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Bernard, casse-toi, on sera mieux sans toi

Nicolas Framont
Nicolas Framont | 30/01/2025

Après avoir célébré les Etats-Unis de Trump, où soufflerait un “vent d’optimisme”, Bernard Arnault, lors de la présentation des résultats annuels de son groupe LVMH, s’en est pris  au gouvernement et à la fiscalité française. Il a appelé à “nommer quelqu’un pour slasher un peu la bureaucratie” comme Musk aux Etats-Unis, a menacé de délocaliser et a dit, au sujet des taxes, qu’il allait “agir tranquillement”, certainement pour en payer moins. Ce qu’il fait déjà à plein tubes puisque 27% des filiales de LVMH sont situés dans des paradis fiscaux et ce groupe a été cité dans la plupart des enquêtes sur les systèmes de fraude fiscale de la dernière décennie.

Arnault se plaint, le gouvernement s’excuse

Nous avons donc à faire à un enfant vexé et capricieux : car Bernard Arnault a déjà ses entrées à l’Elysée. Il murmure à l’oreille de Macron depuis le début de son mandat et, lors de dîners entre amis sur la côte d’Azur cet été, lui répétait : “Il faut à tout prix éviter un Premier ministre de gauche”. Dont acte : Macron a ignoré le résultat des élections pour ses propres intérêts et ceux des milliardaires comme Arnault. Il a aussi mené une politique qui, depuis 2017, a réduit l’imposition des plus riches, des entreprises, et fait payer la différence aux salariés. Grâce à Macron et ses homologues dans le reste du monde, la fortune des ultra riches a bondi en 2024 : elle a augmenté trois fois plus vite qu’en 2023. Bref, tout va très bien pour Arnault, sa famille et leurs semblables. Tout va trop bien. Mais ils trouvent toujours le moyen d’en demander plus et de se plaindre, car leur appétit est infini. 

Tout va très bien pour Arnault, sa famille et leurs semblables. Tout va trop bien. Mais ils trouvent toujours le moyen d’en demander plus et de se plaindre, car leur appétit est infini. 

Mais en France, les caisses sont vides. Le déficit est abyssal. Les multiples cadeaux aux entreprises et aux riches, que nous avons détaillés dans cet article et qui n’ont produit aucun des effets macroéconomiques annoncés, ont coûté très cher. De telle sorte que même le gouvernement putschiste de François Bayrou doit revenir sur quelques présents comme la prise en charge des apprentis ou les exonérations de cotisations sociales sur les salaires moyens et élevés, et qu’il envisage une légère augmentation de la fiscalité des entreprises. Et ça, Arnault ne le supporte pas. Ce qui fait dire à des journalistes de cour qu’en s’exprimant publiquement contre Macron, il a terminé son mandat. Le président a immédiatement reçu le message de son chef Bernard Arnault et a corrigé le tir hier en assurant que sa politique pro-actionnaires continuerait. Belle démocratie n’est-ce pas ?

Arnault ne supporte pas le moindre appel à contribution, y compris venant d’un gouvernement qui est son plus sûr allié, parce que ce qui se passe aux Etats-Unis lui donne des ailes : désormais, la grande bourgeoisie américaine affiche clairement le fait qu’elle tient directement les rênes de l’Etat. Elle s’en prend aux fonctionnaires, démantèle le peu d’État social qui reste pour faire basculer le pays dans un cauchemar libertarien et réactionnaire. 

Comme Musk, Arnault en a marre de faire semblant de diriger : il veut le pouvoir

Arnault se verrait-il comme l’équivalent de Musk en France ? Après tout, il possède déjà Les Echos, unique quotidien économique du pays, et son influence politique est déjà énorme. Alors pourquoi ne pas diriger le pays lui-même, tant qu’à faire ?

Bernard Arnault se dit indispensable au pays, avec son groupe LVMH, alors qu’il nous doit tout. Modeste promoteur immobilier, un temps expatrié aux Etats-Unis où il échoue dans ses projets, il revient en France pour racheter en 1984 le groupe Boussac, qui comprend Conforama, le Bon Marché et surtout Dior. Le groupe est en difficulté financière et Arnault est sélectionné par l’Etat français pour le sauvegarder : il s’engage à maintenir l’emploi en échange d’un total d’un milliard de francs d’aides publiques. Lui n’a investi que 40 millions de francs et, après s’être servi auprès du contribuable, a licencié des milliers de personnes. Poursuivi en justice, il a dû rembourser, après des années de refus et de manœuvres, une petite partie des aides : 356 millions. C’est ainsi que le groupe LVMH est né : d’un vol, d’une arnaque, d’une économie capitaliste de la prédation d’argent publique qui a donné naissance à la plupart des grandes fortunes du XXIe siècle.

C’est ainsi que le groupe LVMH est né : d’un vol, d’une arnaque, d’une économie capitaliste de la prédation d’argent publique qui a donné naissance à la plupart des grandes fortunes du XXIe siècle.

https://www.frustrationmagazine.fr/pas-besoin-des-milliardaires/

Les milliardaires et les actionnaires nous coûtent plus qu’ils nous rapportent. Bernard Arnault inclus. Comment peut-on le prouver ? La contribution financière des actionnaires se manifeste à travers leur souscription aux émissions d’actions. Une émission d’actions correspond à la création de nouvelles actions par une entreprise, qui les vend à des investisseurs pour lever des fonds. En revanche, les transactions boursières (achats et ventes d’actions entre investisseurs) n’injectent pas de nouveaux capitaux dans l’entreprise. Dans les entreprises du CAC 40, c’est-à-dire les plus grandes entreprises françaises, les sommes ainsi levées par émission d’actions chaque année sont systématiquement inférieures aux montants redistribués aux actionnaires sous forme de rachat d’actions et de dividendes. Entre 2004 et 2023, les actionnaires ont représenté un coût total de 1 057 milliards d’euros pour les entreprises du CAC 40, soit un montant six fois supérieur aux 170 milliards d’euros qu’ils leur ont apportés sur la même période. Si cette dynamique est particulièrement marquée dans le cas du CAC 40, elle s’observe également à l’échelle de l’ensemble des entreprises implantées en France.

Entre 2004 et 2023, les actionnaires ont représenté un coût total de 1 057 milliards d’euros pour les entreprises du CAC 40, soit un montant six fois supérieur aux 170 milliards d’euros qu’ils leur ont apportés sur la même période.

Il est trop tard pour taxer, il faut exproprier et récupérer ce qui nous appartient

Il est trop tard pour se contenter de “taxer les riches” comme le répète une partie de la gauche modérée. Leur puissance est bien trop grande pour parvenir à maintenir des systèmes de taxation qu’ils peuvent balayer d’une pichenette à partir du moment où ils monopolisent le pouvoir politique et médiatique. 

Il est plus intéressant pour nous de mettre fin au règne des Bernard Arnault de toute taille que de continuer à s’incliner devant eux en espérant leur miséricorde.

Il est plus intéressant pour nous de mettre fin au règne des Bernard Arnault de toute taille que de continuer à s’incliner devant eux en espérant leur miséricorde. Face à ce qu’il se passe aux Etats-Unis, et qui inspire explicitement la déclaration de Bernard Arnault, il faut nous aussi nous poser une question : voulons-nous définitivement être annexés, et pour de bon, par des milliardaires capitalistes qui trouvent que la démocratie est dépassée et estiment que l’on devrait payer toujours plus pour que leur prospérité ultra polluante s’envole ? Ou bien allons-nous enfin collectivement mettre fin à cette comédie en expropriant la classe bourgeoise, c’est-à-dire en lui reprenant son capital (dont l’origine est largement financée par nos parents et nos grands-parents) en reprenant le contrôle sur l’appareil de production qu’elle a malmené et accaparé ?

Les véritables partisans de la démocratie et de la souveraineté du peuple, celles et ceux qui sont véritablement inquiets de la montée du fascisme et des régimes autoritaires, n’ont qu’une chose à dire, après les déclarations de Bernard Arnault : casse-toi, on sera mieux sans toi. 


Nicolas Framont



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Rédacteur en chef
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