise de lâautre, câest faire comme si quelque chose pouvait se jouer Ă lâAssemblĂ©e Nationale. Et derriĂšre ils font une lettre au SĂ©nat qui est une institution ultra-rĂ©actionnaire en leur disant âles sĂ©nateurs, sâil vous plaĂźt, prenez vos responsabilitĂ©s !â alors quâon a des millions de gens dans la rue ! Est-ce quâon va parier sur le fait que des gens qui sont en train de voter des lois contre nous Ă longueur de journĂ©e prennent leurs responsabilitĂ©s ?
Câest le problĂšme dâune logique profonde dâune stratĂ©gie de pression qui in fine est celle du âdialogue socialâ : faire pression pour derriĂšre arracher des miettes. Mais on voit bien que ce nâest pas dans les institutions que ça va se jouer et quâil est dâautant plus nĂ©cessaire de ce point de vue lĂ de penser les tĂąches du mouvement, de la grĂšve, de son Ă©largissement.Â
Merci pour ton temps (alors que tu as travaillé cette nuit) !
Photo dâen tĂȘte : Laura Varlet Ă lâAssemblĂ©e GĂ©nĂ©rale des cheminots de la gare du Nord, 5 dĂ©cembre 2019 (CrĂ©dit : O Phil des Contrastes)
Rédaction