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Pourquoi il nous faut davantage d’arrêts maladie


La prescription des arrêts de travail pour maladie augmente partout dans le pays. Une étude de l’assureur Axa, reprise sans grand recul par tous les médias, indique une hausse de 50% des arrêts prescrits et effectivement pris depuis 2019. N’importe qui en déduirait que le travail, en France, rend de plus en plus souvent malade, ou du moins que les salariés sont de plus en plus malades, en particulier depuis la pandémie de Covid-19. On chercherait les causes, au travail ou à l’extérieur, et on croiserait cette donnée inquiétante avec d’autres actualités alarmantes : l’augmentation avérée du nombre de cancers dans le pays ou encore la hausse continue des passages aux urgences pour geste suicidaire constatée par Santé Publique France encore ce mois-ci. Si l’on vivait dans une démocratie, avec un gouvernement au service de la population, il chercherait à agir sur ces causes, à en identifier d’autres afin de résoudre cette crise de santé publique d’ampleur. Mais ce n’est pas notre cas : puisque se pencher sur les causes de notre mauvais état de santé au travail impliquerait la mise en cause des managers, des patrons, des hauts fonctionnaires et porter atteinte à la bonne santé des actionnaires, le gouvernement a trouvé un responsable à stigmatiser – le malade. C’est pourquoi le ministre du Travail envisage une batterie de mesures visant à fliquer, contrôler, culpabiliser et, à la fin, forcer les salariés à retourner, même malade, sur leur poste de travail. 

La guerre de la classe bourgeoise contre les arrêts maladies

Les arrêts de travail pour maladie sont prescrits par des médecins. Ils déclenchent un arrêt dont la durée est établie par leurs soins. Lors de l’arrêt maladie, l’assurance-maladie compense la perte de revenu engendrée par l’arrêt du travail et la suspension de votre salaire, mais seulement après trois jours de carence. Elle verse tous les 14 jours des indemnités journalières qui correspondent à 50 % du salaire journalier de base. L’employeur peut choisir de compenser la différence, et certaines conventions collectives peuvent l’y contraindre, ainsi que l’ancienneté du salarié. La compensation des jours de carence, qui correspond à une perte nette du salaire, est aussi à la discrétion de l’employeur. Autant dire que de grandes inégalités existent entre les salariés. Mais globalement, “se mettre en arrêt”, comme on dit de façon abusive puisqu’un arrêt de travail est toujours une prescription médicale, conduit à une importante perte de revenu. L’idée fausse d’arrêts maladie “de confort” se heurte à cette réalité, rarement commentée dans les grands médias. L’arrêt maladie est contrôlé par l’assurance-maladie, qui peut se rendre au domicile du salarié ou le convoquer auprès d’un service médical. L’absence de coopération peut entraîner la suspension de l’indemnité journalière. L’employeur peut déclencher une contre-visite, via le médecin de son choix, s’il verse des indemnités complémentaires.

Depuis l’arrivée au pouvoir d’Emmanuel Macron, le gouvernement s’en est pris à plusieurs reprises au droit centenaire à l’arrêt maladie (instauré en 1928) : en 2017, 3 jours de carence ont été instaurés dans la fonction publique. En 2022, Elisabeth Borne a tenté de supprimer la possibilité de prescrire des arrêts de travail en téléconsultation, mode de consultation médicale pourtant fortement encouragé par le gouvernement depuis 2017. Cette mesure a été censurée par le Conseil constitutionnel. Idem pour la tentative d’instaurer la possibilité de suspendre immédiatement les indemnités journalières versées par l’assurance-maladie lors d’une contre-visite lancée par l’employeur, en décembre 2023. Elle a été censurée par le Conseil Constitutionnel : on voit en effet mal en quoi l’employeur aurait son mot à dire sur ce que verse la Sécu à son salarié. En 2024, la durée possible des arrêts de travail prescrits par téléconsultation a été limitée à trois jours. La même année, c’est la possibilité des contre-visites médicales déclenchées par l’employeur versant des indemnités complémentaires au salarié qui a été instaurée. En avril 2025, le plafond d’indemnisation par l’assurance-maladie a été baissé à 1,4 Smic, soit 2550 euros brut mensuel, quel que soit votre salaire initial. Enfin, la durée maximale des arrêts maladie a été limitée à un mois cette année, renouvelable. 

Campagne de sensibilisation et culpabilisation lancée par le gouvernement ce printemps

Avant que le gouvernement de François Bayrou s’écroule comme un château de cartes quelques jours avant l’éphémère mouvement social du 10 septembre, il prévoyait l’instauration de… 7 jours de carence ! Le plan n’est ni plus ni moins d’en finir avec les arrêts maladie et de les mettre entièrement à la charge des salariés. Comme si les inégalités face à la santé n’étaient pas assez forte en France, les macronistes en ont rajouté une : celle de pouvoir s’arrêter de trimer quand on est malade, ou celle de continuer, coûte que coûte, comme le vivent déjà les auto-entrepreneurs qui n’ont le droit à des indemnités journalières qu’après un an d’activité – et elles sont calculées sur une base très défavorable.

Après quelques mois de relative instabilité, et une fois le retour au calme sifflé par les directions syndicales en octobre et le soutien à la majorité présidentielle garanti par les députés socialistes et écologistes – tous prétendaient avoir obtenu des inflexions de la part des macronistes – le gouvernement revient à la charge ces dernières semaines. Le ministre du Travail, Jean-Pierre Farandou, a présenté le 9 avril un plan d’action contenant plusieurs mesures parmi lesquelles un “bouton d’alerte” permettant aux patrons de déclencher plus facilement des contrôles de l’assurance-maladie sur un salarié en arrêt, ainsi que des contrôles accrus sur les salariés d’entreprises où beaucoup d’arrêts ont lieu. Ces annonces se sont accompagnées d’une campagne de prévention ciblant les “abus”. Toute la communication gouvernementale est centrée sur ce thème des arrêts abusifs, alors même que le dossier de presse publié le 9 avril admet que 60% de la hausse du coût global des arrêts maladie est lié à des facteurs démographiques (la population active a augmenté) et à la hausse du Smic (qui augmente mécaniquement le montant des indemnités journalières). Pour rappel, la nomination de Jean-Pierre Farandou, ex-PDG de la SNCF, au ministère du Travail, avait été décrite cet automne comme un “bon signal” par Marylise Léon, secrétaire générale de la CFDT.

Derrière ces mesures, le patronat est évidemment à la manœuvre, et c’est bien lui que les macronistes veulent contenter. Via des organisations comme le Medef ou la CPME (l’organisation des petits et moyens patrons) ils estiment que les arrêts maladie sont trop coûteux – eux qui voudraient réduire la sécurité sociale à peau de chagrin – et soi-disant source de désorganisation de la production. De l’autre côté, tandis que les syndicats protestent périodiquement et mollement, les médecins commencent à s’inquiéter des nombreux contrôles qu’ils subissent pour leurs prescriptions jugées excessives. La présidente du syndicat des médecins libéraux s’insurgeait en septembre dernier : “Il y a des entreprises qui ont trois fois plus d’arrêts que d’autres parmi leurs collaborateurs. Il faut se poser les bonnes questions, notamment celles des conditions de travail en entreprise et du management. On ne veut pas voir des gens se défenestrer.”

Les véritables causes de la hausse des arrêts maladie

L’économiste Nicolas Da Silva montre bien, dans son ouvrage La bataille de la Sécu que deux discours sont tenus par la bourgeoisie depuis la création de l’Assurance maladie : d’abord l’idée que son déficit est insupportable, insurmontable, pharaonique etc. Et de l’autre idée que les abus se multiplient. Ce n’est que parce que nous sommes dotés de médias mainstream complaisant et qui ont la mémoire historique de poissons rouges que ces discours paraissent en permanence urgents et nouveaux, voire que ceux qui les tiennent sont systématiquement présentés comme des “briseurs de tabous”. Quel courage de tenir un discours déjà seriné par son père et son grand-père ! L’audace des serviteurs de bourgeois m’étonnera toujours. 

Les données sont pourtant connues du gouvernement. La hausse du coût des arrêts maladie a d’abord des explications démographiques, comme le rappelle Nicolas Da Silva dans un entretien : “Le rapport charge et produit de l’Assurance maladie explique noir sur blanc que 60% de la hausse provient de facteurs économiques et démographiques. La croissance de l’emploi et la hausse des salaires impliquent nécessairement que si plus de gens s’arrêtent pour maladie, les indemnités journalières soient plus élevées. Par ailleurs, la population connaît un vieillissement, or plus on est âgé plus on est malade. Autrement dit, pour au moins 60% de la hausse en euros des arrêts maladie, le comportement des patients n’est pas en cause.”

Un sujet tellement tabou qu’on en parle tous les 3 mois

Le recul de l’âge de départ à la retraite est donc l’une des causes de l’augmentation des arrêts maladies, information que le gouvernement et les médias ne nous donnent jamais, puisque cela reviendrait à reconnaître la responsabilité du premier dans cette hausse qu’il dénonce.

Comment expliquer le reste de la hausse ? D’abord, l’état général de santé de la population n’est pas bon. La hausse des cancers, notamment chez les moins de 40 ans, est forte partout dans le monde et en particulier en France. “Il faut se préparer à un tsunami”, déclarait le 22 janvier 2025 le professeur Fabrice Barlesi, directeur général de l’Institut Gustave-Roussy. Les cancers digestifs sont en forte hausse, et à mesure que les études se multiplient pour souligner l’exposition de la population au cadmium et à des cocktails de pesticides cancérigène présents dans l’air ou dans notre alimentation, une politique de santé publique préventive se pencherait sur ces causes et prépareraient notre protection sociale à des prises en charge nombreuses et donc coûteuses, y compris en termes d’arrêts de travail de longue durée, qui vont forcément augmenter si cette épidémie de cancer se confirme. Ce n’est pas la direction prise par le gouvernement, qui pense d’abord à culpabiliser et contrôler les malades.

Le même déni existe en ce qui concerne le Covid long, qui touche 75 millions de personnes dans le monde depuis 2020, et dont l’OCDE pointe dans un récent rapport les coûts actuels et futurs, notamment pour la productivité du travail. Les évolutions contemporaines de la santé publique ne sont pas bonnes, notamment parce que les gouvernements pro-capitalistes refusent de s’en prendre aux secteurs qui causent ces dégâts sanitaires comme les industries polluantes et le secteur agroalimentaire. Le réchauffement climatique, et notamment les épisodes caniculaires de plus en plus longs et éprouvants, ont déjà des impacts avérés sur la santé des travailleurs, mais, là encore, c’est le déni qui règne. 

Mais rien n’est comparable au déni général de la dégradation de la santé au travail des salariés. 

L’arrêt maladie comme dernière chance face à la violence au travail

Il y a ces salariés qui réussissent à obtenir un ou deux jours d’arrêt de travail de temps en temps pour pouvoir “tenir”. Et il y a celles et ceux qui, un beau matin, ne peuvent contenir une crise de larmes dans les transports ou au moment de monter dans leur voiture. Après une humiliation publique en réunion, après avoir enchaîné les heures supplémentaires, après avoir dû faire deux jobs en un pendant des mois, le corps lâche et l’arrêt devient indispensable. C’est même une question de survie pour avoir des chances de ne pas perdre complètement pied. Et c’est pour cette raison que les médecins prescrivent des arrêts de travail, pas pour du “confort”. Pour de la survie. 

Le monde du travail actuel met tout le monde en risque. À partir du moment où vous travaillez pour la bonne santé financière de quelqu’un d’autre et qu’il a un droit croissant à vous en demander toujours plus en vous donnant moins de moyens – ce qui est exactement la feuille de route de la majeure partie des DRH de ce pays – alors vous risquez de tomber malade.

L’augmentation des arrêts de travail est le signe de la dégradation de notre santé au travail, et cette dégradation est directement liée à l’affaiblissement du rapport de force que nous entretenons vis-à-vis de nos employeurs. A force de ne plus pouvoir leur dire “non”, c’est notre corps qui le dit à notre place. L’arrêt de travail permet, lors de la survenue d’une pathologie psychique, de retrouver un peu de sa contenance. Puisque c’est notre identité même qui est atteinte par la souffrance au travail (l’échec permanent, les sanctions hiérarchiques, le sentiment de non accomplissement sapent notre estime de nous-mêmes), l’arrêt de travail permet de retrouver un sens à sa vie, par ailleurs, par exemple en passant du temps avec ses proches ou en se consacrant à un loisir. 

Mais tout est fait pour que ce temps de récupération n’en soit pas vraiment un : on peut être soumis à un contrôle de l’assurance-maladie pour vérifier qu’on est « bien » malade, on peut, à notre retour, être soumis à la suspicion de son employeur ou de ses collègues… tout est fait pour que l’épuisement psychique lié au travail ne soit pas considéré comme une « vraie » maladie. Les arrêts liés au burn out font l’objet d’une véritable omerta : dans toutes les entreprises ou administrations que j’ai visitées comme consultant en santé au travail, l’absence d’untel ou unetelle pour burn out est un sujet que tout le monde évite, on dit qu’il était “pas bien”, qu’on ne sait “pas trop ce qu’il s’est passé”… Personne n’ose décrire les causes de ces arrêts.

La prévention santé au travail a été détruite par les gouvernements successifs

Toutes professions confondues, la protection de la santé des salariés est de plus en plus relative. Les employeurs ont de moins en moins peur des conséquences de leurs atteintes à la santé des salariés. Pourquoi ce sentiment croissant d’impunité ? Parce que les gouvernements successifs ont tout fait pour le créer.

Tout d’abord, l’affaiblissement des syndicats rend de plus en plus difficile l’existence de contre-pouvoirs du côté des salariés permettant de prendre en charge les questions de santé au travail.  La suppression des Comités d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail (CHSCT) a entraîné une baisse de 30% du nombre de représentants du personnel au niveau national depuis 2017. Les élus sont débordés, notamment face aux questions de santé pour laquelle il n’y a plus d’instance dédiée.

Les salariés des entreprises de moins de 11 salariés ne disposent pas de représentant du personnel, car le seuil à partir duquel l’entreprise est obligée d’organiser des élections est de 11 salariés. Les micro-entreprises (moins de 10 salariés) représentent pourtant 2,6 millions de salariés en 2021, soit au moins 17% de salariés qui ne sont pas représentés par des délégués du personnel. Seuls les salariés d’entreprises de plus de 50 salariés disposent de la possibilité de faire intervenir un expert extérieur et indépendant en cas de risque grave constaté ou de modification importante des conditions de travail (réorganisation, déménagement, etc.) Dans la fonction publique non plus, la santé au travail ne fait l’objet d’aucun contre-pouvoir spécifique et le droit de faire intervenir un expert extérieur n’existe pas non plus.

L’inspection du travail est en théorie l’autorité administrative capable de contraindre l’employeur à prendre des mesures de protection de la santé des salariés. Mais cette administration est débordée car soumise à une réduction croissante de ses effectifs :on compte en France moins d’un inspecteur du travail pour… 10 000 salariés. Et lorsque des inspecteurs du travail prennent les devants et dénoncent des atteintes fortes à la santé des salariés, ils peuvent subir les foudres du pouvoir politique sous la coupe duquel ils restent placés : c’est ainsi qu’Anthony Smith, inspecteur du travail dans la Marne, a été mis à pied par sa propre hiérarchie pour avoir voulu contraindre une structure d’aide à domicile à donner les protections nécessaires à ses salariés, très fortement exposés au virus du Covid-19 en plein confinement. L’employeur avait les bons réseaux de notabilité locale et nationale… lui non.

Tu casses, tu répares, tu radotes

La médecine du travail, qui est sensée suivre la santé des salariés, est un service choisi par l’employeur, qui peut changer de médecin en cas de contrariété. De plus, la loi travail adoptée par les socialistes en 2016, dite loi El Khomri, a supprimé la visite médicale d’entrée sur un poste de travail et espacé la fréquence de la visite médicale obligatoire (de deux à cinq ans). Cette même loi a facilité le travail de nuit, alors que la même année, l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (l’Anses, établissement public qui dépend notamment des ministères de la Santé et du Travail) rendait un rapport alarmant sur les effets néfastes avérés du travail de nuit sur la santé.  

L’arrêt maladie est donc la dernière chose qui permet à de nombreux salariés de ne pas craquer quand plus personne ne veille sur la santé au travail. L’augmentation des arrêts est d’abord un signe de mauvaise santé au travail, et tout représentant du personnel le sait : un taux important d’arrêts dans un service est le signe que quelque chose ne va pas. En faisant des arrêts le signe que les salariés sont de mauvaise volonté, et en plaignant l’employeur pour cela, le gouvernement inverse totalement la responsabilité de la mauvaise santé au travail. 

Pourquoi il faut s’arrêter davantage

La réalité c’est que les arrêts de travail vont augmenter pour toutes ces raisons et que notre système de solidarité doit s’y préparer. D’abord parce que l’état de santé d’une partie de la population se dégrade. Ensuite parce que les mauvaises conditions de travail ont mis des millions de salariés dans la tourmente. Et nous avons de quoi financer cette nécessité sanitaire d’augmenter le recours aux arrêts de travail : chaque année, des dizaines de milliards de cotisations sociales ne sont plus payées par les employeurs, que les gouvernements socialistes et macronistes ont exonérés, depuis 2014, de leurs responsabilités. C’est le contribuable qui paye à leur place, et cela nous coûte plus de 200 milliards. Les chiffres sont ici, l’argent attend. Ces milliards pourraient être réinjectés dans l’Assurance maladie pour assurer une prise en charge décente des aléas sanitaires que le capitalisme a lui-même créés. “Tu casses, tu répares”, disait Gabriel Attal : ce discours devrait s’adresser aux entreprises capitalistes.

La hausse des arrêts maladie est le signe d’un affaiblissement d’un rapport de force en notre défaveur. Nous avons trop laissé des industriels nous empoisonner et des patrons nous maltraiter. L’arrêt maladie apparaît comme le dernier recours, le signe que notre corps lâche, alors que notre cerveau aurait dû le faire avant. Mais cela ne sert à rien de nous culpabiliser, le gouvernement le fait très bien, alors pas la peine d’en rajouter. 

Dans le monde du travail actuel, le cas le plus répandu n’est pas celui du salarié fraudeur qui ne pense qu’à “réclamer” des arrêts maladie, mais celui du salarié zélé, qui donne tout, qui donne trop, pour son travail. Mais aussi du fonctionnaire dont on détruit le sens même des missions en lui ôtant tout moyen. Et pourquoi ? Obtient-on une meilleure répartition de la valeur créée ? La promotion interne est-elle en plein boom ? Pas du tout. C’est bien le contraire qui se produit : le pays est en train de devenir l’un des plus inégalitaires de l’Union européenne, les riches le sont comme jamais, et dans les entreprises et administrations, s’élever d’un échelon à un autre est de plus en plus rare.

Le jeu n’en vaut pas la chandelle. Dans ce contexte d’exploitation et de maltraitance généralisée, l’arrêt maladie est la moindre des choses. Demander un arrêt de travail, c’est un acte de soin envers soi-même et une récupération minime de notre pouvoir dans la relation asymétrique que nous subissons avec nos employeurs. L’’arrêt “abusif” n’existe pas, il n’y a que des arrêts justes et nécessaires. 

Actuellement, le mouvement syndical est sur la défensive, et cette attitude le fait constamment perdre. Une attitude offensive vis-à-vis de la question des arrêts de travail devrait nous pousser à adopter les discours et les revendications suivantes : 

  • Il n’y a pas d’arrêts maladie “abusifs” : dans un système d’exploitation du travail, l’arrêt est toujours juste, d’autant plus qu’il est prescrit médicalement.
  • Les jours de carence, dont la compensation existe dans certaines entreprises et pas d’autres, est un système inégalitaire qui décourage le soin médical. Ils doivent être supprimés.
  • L’indemnité journalière doit correspondre à la totalité du salaire. Le système de compensation prévu dans certaines conventions collectives ou mis en place par certaines entreprises doit être remplacé par une prise en charge totale de l’arrêt maladie par l’assurance maladie.
  • Toute entreprise dont le nombre d’arrêts maladie dépasse un certain niveau devrait connaître un audit de la part de l’Inspection du travail, en collaboration avec les organisations syndicales et les représentants du personnel.
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Nicolas Framont
Nicolas Framont
Co-rédacteur en chef
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